Le nouvel Indice de développement des TIC (IDI), récemment publié par l’Union internationale des télécommunications (UIT), dresse un panorama de la connectivité mondiale intéressant à scruter. Entendez par Indice de développement des TIC, un indice composite, calculé chaque année depuis 2023, qui évalue le chemin parcouru par les pays vers la connectivité universelle et significative (UMC). Autrement dit, la possibilité pour chaque habitant d’être en ligne dans des conditions satisfaisantes, à un prix abordable, partout et à tout moment.
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Fondé sur dix indicateurs répartis en deux piliers, la connectivité universelle (utilisation d’Internet, accès des ménages et abonnements mobiles haut débit) et la connectivité significative (couverture 3G/4G, trafic de données, prix des forfaits et possession de mobile), l’indice offre aux décideurs un outil de repérage des fractures numériques et d’orientation des politiques de développement, en identifiant les lacunes de connectivité pour éclairer les stratégies fondées sur des données probantes.
Top 25 africain en 2026
| Rang africain | Pays | Score IDI 2026 | Connectivité universelle | Connectivité significative |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Maroc | 89,2 | 85,1 | 93,3 |
| 2 | Maurice | 89,1 | 85,4 | 92,9 |
| 3 | Algérie | 87,8 | 83,9 | 91,6 |
| 4 | Afrique du Sud | 86,4 | 85,3 | 87,6 |
| 5 | Seychelles | 84,4 | 75,2 | 93,6 |
| 6 | Tunisie | 80,1 | 69,5 | 90,8 |
| 7 | Cabo Verde | 79,8 | 73,2 | 86,3 |
| 8 | Égypte | 79,6 | 69,4 | 89,7 |
| 9 | Eswatini | 78,9 | 72,8 | 85,0 |
| 10 | Botswana | 77,7 | 74,4 | 81,0 |
| 11 | Gabon | 76,2 | 69,4 | 83,0 |
| 12 | Ghana | 75,6 | 65,7 | 85,5 |
| 13 | Sénégal | 72,8 | 68,4 | 77,2 |
| 14 | Namibie | 72,2 | 58,9 | 85,6 |
| 15 | Côte d’Ivoire | 72,0 | 64,9 | 79,0 |
| 16 | Djibouti | 65,5 | 54,5 | 76,5 |
| 17 | Sao Tomé-et-Principe | 62,9 | 50,6 | 75,3 |
| 18 | Zimbabwe | 62,8 | 54,9 | 70,7 |
| 19 | Kenya | 60,6 | 46,6 | 74,6 |
| 20 | Lesotho | 59,7 | 49,9 | 69,6 |
| 21 | Gambie | 58,9 | 54,7 | 63,1 |
| 22 | Tanzanie | 57,2 | 36,1 | 78,4 |
| 23 | Congo (Rép. du) | 56,0 | 49,4 | 62,7 |
| 24 | Nigeria | 55,8 | 39,4 | 72,3 |
| 25 | Angola | 55,4 | 41,2 | 69,6 |
Source: Union internationale des télécommunications (UIT).
Sur 159 économies évaluées, la moyenne planétaire atteint 79 points sur 100. L’Afrique, avec un score moyen de 59, reste la région la moins avancée, mais elle affiche une progression de 9 points depuis 2023 pour un ensemble comparable de 151 économies. Le continent est néanmoins traversé par des écarts abyssaux: 64 points séparent le Maroc, score le plus élevé du continent (89,2), du Burundi, score le plus faible du continent (25,2).
Le classement des 25 premiers pays africains révèle une hiérarchie façonnée autant par la géographie que par le revenu, tout en exigeant une lecture prudente tant les limites statistiques de l’indice sont assumées par l’UIT elle-même.
Siège de la Commission nigériane des communications (NCC): Avec 55,8 points, le Nigeria plafonne au 24ᵉ rang africain. La preuve que le dynamisme économique ne débouche pas automatiquement sur une connectivité pour tous.
Le Maroc (89,2) et Maurice (89,1) se disputent la première place africaine dans un mouchoir de poche. Une analyse fine de leurs scores par pilier (connectivité universelle et connectivité significative) montre des profils très équilibrés: le Maroc obtient 85,1 à l’universel et 93,3 au significatif, Maurice 85,4 et 92,9.
Ces deux économies à revenu intermédiaire supérieur illustrent une maturité numérique où l’accès des ménages, l’utilisation d’Internet et le taux de pénétration du haut débit mobile vont de pair avec des infrastructures de qualité et des tarifs abordables.
Le peloton de tête africain
L’Algérie (87,8) et l’Afrique du Sud (86,4) suivent la même logique, avec toutefois une nuance. L’Afrique du Sud, bien que championne de la connectivité universelle (85,3), affiche un pilier significatif un peu plus modeste (87,6), suggérant que l’excellence des réseaux et de l’abordabilité pourrait ne pas progresser aussi vite que l’adoption par la population.
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Plus inattendu est le cas des Seychelles, seul pays africain à revenu élevé de ce classement, qui pointe à 84,4. Le petit État insulaire frôle la perfection en connectivité significative (93,6), ce qui atteste d’une couverture mobile et d’une accessibilité tarifaire remarquables. En revanche, son pilier universel ne culmine qu’à 75,2. Un écart qui met en lumière un paradoxe des stratégies numériques.
Disposer de réseaux performants et d’offres abordables ne suffit pas toujours à convertir la population en utilisateurs réguliers d’Internet à domicile ou à faire décoller le taux d’abonnements mobiles haut débit.
La possession d’un téléphone mobile, l’usage effectif et l’équipement des foyers forment ainsi un maillon faible dans un environnement pourtant techniquement mature. Le docteur Cosmas Luckyson Zavazava, directeur du Bureau de développement des télécommunications (BDT) de l’UIT, le rappelle d’ailleurs. «Des opportunités d’amélioration existent dans tous les groupes de revenus», y compris donc dans les économies les mieux notées.
Des reculs soudains qui interrogent
Si 146 des 151 économies présentes à la fois en 2023 et 2026 ont amélioré leur score, quelques pays enregistrent des chutes spectaculaires. En Afrique, la Zambie perd 11% et passe de 60,3 à 53,5, la République démocratique du Congo recule de 11% également (de 38,0 à 33,8), le Botswana cède 5% (de 82,1 à 77,7) et l’Ouganda 5% (de 42,4 à 40,3).
Ces dégringolades sont-elles le symptôme d’une détérioration réelle de la connectivité ? L’UIT met en garde: «les changements observés dans les scores IDI peuvent refléter des mises à jour de données plutôt que des évolutions réelles de la performance».
La résolution 131 de la Conférence de plénipotentiaires interdit en effet toute révision des résultats une fois publiés, de sorte que des corrections statistiques apportées par les pays après la publication se traduisent mécaniquement, l’année suivante, par des bonds ou des décrochages sans lien avec la réalité du terrain. En d’autres termes, une partie de ces variations doit être lue comme un artefact de la collecte de données, un rappel salutaire dans un contexte où 20% des valeurs de l’indice sont estimées ou imputées.
Progressions et reculs entre 2025 et 2026
| Pays | Score 2025 | Score 2026 | Évolution (%) | Interprétation |
|---|---|---|---|---|
| Congo (Rép. du) | 49,6 | 56,0 | +13 | Progression réelle ou correction de données ? |
| Mozambique | 32,4 | 36,4 | +12 | Progression remarquable en contexte de faible revenu |
| Zimbabwe | 56,8 | 62,8 | +11 | Rattrapage notable |
| Éthiopie | 44,0 | 48,1 | +9 | Progression constante depuis 2023 |
| Bénin | 47,4 | 51,6 | +9 | Franchissement du seuil des 50 points |
| Tanzanie | 53,2 | 57,2 | +8 | Avancée tirée par le pilier significatif |
| Kenya | 56,0 | 60,6 | +8 | Retour à une dynamique positive |
| Zambie | 60,3 | 53,5 | –11 | Recul brutal, possible artefact statistique |
| RDC | 38,0 | 33,8 | –11 | Décrochage lié aux données |
| Botswana | 82,1 | 77,7 | –5 | Chute inattendue pour une économie mature |
| Ouganda | 42,4 | 40,3 | –5 | Sortie du Top 25, fragilité des acquis |
Source: Union internationale des télécommunications (UIT).
Ce bruit statistique est encore amplifié par la dégradation de la couverture de l’indice lui-même. L’IDI 2026 englobe 159 économies, contre 169 en 2023. Des pays sortent du classement faute de données officielles suffisantes.
D’ailleurs, dans l’édition 2026, jusqu’à 15 pays africains manquent à l’appel sur un total de 54, par manque de données (Burkina Faso, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Guinée équatoriale, Érythrée, Guinée, Liberia, Libye, Mali, Mauritanie, Niger, Sierra Leone, Soudan du Sud, Soudan).
L’UIT déplore une «disponibilité déclinante des données TIC», un sujet de préoccupation majeur qui souligne la nécessité de «renforcer les systèmes statistiques nationaux et d’intégrer la mesure au cœur de l’agenda du développement numérique».
Pour le lecteur africain, cela signifie que certains scores, en particulier les évolutions très marquées, doivent être maniés avec une extrême prudence avant d’être brandis comme des preuves de réussite ou d’échec.
Cela dit, il y a de quoi trouver dans ce classement une illustration de la corrélation entre PIB par habitant et développement des TIC. La moyenne de l’IDI passe de 42 pour les économies à faible revenu à 69 pour le revenu intermédiaire inférieur, soit un fossé de 27 points, bien plus large que les écarts entre les tranches de revenu supérieures.
Le Top 25 africain est de fait trusté par les pays à revenu intermédiaire supérieur ou élevé. Seules deux exceptions notables apparaissent: la Gambie (58,9), un pays à faible revenu qui fait son entrée dans l’indice en 2026 et dont le score est donc à interpréter avec le recul temporel manquant, et le Zimbabwe (62,8), classé dans le revenu intermédiaire inférieur.
Pourtant, le rapport insiste sur un rattrapage en cours. Les économies à revenu intermédiaire inférieur ont enregistré la plus forte progression moyenne entre 2023 et 2026 (+10 points), suivies de celles à faible revenu (+8 points). L’Éthiopie, bien qu’absente du Top 25 avec 48,1, bondit de 9% ; le Mozambique (+12%) et le Congo Brazzaville (+13%) affichent des taux de croissance impressionnants. Des dynamiques qui suggèrent que le peloton de tête ne raconte qu’une fraction de l’histoire: l’effervescence se situe souvent plus bas dans le tableau, là où les marges de progression sont plus amples.
Le prisme géopolitique révèle une fracture régionale persistante. Les cinq premières places sont occupées par des pays d’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte) ou par des îles à haut revenu (Maurice, Seychelles). Le Maghreb, dans son ensemble, distance nettement l’Afrique subsaharienne. L’Afrique du Sud (86,4) fait figure d’exception australe, accompagnée par le Botswana et la Namibie, cette dernière voyant son score légèrement fléchir à 72,2.
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Le bloc ouest-africain se structure autour de valeurs comprises entre 72 et 76 (Ghana, Sénégal, Côte d’Ivoire), formant un deuxième échelon cohérent. L’Afrique de l’Est, à l’exception du Kenya (60,6), décroche nettement, à l’image de la Tanzanie (57,2) ou de l’Ouganda, sorti du Top 25 après sa contre-performance. Le Nigeria plafonne à 55,8, un rappel que la taille démographique et le dynamisme économique ne se traduisent pas mécaniquement par une connectivité universelle et significative.
L’indice ne se contente pas de photographier des écarts ; il les explique en partie par l’état des données. Comme le souligne le directeur du BDT, «l’IDI n’offre qu’une évaluation partielle de l’état de la connectivité significative, car la disponibilité de statistiques TIC comparables au niveau international reste un défi». Ni les compétences numériques, ni la sécurité en ligne, ni le haut débit fixe ne sont aujourd’hui capturés. Or, ces dimensions pourraient nuancer le tableau des champions africains. Un score élevé ne signifie pas que la population maîtrise les outils numériques ou que les réseaux sont à l’abri des cybermenaces.
Au-delà du classement, l’édition 2026 de l’indice est la dernière dans la validité de quatre ans de la méthodologie actuelle. La révision qui débutera en 2027 devra composer avec les mêmes lacunes statistiques, faute de données comparables sur les compétences ou la sécurité. L’enjeu pour l’Afrique est double: améliorer la production nationale de données TIC, pour éviter que des pays ne sortent de l’indice ou ne voient leurs scores ballotés par des estimations, et intégrer la connectivité universelle et significative dans les stratégies de développement, au-delà des seuls indicateurs d’infrastructure.
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Comme le martèle le Dr Zavazava, il faut un «investissement soutenu dans les statistiques TIC et un renforcement des capacités statistiques». Sans ce soubassement, le palmarès des nations connectées restera un miroir déformant, où les progrès réels se confondent avec les artefacts méthodologiques. Pour les décideurs africains, la leçon est que la course au score n’a de sens que si les chiffres sur lesquels elle repose sont robustes et complets.






