Guinée. Internet: même interdit, Starlink tisse sa toile qui «arrange les usagers»

Le 22/04/2026 à 15h20

VidéoMalgré l’interdiction formelle des connexions issues de Starlink par le gouvernement guinéen, des wifi zones clandestines prolifèrent dans certains quartiers de Conakry. À Ratoma, ces réseaux parallèles attirent une clientèle en quête d’une connexion rapide er stable, révélant un marché souterrain bien organisé.

En Guinée, l’utilisation des connexions issues du projet Starlink est strictement interdite par les autorités. Le pays n’a, pour le moment, pas accordé une licence à l’entreprise du milliardaire américain d’origine sud-africaine, Elon Musk. Starlink est un fournisseur de connectivité par satellite en orbite basse (LEO) de SpaceX et qui prévoit d’étendre son empreinte à une trentaine de pays d’Afrique d’ici fin 2026.

Pour autant, sur le terrain, la réalité semble bien différente. Dans la commune de Ratoma, les wifi zones clandestines se développent à une vitesse fulgurante, portées par une demande croissante d’un internet haut débit.

Dans une ruelle animée, les scènes se répètent: des clients s’approchent discrètement, achètent un ticket, puis se connectent aussitôt.

Téléphones en main, regards concentrés, chacun profite d’un débit inhabituellement rapide. «Je viens d’acheter un ticket de connexion à 2.000 francs guinéens (soit 0,23 dollars). Il suffit juste de mettre le code dans ton téléphone et puis c’est parti. La connexion est de très bonne qualité, meilleure que celle du marché et surtout accessible aussi», confie Baben Diallo, visiblement satisfait.

Derrière ce système bien rodé, des revendeurs opèrent dans l’ombre. L’un d’eux, un jeune rencontré sur place, a préféré garder l’anonymat et refuse toute apparition à l’image. Il reconnaît toutefois que cette activité est aujourd’hui sa principale source de revenus.

Les tickets qu’il revend varient de 2.000 francs guinéens pour 30 minutes à 5.000 francs pour 2 heures (1 dollar équivaut à environ 8.780 francs guinéens).

Selon lui, deux circuits alimentent ce marché parallèle. D’un côté, les équipements Starlink importés de Chine et vendus à des prix élevés pouvant atteindre 800 euros l’unité. De l’autre, une filière transfrontalière s’est mise en place. En Sierra Leone, les boîtiers sont vendus à des prix bien plus accessibles, autour de 230 euros maximum, avant d’être introduits frauduleusement en Guinée.

Pour les utilisateurs, le choix est vite fait. Face aux offres des opérateurs traditionnels jugées coûteuses et peu fiables, ces Wifi zones apparaissent comme une alternative séduisante.

«Sincèrement cette nouvelle donne a tout changé. Avant j’achetais durement des pass avec un opérateur de téléphonie… près d’un giga de connexion qui s’épuise au bout seulement de quelques minutes en cas de navigation sur YouTube par exemple avec un usage iPhone. Donc ces wifi zones arrangent les usagers», explique encore Baben Diallo.

Entre interdiction officielle et usage massif sur le terrain, ces réseaux clandestins illustrent un paradoxe: celui d’une population en quête de connectivité de qualité, prête à contourner les règles pour rester connectée au monde.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 22/04/2026 à 15h20