Payer ses abonnements, recevoir ou envoyer de l’argent, se soigner, étudier… dépendent désormais beaucoup de la connectivité. Seulement, en Afrique, l’accès à l’internet reste faible, profondément inégal, fragile et coûteux pour une très grande partie de la population. En effet, à peine 40% de la population africaine a accès à Internet avec des disparités particulièrement marquées entre les zones urbaines et les zones rurales. L’enclavement de certaines régions, les coûts des technologies terrestres (câble, antenne, énergie,…), la faiblesse des infrastructures et les coûts élevés expliquent en grande partie ce faible accès à l’internet.
Non seulement des millions d’Africains n’ont pas d’accès à internet, mais aussi des entreprises, institutions et autres organisations opèrent souvent en absence de connectivité fiable et donc avec des accès limités aux moyens de communication modernes, à l’éducation, aux services de santé… Ce qui est un handicap dans un monde où une bonne connectivité généralisée haut débit devient un atout de compétitivité pour les ménages, les entreprises, les institutions et pour les pays qui aspirent à parvenir à la couverture universelle et à faire de l’internet un catalyseur du développement économique et social.
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Face aux besoins croissants en connectivité de haute qualité pour les secteurs bancaires, miniers, services cloud qui adoptent l’intelligence artificielle…, l’internet par satellite en orbite basse (Low Earth Orbit, LEO), reposant sur une constellation de satellites, devient une nécessité. Il raccourcit la distance parcourue par les données, diminue la latence et améliore la qualité de la connexion pour des services tels que le streaming vidéo, les appels vocaux, les jeux en ligne…
C’est cet ensemble d’impacts positifs qui impose l’offre d’internet haut débit, reposant sur des satellites de télécommunication placés sur une orbite basse (500 km d’altitude) et non plus en position géostationnaire (36.000 km), offrant des vitesses de communication entre la terre et l’espace cinquante fois plus rapides que celles des satellites classiques (temps de latence de 20 millisecondes contre plus de 600 millisecondes). Le marché est très porteur grâce à la migration des banques, entreprises et organisations gouvernementales et non gouvernementales des systèmes qui exploitaient des satellites géostationnaires anciens.
Dans ce contexte, l’internet par satellite à très haut débit est considéré comme une solution idoine pour combler le gap numérique entre le continent et le reste du monde.
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Sur ce registre, c’est le milliardaire américain d’origine sud-africaine, Elon Musk, l’homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à 700 milliards de dollars, qui a été le premier à s’y coller avec son offre Starlink lancée au niveau du continent en 2023. Celle-ci couvre actuellement 29 pays africains, sur 54. Dopé par sa proximité avec le président Donald Trump, Musk a accéléré le déploiement de son offre d’internet haut débit depuis le retour de ce dernier à la Maison Blanche.
Toutefois, si Musk est jusqu’à présent seul ou presque à offrir de l’internet très haut débit par satellite, ce ne sera plus le cas dorénavant.
En effet, Jeff Bezos, 4e fortune mondiale dont la richesse s’établit à 260 milliards de dollars, s’est aussi lancé à la conquête de l’internet haut débit par satellite en Afrique avec Amazon Leo, ouvrant ainsi une bataille directe entre deux des hommes les plus riches de la planète.
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Le milliardaire fantasque et son offre Starlink sera concurrencé sur ce marché par son compatriote Jeff Bezos, avec son offre Amazon LEO, un réseau à large bande à même de connecter les ménages, les entreprises, les opérateurs télécoms et les institutions. Une offre ciblant des vitesses de téléchargement allant jusqu’à 400 Mbps pour les ménages et plus pour les entreprises.
Conscient de son retard, Bezos a choisi le Kenya comme rampe de lancement et espère obtenir l’autorisation des autorités kenyanes pour installer sa première passerelle satellitaire en Afrique. Au cas où il obtiendrait l’autorisation, Amazon Kuiper Kenya Limited deviendra la première du groupe en Afrique et servirait de point de connexion entre sa constellation de satellites en orbite basse et les réseaux internet terrestres. Cette passerelle satellitaire permet le transfert des données entre les satellites et l’infrastructure terrestre, contribuant à améliorer la qualité du service, les temps de réponse et la vitesse des connexions. Une fois l’autorisation obtenue, Amazon pourra accélérer son déploiement dans la région avant de se lancer à la conquête du continent de plus en plus convoité par les fournisseurs d’internet haut débit. Ainsi, l’obtention de l’agrément pourrait modifier l’équilibre concurrentiel de l’internet par satellite dans la région et en Afrique.
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Le choix du Kenya se justifie en ce sens que ce pays est l’un des marchés technologiques les plus attractifs d’Afrique avec des infrastructures numériques de qualité, un écosystème de startups dynamique et une forte demande d’internet haut débit. En outre, c’est l’un des pays africains où Starlink, présent depuis 2023, connait un certain succès.
D’autres pays dont le Nigeria et l’Afrique du Sud sont aussi ciblés.
Pour rivaliser avec Musk, Bezos a revu ses ambitions à la hausse avec le projet TeraWave et sa constellation de 5408 satellites, dont 5280 satellites en orbite basse (LEO) et 128 en orbite moyenne (MEO) reliés par liaisons optiques. Cette infrastructure pourra offrir des débits allant jusqu’à 144 Gigabits par seconde (Gbps) pour un client unique, et un pic de 6 Téra bits par seconde (Tbps).
Néanmoins, le patron d’Amazon risque d’être freiné dans sa stratégie par le manque de lanceurs. Si Amazon a les capacités de fabriquer jusqu’à 1500 satellites par an, la mise en orbite de ceux-ci dépend du calendrier des lanceurs lourds comme Ariane 6, alors que Musk possède ses propres lanceurs (Starship, Falcon 9 et Falcon Heavy).
Par conséquent, Amazon Leo accusera un retard pour affronter frontalement la domination de SpaceX qui opère déjà avec plus de 10.600 satellites déjà en orbite. .
Pour accélérer son déploiement, Amazon utilise la technologie «backhaul» satellitaire. Celle-ci combine des satellites placés sur des orbites basses et des stations terrestres qui jouent un rôle central dans le fonctionnement du haut débit par satellite en reliant les satellites en orbite aux utilisateurs d’internet au sol. Avec ce modèle, Amazon ne commercialise pas directement ses équipements auprès des particuliers, mais fournit une capacité de transit aux opérateurs mobiles. Plus explicitement, avec cette technologie, une antenne mobile 4G et 5G déployée peut être reliée au réseau national via un lien satellite Amazon. Du coup, les usagers particuliers, par exemple, continueront à utiliser leur téléphone avec leurs cartes SIM habituelles.
Dans cette optique, Amazon noue des partenariats avec des opérateurs télécoms afin d’étendre sa portée. C’est ainsi que Amazon Leo a signé un accord avec Vodafone, maison mère de Vodacom, pour connecter des sites mobiles 4G et 5G isolés grâce à la technologie satellitaire. Au Kenya, ce partenariat devrait faciliter ce déploiement sachant que le principal opérateur du pays, Safaricom, est détenu en partie par Vodafone.
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Par contre, Starlink commercialise directement ses antennes auprès des particuliers et des entreprises. Et dans le cadre de la diversification de son offre, elle s’appuie aussi sur la technologie «Direct-to-Cell», un dispositif qui permet au satellite de communiquer directement avec les téléphones mobiles compatibles, éliminant les désagréments causés par les zones blanches et apportant des solutions aux zones dépourvues d’infrastructures télécoms. C’est dans cette optique que s’inscrit le partenariat entre Starlink et Airtel Africa, opérateur présent dans 14 pays africains.
Entre offres techniques et partenariats avec les opérateurs télécoms, Musk et Bezos affinent leurs armes pour une concurrence qui s’annonce acharnée tant le marché est jugé très porteur.
Avantages et dépendance pour les pays africains
L’intérêt de ces deux opérateurs pour l’Afrique se justifie par la forte demande sachant que dans certains pays africains, le taux de pénétration d’internet reste globalement bas. En début 2025, les taux de pénétration d’internet au Nigeria et en Afrique du Sud, deux grandes puissances économiques et démographiques, étaient respectivement 45,4% et 78,9%. Et selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), en 2024, le taux de pénétration d’Internet en Afrique était de seulement 38%.
L'internet haut débit par satellites s'appuie sur une constellation de satellites placés sur une orbite basse (500 km d’altitude) offrant de l'internet haut débit. . alexlmx - stock.adobe.com
Dans tous les cas, cette nouvelle phase de concurrence entre Starlink et Amazon est structurellement bénéfique pour les pays africains. D’abord, l’arrivée d’Amazon sur le marché se traduit par une nouvelle offre Internet haut débit par satellite qui devrait accélérer l’accès à Internet en s’ajoutant aux offres déjà existantes dont particulièrement celle de Starlink. La multiplication des offres permettra d’accélérer la couverture des zones jusqu’à présent non couvertes et permettre aux clients (particuliers, entreprises, institutions,…) de faire leurs choix et de ne plus dépendre d’un seul ou deux acteurs.
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Ensuite, en rompant la situation de monopole ou duopole du marché, Amazon va contribuer à démocratiser l’accès à l’internet haut débit par satellite au niveau du continent. Cette concurrence va ainsi abaisser les tarifs d’accès et les coûts de la connectivité. L’arrivée de ces acteurs va aussi pousser les gestionnaires nationaux de fibre à revoir leurs tarifs à la baisse et à améliorer la qualité de leurs services pour rester compétitifs. En effet, avec un kit standard d’installation coûtant environ 370 dollars et un abonnement mensuel variant d’un pays à l’autre de 30 à 50 dollars, Starlink est inaccessible à la majorité des ménages africains.
Par ailleurs, l’arrivée d’Amazon va permettre à certains pays d’accéder à l’internet haut débit tout en étant épargnés de certains comportements qu’occasionnerait la dépendance vis-à-vis d’un seul acteur, surtout quand il s’agit de quelqu’un comme Elon Musk au tempérament imprévisible qui sera doté de la capacité de déconnecter un pays quand il le souhaite.
Enfin, la concurrence améliore les services offerts et contribuera au développement de nombreux secteurs à distance dont l’éducation en ligne, la télémédecine, les services d’e-gouvernement…
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Bref, la rivalité entre Musk et Bezos au niveau de l’internet par satellite devrait se traduire, à terme, par une connexion plus rapide, une couverture plus étendue et des tarifs plus accessibles. Et c’est au niveau du continent africain, encore faiblement couvert par l’Internet, que se jouera le plus cette rivalité dans les années à venir.
Reste qu’à côté des avantages, ces solutions d’internet haut débit par satellites ont aussi des inconvénients pour les États. En effet, les décisions prises par ces milliardaires aux États-Unis ont des effets immédiats sur les conditions de connectivité et sur l’économie numérique en Afrique. En effet, avec l’internet par satellite, ce sont eux qui contrôlent les données, les prix et la continuité du service. De même, l’absence d’infrastructures physiques et de présence officielle de ces entreprises dans les pays africains compliquent le contrôle réglementaire, le contrôle des contenus diffusés et la fiscalisation des activités de celles-ci. Ainsi, Starlink fonctionne dans certains pays africains alors que l’opérateur n’y dispose pas d’un agrément. Du coup, ces solutions ouvrent une nouvelle ère de dépendance technologique soulevant des enjeux majeurs de souveraineté numérique.
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Heureusement que ces deux milliardaires ne seront pas les seuls sur ce créneau d’internet haut débit par satellites. D’autres acteurs aiguisent leurs offres dont le groupe français Eutelsat qui a lancé en janvier 2026 une commande de 340 nouveaux satellites OneWeb auprès d’Airbus Defence and Space, portant à 440 le nombre total de satellites commandés. Et cette concurrence sera renforcée par les nombreux projets en cours, dont Telesat Lightspeed, SES O3B mPower, China’s Hongyan and Hongyun,…



