Gazoduc Africain Atlantique: l’approbation des chefs d’État de la CEDEAO lève les derniers obstacles à la réalisation de cette infrastructure stratégique

Tracé du  gazoduc Africain-Atlantique

Tracé du gazoduc Africain-Atlantique

Le 20/07/2026 à 15h52

Les chefs d’État de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont signé dimanche 19 juillet 2026 un accord approuvant la construction du Gazoduc Africain Atlantique (AAGP) devant relier le Nigeria au Maroc en longeant les côtes de treize pays d’Afrique. Cet acte marque clairement l’adhésion des pays de la CEDEAO à ce projet structurant et intégrateur.

Les chefs d’État et de gouvernement des pays de Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont signé à Freetown (Sierra Leone), en marge de la 69e Session ordinaire de l’organisation, un accord intergouvernemental approuvant et encadrant la construction du gazoduc devant relier le Nigeria au Maroc, baptisé Gazoduc Africain Atlantique (AAGP).

Il s’agit d’un acte de haute portée stratégique pour les pays concernés par ce projet structurant dont ceux de la CEDEAO, de la Mauritanie, du Maroc et des pays européens. Cet acte marque clairement l’adhésion des pays de la CEDEAO au dit projet qui ne manquera pas d’enclencher une véritable dynamique économique au profit des populations de la région.

Ces accords intergouvernementaux résolvent sur toutes les questions sensibles dont la souveraineté sur les tronçons transfrontaliers, la répartition des recettes, les responsabilités environnementales… En clair, ces accords encadrent la gouvernance du gazoduc entre les États de la CEDEAO.

En apposant leurs signatures, les dirigeants de la région lèvent le dernier obstacle à la construction de cette infrastructure énergétique stratégique. Le cadre institutionnel de ce gazoduc sera finalisé par la signature conjointe ultérieure entre le Maroc et la Mauritanie, deux pays non membres de la CEDEAO, en présence du président nigérian.

Suite à cette décision, deux entités seront créées: Société de Projet, basée à Casablanca (Maroc), qui sera chargée du montage financier via une mobilisation d’un mix de fonds propres et de dette et du pilotage opérationnel et l’Autorité de gouvernance du Gazoduc (Pipeline Higher Authority), dont le siège est prévu à Abuja (Nigeria).

Une fois ces deux entités créées, l’accent sera mis sur la mobilisation des investisseurs et la préparation de la décision finale d’investissement, sachant que les études techniques, environnementales et d’ingénieries sont déjà achevées.

Le coût du projet est estimé à 25 milliards de dollars, ce qui en fait l’un des plus ambitieux du continent africain. Le recours à une société ad hoc va faciliter les levées de fonds via des prêts souverains, des obligations ou des partenariats publics-privé. D’ailleurs, de nombreux partenaires comptent accompagner le financement du projet dont les Émirats arabes unis, la Banque islamiques de développement, le Fonds de l’OPEP pour le développement international,…

Le Gazoduc Africain Atlantique (AAGP) traversera en tout 13 pays et aura une longueur totale d’environ 6.900 km. Par pays, la section marocaine sera la plus longue et s’étendra sur 2.220 kilomètres dont 1.830 onshore (terrestre) Dakhla-Ouazzane et 390 kilomètres offshore (maritime) de Lagouira-Dakhla.

Afin d’impacter tous les pays traversés, le tracé du gazoduc prévoit des connexions progressives entre les différents pays. Les premiers segments relieront le Maroc aux gisements gaziers de la Mauritanie et du Sénégal. Un autre tronçon connectera le Ghana à la Côte d’Ivoire. Enfin, une dernière section assurera la liaison entre le Ghana et les champs gaziers du Nigeria. En optant par la réalisation de segments autonomes, les initiateurs du projet tablent sur une mise en service échelonnée. Les premières livraisons de gaz issues des phases initiales sont attendues pour 2031.

Les travaux du gazoduc devraient démarrer en 2028 pour une première livraison du gaz prévue en 2031. Le gazoduc aura une capacité de transport annuelle cible de 31 milliards de mètres cubes de gaz naturel. La moitié sera exportée vers le Maroc et l’Europe, tandis que le reste approvisionnera les marchés régionaux pour soutenir la production d’électricité et l’industrialisation.

Ainsi, une fois réalisé, ce gazoduc va contribuer à la sécurité énergétique de la région et constituer un levier essentiel de souveraineté, d’industrialisation et de prospérité partagée.

Ce gazoduc «a pour ambition de relier les ressources gazières de l’Afrique de l’Ouest aux principaux centres de consommation régionaux, tout en renforçant l’intégration des marchés énergétiques africains et en créant un nouveau corridor de développement reliant l’Afrique de l’Ouest, les États du Sahel, le Royaume du Maroc et l’Europe», a indiqué le communiqué commun de l’Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc (ONHYM) et de la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC).

Estimées à 209.000 milliards de pieds cubes, le Nigeria dispose des premières réserves de gaz d’Afrique et les septièmes au monde. Cependant, ces réserves sont très faiblement exploitées, les dirigeants du pays ayant jusqu’à présent privilégié l’exploitation pétrolière au détriment du gaz.

Toutefois, le bouleversement géopolitique mondial du gaz né avec la guerre Russie-Ukraine, a contraint l’Europe à chercher de nouvelles sources d’approvisionnement et le Nigeria compte en tirer profit. Pour le pays le plus peuplé d’Afrique qui exporte son gaz sous forme de GNL (Gaz naturel liquéfié), le gazoduc sera une aubaine et lui permettra d’expédier d’importantes quantités de gaz de manière efficiente, sécurisée et plus rentable.

Outre le Nigeria, la Côte d’Ivoire est devenue un producteur de gaz grâce à ses gisements Baleine et Calao. Au Sénégal, les gisement Singomar et Yaakar -Téranga avec des réserves récupérables évaluées à respectivement 70 et 1.400 milliards de mètres cubes peuvent contribuer à approvisionner le gazoduc Gazoduc Africain Atlantique. Il en est de même pour le gisement Grand Tortue Ahmeyim, situé à cheval sur la frontière Sénégalo-mauritanienne et entré en production en 2025. Ces réserves sont estimées à 1.400 milliards de mètres cubes dont 560 milliards récupérables.

Rappelons que l’idée du gazoduc a été lancée en 2016 par le Roi Mohammed VI lors d’une visite historique à Abuja. Depuis cette date, les équipes de l’Onhym et de la Nigerian national petroleum corporation n’ont cessé d’œuvrer pour la concrétisation de ce projet structurant.

Par Moussa Diop
Le 20/07/2026 à 15h52