La guerre au Moyen-Orient opposant les États-Unis et Israël à l’Iran a eu des impacts négatifs sur l’économie mondiale en perturbant les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment pour les hydrocarbures après le blocus du détroit d’Ormuz. «Le conflit au Moyen-Orient entraîne une double crise énergétique et alimentaire pour les pays africains, à un moment où les gouvernements sont déjà confrontés à des obligations croissantes liées au service de la dette, ce qui limité leur capacité à faire face à la crise ou à financer leurs priorités en matière de développement», souligne le rapport de la Banque mondiale d’avril 2026 intitulé: «État des lieux de l’économie africaine: faire aboutir les politiques industrielles en Afrique».
Le rapport offre des données sur les perspectives de nombreux indicateurs économiques et monétaires de la région dont la croissance du Produit intérieur brut (Pib), l’inflation, la balance des paiements, etc. En matière de croissance économique, globalement, le continent devrait afficher une certaine résilience. Ainsi, au niveau de l’Afrique subsaharienne, en dépit des impacts négatifs, la croissance économique devrait se maintenir à 4,1% en 2026, soit le même niveau qu’en 2025. Cette croissance reste toutefois trop faible pour réduire la pauvreté ou créer des emplois à grande échelle. Et ce taux de croissance moyen projeté cache d’importantes divergences avec des prévisions de croissance allant de -3,5% pour la Guinée équatoriale à 8,8% pour la Guinée.
À noter que le Nigeria devrait enregistrer des perspectives de croissance de 4,1% en 2026e (estimation), 4,2% en 2027p (prévision) et 4,3% en 2028p. Première productrice de pétrole du continent africain et du fait de l’impact de la raffinerie Dangote, le Nigeria figure parmi les rares pays africains devant tirer profit de la guerre au Moyen-Orient, n’étant pas impacté par les perturbations des circuits d’approvisionnement en carburants. Pour sa part, l’Afrique du Sud, la première puissance économique du continent, devrait enregistrer des croissances de l’ordre de 1,0% en 2026e, 1,5% en 2027p et 1,7% en 2028p.
Au-delà, si certains pays seront durement impactés par la guerre au Moyen-Orient, d’autres afficheront plus qu’une résilience en affichant de très bonnes performances, selon les prévisions de la Banque mondiale. Ainsi, selon le rapport de l’institution, sept pays africains devraient enregistrer annuellement des taux de croissance supérieurs à 6% sur la période 2026-2028. Globalement, il s’agit de pays habitués à réaliser de telles performances. Toutefois, d’autres, grâce à des changements structurels intervenus dans leurs économies, ont rejoint le peloton de tête des économies les plus dynamiques du continent.
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C’est le cas notamment de la Guinée qui devrait afficher les plus fortes croissances au niveau du continent africain durant les années 2026, 2027 et 2028, selon les prévisions de la Banque mondiale. En effet, le pays devrait voir sa croissance s’établir à 8,8% en 2026e, avant d’atteindre des évolutions à deux chiffres en 2027 et 2028 avec des hausses du PIB de respectivement 11,6% et 10,7%.
Ces performances attendues ne sont pas le fruit du hasard mais les conséquences d’un changement structurel de l’économie guinéenne résultant de l’entrée en production de Simandou. En effet, l’entrée en production du mégaprojet de Simandou d’un investissement de 21,5 milliards de dollars, fruit d’un partenariat entre Rio Tinto, Simfer, Winning Consortium Simandou et Baowu, a non seulement métamorphosé l’économie guinéenne mais va chambouler le marché mondial des minerais de fer.
L’exploitation du gisement de fer qui s’étale sur 100 km de long et 5 à 6 km de large, l’une des plus grandes réserves de minerai de fer du monde estimée à 4,4 milliards de tonnes, et les infrastructures construites à cet effet dont un chemin de fer de 670 km et un port dédié, vont impacter durablement la croissance économique du pays. La production devrait passer de 10 millions de tonnes de minerais de fer en 2026 pour atteindre rapidement 34,45 millions de tonnes par an dans une première phase. Et dans une seconde phase, cette production pourra atteindre 69 millions de tonnes et s’emparer de la première place africaine.
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À plus long terme, la production pourrait atteindre les 120 millions de tonnes et faire figurer la Guinée dans le Top 5 mondial des producteurs de minerais de fer. L’exploitation de Simandou va générer d’importantes recettes en devises, en impôts et taxes, créer des milliers d’emplois, stimuler l’entrepreneuriat local… Selon le FMI, l’exploitation de Simandou devrait augmenter le PIB du pays de 26% à l’horizon 2030.
Outre la Guinée dont l’économie va se métamorphoser dans les années à venir grâce à ses minerais (fer, bauxite, or…), d’autres pays devraient confirmer leur dynamisme économique durant la période grâce à divers facteurs. C’est le cas de l’Ouganda dont le PIB devrait croître de 6,8% en 2026e, 8,5% en 2027p et 8,1% en 2028p. Le pays devrait bénéficier de l’impact positif de l’exploitation de ses ressources pétrolières et de la réalisation de l’oléoduc devant traverser le Kenya pour faciliter les exportations du pays en cours de construction. Le Niger est dans la même logique avec une économie qui sera surtout portée par les hydrocarbures. Avec une production dépassant les 110.000 barils par jour, le pays pourrait améliorer sa croissance en cas de rétablissement des relations politiques avec son voisin du sud, le Bénin, par où transite ses exportations d’or noir. L’arrivée d’un nouveau président élu à la tête du Bénin pourrait favoriser la décrispation, stimuler les échanges commerciaux entre les deux pays et contribuer au désenclavement du Niger.
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L’Éthiopie, le Rwanda et la Tanzanie, habitués à tenir la tête des plus fortes croissances économiques du continent, figurent toujours parmi les pays les plus performants. Ces pays vont s’appuyer sur des secteurs agricoles, des services et la transformation industrielle pour soutenir leur dynamisme. L’Éthiopie devrait enregistrer des croissances de l’ordre de 8,0% en 2026, 6,9% en 2027p et 8,4% en 2028p. L’économie éthiopienne bénéficiera fortement de l’impact positif du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), le plus grand barrage hydroélectrique du continent, inauguré en 2025 et dont la capacité de production devrait dépasser les 5150 MW. Ces ressources électriques vont améliorer le taux d’électrification du pays et répondre à la forte demande industrielle du pays.
Les 7 pays devant enregistrer les plus fortes croissance en 2026, 2027 et 2028
| Pays | Croissance du PIB en 2026e | Croissance du PIB en 2027p | Croissance du PIB en 2028p |
|---|---|---|---|
| Guinée | 8,80 % | 11,60 % | 10,70 % |
| Éthiopie | 8,00 % | 6,90 % | 8,4 % |
| Ouganda | 6,80 % | 8,50 % | 8,10 % |
| Rwanda | 7,20 % | 7,60 % | 7,30 % |
| Bénin | 7,00 % | 7,20 % | 7,30 % |
| Niger | 6,70 % | 6,40 % | 6,10 % |
| Tanzanie | 6,10 % | 6,40 % | 6,50 % |
Source: données de la Banque mondiale
Le Bénin, grâce aux réformes structurelles entreprises au cours de ces dernières années et à l’industrialisation croissante du pays, devrait afficher des taux de croissance de 7,0% en 2026e et 7,3% en 2028p. Outre l’agriculture (premier producteur de coton d’Afrique), les services et les investissements publics, le Bénin tire profit de son processus d’industrialisation dynamisé par la zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) et de la solidité de ses fondamentaux économiques.
Selon les prévisions de la Banque mondiale, ces pays africains vont enregistrer des croissances annuelles supérieures à 6% sur la période 2026-2027: Bénin, Éthiopie, Guinée, Niger, Rwanda, Ouganda et Tanzanie.. le360
Reste que ces croissances fortes demeurent des prévisions qui peuvent se concrétiser ou non. Sur le cours terme, ces prévisions dépendront pour beaucoup de la durée des hostilités au Moyen-Orient et de l’importance des dommages causés aux infrastructures essentielles aux exportations de pétrole brut, de carburants et de gaz de cette région qui assure plus de 20% des approvisionnement en hydrocarbures du monde. Si cette crise perdure, elle risque de perturber l’approvisionnement en carburants, la production alimentaire et d’entrainer une augmentation généralisée des prix, surtout au niveau des pays importateurs nets de produits pétroliers au niveau du continent.
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En outre, cette crise pourrait entrainer une baisse des investissements provenant des pays du Golfe concernés directement par la guerre et impactés par la chute de leurs exportations (pétrole, carburant, gaz…) et par l’arrêt des activités de nombreux secteurs d’activité (transport aérien, tourisme…). Ces pays ont annoncé d’importants investissements dépassant les 100 milliards de dollars au niveau du continent en 2025.
Outre les facteurs conjoncturels, les pays africains doivent aussi faire face à d’autres problèmes dont le fardeau du service de la dette qui pèse lourdement sur les économies africaines et les faiblesses structurelles de longue date du continent qui limitent la croissance économique du continent.






