Gabon: la guerre silencieuse du maire de Libreville contre le bruit

Un bar de Libreville.

Le 02/06/2026 à 10h23

Plus de répit pour les bars et lieux de fête qui abusent des décibels. Le maire de Libreville, Eugène M’ba mène depuis quelques jours une opération de contrôle nocturne, alternant rappels à l’ordre et saisies de matériel. Objectif: rendre son calme à la capitale.

C’est une offensive que les habitants de Libreville attendaient. À la tête d’une délégation mêlant services municipaux et forces de l’ordre, le maire Eugène M’ba sillonne plusieurs quartiers réputés pour leurs excès sonores.

Ambiance pesante pour les contrevenants: certains établissements ont vu leurs équipements de sonorisation saisis, tandis que d’autres ont été rappelés à leurs obligations légales.

La mairie est claire: payer la taxe sur les nuisances sonores ne donne pas un blanc-seing pour faire trembler les murs. La musique à volume excessif, surtout audible depuis la voie publique, est désormais traitée comme une infraction à part entière. Et l’opération ne fait que commencer– tous les arrondissements sont dans le viseur.

«On n’a pas besoin de musique pour boire»

Dans la rue, l’initiative divise moins qu’on pourrait le croire. Fructueux Ndong Nguema, enseignant, balaie l’argument commercial: «On ne sait pas qui a dit que pour boire dans un bar il faut de la musique. Avec les médias d’aujourd’hui, la musique ne nous attire plus dans les bars. On peut l’écouter partout».

Wilfried Mezui, cadre du privé, salue la mesure mais appelle à ne pas négliger le volet pédagogique: «Quand la musique est trop forte, on a des problèmes d’audition. C’est une bonne décision pour l’environnement, mais il faut éduquer les populations.»

Paulin Nso’o Éto, fonctionnaire, va plus loin en élargissant le sujet aux lieux de culte: «Une église de réveil à côté de chez vous, c’est tout un bruit. Si j’avais le maire en face, je le féliciterais simplement pour cette mesure.»

Mama Anne, septuagénaire et tenancière de bar au quartier Stepho à Libreville, prend même à témoin sa propre santé: «Moi, j’ai des clients responsables, pas besoin de tapage pour consommer. Je souffre de tension artérielle, je ne supporte pas le bruit.»

«On paie déjà une taxe»: la colère discrète des gérants

Mais toutes les tenancières ne partagent pas cet enthousiasme. Angèle Kouamené, également à Stepho, ne décolère pas: «Cette mesure a un impact sur notre activité. C’est quand les clients écoutent de la musique qu’ils consomment bien. Et nous payons déjà 100.000 F CFA par an au titre de la taxe sur les nuisances sonores. Je ne comprends pas l’intérêt de cette décision.»

Un grief que la mairie anticipe: elle répète que cette taxe n’est pas un droit à dépasser les seuils autorisés. Et le ton se durcit.

Selon l’article 453 du Code pénal gabonais, les nuisances sonores, surtout nocturnes ou malgré les injonctions, peuvent valoir des peines d’emprisonnement et des amendes. Dès la semaine précédant l’opération, la mairie avait annoncé des sanctions pouvant atteindre plusieurs millions de francs CFA.

Pour les riverains, le message est clair: la reconquête de la tranquillité publique ne fait que commencer. Et cette fois, la mairie dit vouloir aller jusqu’au bout.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 02/06/2026 à 10h23