Millennium Challenge Corporation 2027: les pays africains éligibles, les exclus et ceux sous le couperet de sanctions

Millennium Challenge Corporation (MCC) dresse la liste des «pays candidats» pouvant prétendre à un futur Compact, pour l'exercice fiscal 2027.

Le 01/09/2026 à 16h20

Ce 31 août 2026, le Millennium Challenge Corporation a tranché: près de la moitié des pays africains peuvent encore prétendre à l’aide américaine, mais une poignée d’États en sont officiellement bannis.

Le Millennium Challenge Corporation* (MCC) vient de publier, ce 31 août 2026, son premier rapport de l’exercice fiscal 2027 destiné au Congrès américain. Ce document, rendu public conformément à la section 608(a) du Millennium Challenge Act de 2003, dresse la liste des «pays candidats» pouvant prétendre à un futur Compact, c’est-à-dire un financement américain significatif en appui à des politiques de croissance économique durable.

Pour l’Afrique, ce texte constitue un révélateur des fractures politiques et des trajectoires de gouvernance du continent. Sur les 91 pays candidats listés, près de la moitié sont africains, mais les absents et les exclus racontent une tout autre histoire.

Le rapport est sans ambiguïté sur ses critères. Un pays candidat doit afficher un revenu national brut par habitant inférieur à 8 105 dollars pour l’exercice 2027 et ne pas être frappé d’inéligibilité à l’aide économique américaine en vertu du Foreign Assistance Act ou de toute autre disposition légale.

Statut des pays africains selon le rapport MCC 2027

Sous-régionPays candidats (sans réserve)Pays candidats avec réservePays exclus (motif principal)
Afrique du NordAlgérie, Égypte, Libye, Maroc, Mauritanie, Tunisie
Afrique de l’Ouest / SahelBénin, Cabo Verde, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, TogoGuinée-Bissau, MadagascarBurkina Faso (coup d’État militaire), Mali (coup d’État militaire), Niger (coup d’État militaire)
Afrique centraleCameroun, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sao Tomé-et-PrincipeTchad (classement « Tier 3 » pour traite des personnes)
Afrique de l’Est / CorneBurundi, Comores, Djibouti, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Somalie, TanzanieÉrythrée (droits humains / Tier 3), Soudan (coup d’État militaire), Soudan du Sud (droits humains / Tier 3)
Afrique australeAfrique du Sud, Angola, Botswana, Eswatini, Lesotho, Malawi, Mozambique, Namibie, ZambieZimbabwe (restriction ciblée sur l’État de droit, la propriété et les libertés fondamentales)

Note: Madagascar et la Guinée-Bissau sont cités avec la réserve explicite «dans la mesure où cela est jugé conforme à la loi», ce qui laisse leur éligibilité incertaine.

Source: Millennium Challenge Corporation

Surtout, le MCC précise que la sélection finale reposera sur «l’engagement démontré d’un pays en faveur d’une gouvernance juste et démocratique, de la liberté économique et des investissements dans son peuple». Autrement dit, l’argent américain n’ira qu’aux pays perçus comme vertueux, ou du moins suffisamment alignés sur ces standards.

L’Afrique de l’Ouest

La sous-région ouest-africaine illustre de manière spectaculaire le clivage mis en lumière par le rapport. D’un côté, des pays comme le Bénin, Cabo Verde, le Ghana, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Togo figurent parmi les candidats. Leur présence est un signal: ces États conservent, aux yeux de Washington, une crédibilité suffisante en matière de gouvernance et d’ouverture économique pour espérer bénéficier d’un Compact. Le Ghana, souvent cité pour sa stabilité démocratique, et Cabo Verde, petit archipel modèle de bonne gestion, apparaissent comme des habitués de ce type de classement.

Mais le revers de la médaille est cinglant. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont purement et simplement exclus de la liste des candidats. Le rapport est lapidaire: ces trois pays sont «inéligibles à l’aide étrangère en raison de la restriction relative aux coups d’État militaires prévue à la section 7008» de la loi de finances américaine pour 2026. Autrement dit, les autorités au pouvoir à Ouagadougou, Bamako et Niamey paient cash leur prise de pouvoir par la force.

Cette exclusion n’est pas anodine: elle prive ces États sahéliens, déjà confrontés à des crises sécuritaires et humanitaires majeures, d’un levier de financement potentiellement massif. Le contraste avec leurs voisins côtiers est d’autant plus frappant qu’il dessine une fracture régionale entre un Sahel sanctionné et un Golfe de Guinée éligible.

Plus nuancé, mais tout aussi révélateur, le cas de la Guinée-Bissau et de Madagascar. Ces deux pays sont bien listés comme candidats, mais avec une réserve explicite: ils «seront considérés comme pays candidats dans la mesure où cela est jugé conforme à la loi». Une formulation prudente qui indique que leur éligibilité n’est pas totalement assurée et qu’elle dépendra d’une évaluation juridique complémentaire. Une incertitude qui reflète les fragilités politiques persistantes de ces deux nations.

L’Afrique centrale et orientale

En Afrique centrale, la liste des candidats inclut des États aussi divers que la République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, le Cameroun, la République centrafricaine, la Guinée équatoriale et le Gabon. Si l’on s’en tient strictement au texte, ces pays remplissent les critères de revenu et ne sont pas frappés d’interdiction légale. Mais leur présence ne préjuge en rien de leur sélection finale. Le rapport rappelle que la liste des candidats n’est qu’une première étape: le Conseil d’administration du MCC devra ensuite mesurer les performances relatives des pays candidats en matière de gouvernance, de liberté économique et d’investissement dans le capital humain. Autrement dit, être candidat ne garantit pas d’être éligible.

L’Afrique de l’Est présente un tableau tout aussi contrasté. Des poids lourds comme le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda et l’Éthiopie sont candidats. Le Rwanda, en particulier, se démarque par sa réputation de gestion efficace, même si des critiques persistent sur l’état de la démocratie. L’Éthiopie, malgré les conflits récents, n’est pas exclue, ce qui peut surprendre.

Mais la région compte aussi des exclus de marque. Le Soudan du Sud est déclaré inéligible en raison de son bilan en matière de droits humains et de son classement «Tier 3» au titre du Trafficking Victims Protection Act, une catégorie réservée aux pays qui ne font pas d’efforts suffisants contre la traite des personnes.

Le Soudan, lui, est sanctionné pour le coup d’État militaire, tout comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Quant à l’Érythrée, elle est exclue pour des motifs multiples, notamment son bilan en matière de droits humains et son classement «Tier 3». Là encore, les régimes qualifiés d’autoritaires ou issus de putschs sont écartés, quelles que soient leurs potentialités économiques.

L’Afrique australe

L’Afrique australe offre un cas d’école avec le Zimbabwe. Le rapport est explicite: le pays est inéligible, notamment en vertu de la section 7042(h)(2) de la loi de finances 2026, qui interdit, sauf exceptions limitées, toute aide au gouvernement central zimbabwéen tant que le secrétaire d’État américain n’aura pas certifié que «l’État de droit a été rétabli, y compris le respect de la propriété et des titres fonciers et des libertés d’expression, d’association et de réunion». Une formulation qui est un réquisitoire contre Harare, dont les atteintes aux droits de propriété et aux libertés fondamentales sont pointées du doigt.

À l’inverse, le Botswana, la Namibie, l’Afrique du Sud, Eswatini, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique et la Zambie sont candidats. Le Botswana, souvent présenté comme un modèle de stabilité et de bonne gouvernance en Afrique, apparaît ici comme un candidat naturel. L’Afrique du Sud, malgré ses difficultés économiques et sociales, reste dans la course, ce qui témoigne de la solidité de ses institutions démocratiques. Le Mozambique, en revanche, est candidat malgré les scandales de corruption passés, preuve que le filtre initial du MCC est avant tout juridique et non pas moral.

L’Afrique du Nord

L’Afrique du Nord se distingue par une présence massive et homogène. L’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye, l’Égypte et la Mauritanie sont tous candidats. Aucun n’est frappé d’interdiction légale. C’est un fait notable: malgré des situations politiques très différentes, aucun de ces pays n’a basculé dans une inéligibilité comparable à celle du Sahel ou du Soudan.

La Tunisie, pourtant engagée dans une dérive autoritaire depuis 2021, reste candidate. L’Égypte du maréchal Sissi également. Cela indique que les restrictions légales américaines, telles qu’appliquées au 12 août 2026, ne couvrent pas encore ces situations, ou que des considérations géopolitiques plus larges pèsent dans la balance. Quoi qu’il en soit, pour l’Afrique du Nord, le statut de candidat ouvre une fenêtre d’opportunité, même si la sélection finale dépendra des performances mesurées.

Un levier de transformation sous conditions

L’enjeu de ce rapport dépasse la simple nomenclature. Le MCC est un instrument de soft power américain qui peut injecter des centaines de millions de dollars dans des projets d’infrastructures, d’agriculture, d’énergie ou de gouvernance. Être candidat, puis éligible, puis signer un Compact, c’est accéder à des financements non négligeables, souvent conditionnés à des réformes structurelles. À l’inverse, être exclu, c’est se voir privé de ce levier, et, plus largement, être stigmatisé aux yeux des autres bailleurs et investisseurs.

Pour les pays africains frappés de sanctions, les conséquences sont doubles. D’une part, ils perdent un accès direct à des fonds américains. D’autre part, leur exclusion du processus MCC envoie un signal négatif aux marchés financiers et aux partenaires techniques: celui d’un pays où l’État de droit et les libertés fondamentales ne sont pas garantis. Dans un contexte où les besoins de financement du développement africain sont colossaux, une telle mise à l’écart peut accentuer la marginalisation économique.

Mais le rapport contient aussi un avertissement: les listes publiées peuvent évoluer. Les pays candidats comme les pays exclus «peuvent faire l’objet de restrictions ou de déterminations statutaires futures (par exemple, un pays classé au niveau 3 dans le rapport annuel sur la traite des personnes publié par le département d’État américain, sans avoir obtenu une dérogation appropriée)». Autrement dit, rien n’est figé. Un pays candidat aujourd’hui peut être exclu demain si sa situation se dégrade, et inversement, un pays exclu pourrait être réintégré si des changements politiques majeurs interviennent.

Une précarité qui est particulièrement pertinente pour des pays comme la Guinée-Bissau ou Madagascar, dont le statut de candidat est assorti de réserves. Elle l’est aussi pour des États comme le Tchad, exclu pour son classement «Tier 3», une catégorie qui peut évoluer d’une année sur l’autre. Le MCC fonctionne ainsi comme un baromètre dynamique de la gouvernance mondiale, et l’Afrique en est le terrain d’observation privilégié.

En définitive, ce premier rapport du MCC pour l’exercice 2027 n’est qu’un filtre initial, mais il dessine déjà une carte africaine à deux vitesses. D’un côté, une majorité de pays formellement éligibles, parmi lesquels certains sortiront du lot lors des prochaines étapes. De l’autre, un noyau dur d’exclus (pays de l’AES, Soudan, Zimbabwe, Érythrée, Soudan du Sud, Tchad).

Le message de Washington est aussi clair que les dollars promis: l’aide américaine n’est pas un dû, mais une récompense pour ceux qui respectent les règles du jeu démocratique et économique. Pour les pays africains, l’enjeu est donc double: se maintenir sur la liste des candidats, puis prouver leur valeur lors de l’évaluation des performances. La compétition ne fait que commencer.

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(*) La Millennium Challenge Corporation (MCC) est une agence indépendante du gouvernement des États-Unis, créée en 2004, dont la mission est de réduire la pauvreté dans les pays en développement en finançant des programmes de croissance économique durable.

Par Modeste Kouamé
Le 01/09/2026 à 16h20