Libreville vibre au rythme des «Grandes Nuits de l’élone»: quand la tradition urbaine renoue avec ses racines ancestrales

Une scène lors des «Grandes Nuits de l’élone» à Libreville.

Le 02/08/2026 à 15h16

VidéoC’est l’événement culturel incontournable de ce début de vacances au Gabon. Portée par Gutemberg Assoumou et l’association des élonistes, la deuxième édition des «Grandes Nuits de l’élone» a investi le complexe scolaire Ntchorere, à Ancienne-Sobraga. La capitale gabonaise a été bercée par les tambours et les pas endiablés d’une danse qui traverse les âges.

Dans l’air saturé de chaleur et d’effervescence, le quartier Ancienne-Sobraga est devenu l’épicentre d’une fièvre culturelle rarement égalée à Libreville. Fini le temps des après-midi moroses: ici, les nuits seront longues, rythmées et sacrées.

Pour cette deuxième édition, les promesses des organisateurs sont à la hauteur de l’engouement populaire: «élone non-stop, art culinaire, spectacles, art oratoire, dégustations et jeux ludiques» composent un programme fourni qui se veut une ode à la mémoire collective.

Alors que les vacanciers affluent par milliers, tickets en main, l’ambiance est à la communion. Dans la foule bigarrée, les générations se mêlent, unies par une même ferveur pour une tradition longtemps confinée aux souvenirs des villages.

«Je danse l’élone depuis ma jeunesse»

Au milieu des rires et des prémices des percussions, Murielle Ndong, mélomane passionnée, laisse éclater sa joie avec une émotion palpable. Pour elle, ces nuits sont bien plus qu’un simple spectacle: ce sont des retrouvailles avec soi-même. «Je danse l’élone depuis ma jeunesse. Avec le temps, on a perdu un peu de notre culture. Aujourd’hui, avec l’initiative des artistes de chez nous, on peut revivre ces moments-là. Une telle soirée me renvoie au village et j’ai hâte d’y être. Je crois que dès la semaine prochaine, je serai au village», confie-t-elle, les yeux brillants.

Son témoignage résonne comme un écho à la mission première de l’événement: rapatrier l’âme de la tradition au cœur de la modernité urbaine.

Faire rayonner l’élone au-delà des frontières

Mais si les «Grandes Nuits de l’élone» sont un retour aux sources, elles sont aussi une vitrine. Sur scène, des dizaines d’artistes locaux se préparent à enflammer la piste jusqu’à l’aube.

Parmi eux, Placide Mba, artiste-chanteur, porte haut les couleurs de ce renouveau avec une ambition débordante. «L’élone est devenu un phénomène national. Et notre souhait est que cette danse s’exporte hors de nos frontières», lance-t-il avec la fougue de ceux qui voient grand. Son rêve est simple mais puissant: transformer ce rituel en un emblème culturel reconnu sur la scène internationale, un peu comme le furent d’autres danses du continent.

Un pont entre les racines et la cité

Derrière cette machinerie culturelle, Kery Junior, responsable communication des soirées de l’élone, détaille la philosophie qui guide cette aventure humaine. Il insiste sur l’aspect social et fédérateur de l’initiative, bien au-delà du simple divertissement. «Il y aura plusieurs artistes qui vont prester ce soir en live jusqu’au matin. L’un des objectifs des grandes soirées de l’élone à Libreville est de rapprocher cette danse de ceux qui ont perdu leurs racines et qui vivent ici en ville», explique-t-il.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit: une réappropriation. Dans une ville souvent déconnectée des campagnes, cet événement tisse un fil d’or entre le Gabon profond et sa jeunesse urbaine. Alors que les percussions résonnent déjà dans les murs de Ntchorere, une certitude habite les festivaliers: cette nuit, Libreville ne dort pas. Elle danse, elle se souvient et elle prépare déjà l’avenir d’une tradition immortelle. Le rendez-vous est pris.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 02/08/2026 à 15h16