Le Fonds international de développement agricole (FIDA), une institution de l’ONU spécialisée exclusivement dans la transformation de l’agriculture et des économies rurales, vient de publier son rapport annuel sur les transferts de migrants. Intitulé Sending Money Home 2025. Beyond remittances: From lifeline to resilience -one family at a time (Aider les siens en 2026. Les envois de fonds comme point de départ: de la survie à la résilience, famille par famille), le rapport souligne que les transferts à destination des pays à revenu faible ou intermédiaire se sont établis à 728,6 milliards de dollars en 2025.
Ce flux dépasse le montant de l’aide publique au développement (APD) ou celui des investissements directs étrangers (IDE) à destination de ces pays.
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Si ces transferts ont bénéficié à tous les pays concernés par l’étude, le rapport montre clairement une forte concentration des flux sur une poignée d’entre eux.
Ainsi, au niveau mondial, cinq pays ont reçu 338,7 milliards de dollars soit 46,48% des transferts des migrants. Il s’agit de l’Inde (150,7 milliards de dollars), Mexique (64,4 milliards), Philippines (41,6 milliards), Égypte (41,5 milliards) et Pakistan (40,5 milliards). Des pays disposant des diasporas très importantes.
Ces transferts ont des impacts très importants sur les pays bénéficiaires. Selon le FIDA, ces flux financiers aident les familles à couvrir leurs besoins essentiels, à faire face aux crises et aux incertitudes. «Les trois quarts des envois de fonds servent à couvrir des besoins immédiats tels que l’alimentation, le logement et les services de base. Le quart restant représente plus de 180 milliards de dollars par an destinés à des projets à plus long terme, comme la santé, l’éducation, le logement, l’épargne, la création d’entreprises et d’autres activités génératrices de revenus», souligne le rapport.
En plus de contribuer à lutter contre la pauvreté, ces flux participent à l’amélioration des réserves de change des pays récepteurs.
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Au niveau du continent africain, les transferts se sont établis à 124,2 milliards de dollars en 2025, soit 17,05% des fonds transférés au niveau mondial. Durant la décennie 2016-2025, ce montant a augmenté de 86%.
«La croissance des envois de fonds a largement devancé celle de la migration, renforçant l’importance de ces flux tant pour les grands marchés récepteurs que pour les économies plus modestes mais fortement dépendantes», selon le rapport du FIDA, qui ajoute que «le paysage migratoire et celui des envois de fonds en Afrique ont considérablement évolué au cours de la dernière décennie. Les envois de fonds ont augmenté bien plus rapidement que la population ou la migration, soulignant leur importance croissante pour les ménages et les économies nationales à travers le continent. La population a augmenté de 24%, le nombre d’émigrants a progressé de près de 32% pour atteindre près de 46 millions, et les flux d’envois de fonds ont crû de 86% pour s’établir à environ 124 milliards de dollars».
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Ces transferts sont très concentrés sur un nombre réduit de pays. En 2025, les cinq premiers bénéficiaires africains des transferts ont reçu 90,1 milliards de dollars en 2025, concentrant environ 73% du montant global transféré par les migrants du continent. L’institution onusienne estime que 34% des flux, soit 42 milliards de dollars, ont atteint le monde rural en Afrique, contribuant à soutenir la consommation courante, les soins de santé et l’éducation des enfants dans des régions où l’accès à l’emploi formel est limité.
L’Égypte est de loin le premier bénéficiaire des transferts de fonds au niveau du continent africain. Les transferts de sa forte diaspora, estimée à plus de 10 millions de migrants, ont atteint 41,5 milliards de dollars en 2025, représentant 33,41% des montants reçus par les pays africains. Ces fonds représentent la deuxième source de devises du pays après les exportations (environ 51,40 milliards de dollars), mais devant le tourisme et les revenus générés par le canal de Suez.
Loin derrière l’Égypte suit Nigeria avec 22,8 milliards de dollars transférés par sa diaspora vivant notamment dans les pays anglophones (Royaume-Uni, États-Unis…). Toutefois, une partie des transferts de cette diaspora échappe aux circuits officiels en empruntant les marchés parallèles.
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Le Maroc se hisse sur la troisième marche du podium avec 13,66 milliards de dollars de fonds envoyés par sa diaspora installée particulièrement en Europe (France, Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas..) et dans le Golfe. Les flux vers le Maroc ont plus que doublé sur la décennie 2016-2025, passant 6,4 milliards à 13,7 milliards de dollars.
Derrière ce trio suivent l’Éthiopie (7,14 milliards de dollars), le Kenya (5,00 milliards), le Zimbabwe (3,51 milliards), la RD Congo (3,32 milliards), le Sénégal (3,27 milliards), la Tunisie (3,26 milliards) et le Ghana (2,42 milliards).
Top 10 des pays africains bénéficiaires des transferts d’argent en 2025 (milliards de dollars)
| Pays | Montant transféré en 2025 | Croissance 2016-2025 | Transferts/PIB | Coûts des transferts non bancaire |
|---|---|---|---|---|
| Egypte | 41,50 | 123% | 11% | 3,8% |
| Nigeria | 22,80 | 16% | 8% | 3,6% |
| Maroc | 13,66 | 114% | 7% | 4,0% |
| Ethiopie | 7,14 | 824% | 5% | 4,2% |
| Kenya | 5,00 | 187% | 4% | 5,6% |
| Zimbabwe | 3,51 | 89% | 8% | 7,3% |
| RD Congo | 3,32 | 459% | 4% | 3,2% |
| Sénégal | 3,27 | 65% | 11% | 2,3% |
| Tunisie | 3,26 | 79% | 6% | 4,3% |
| Ghana | 2,42 | -19% | 2% | 4,4% |
Si en volume ces 10 pays sont les plus grands bénéficiaires, d’autres petits pays sont plus dépendants de ces flux financiers qui pèsent lourd dans la création annuelle de leur richesse.
Les transferts ont représenté 22% du PIB de la Gambie, 21% du Liberia, des Comores et du Lesotho, 12% pour le Cap-Vert, 11% pour le Sénégal…
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Notons toutefois que si les montants transférés donnent des indications, ils sont loin de refléter la réalité des flux. En effet, plusieurs fonds empruntent des circuits parallèles et ce pour diverses raisons: coûts des transferts classiques élevés, différentiel des taux de change entre le marché officiel et le marché parallèle, faible développement des systèmes financiers dans certains pays, l’existence de circuits parallèle traditionnel de transfert d’argent «rapide et sur»…
Les transferts des migrants africains ont atteint 124,2 milliards de dollars en 2025, selon les données du Fonds international de développement agricole (FIDA), représentant 17% des flux mondiaux. . DR
Pour le cas de l’Algérie par exemple, le montant des transferts (1,80 milliard de dollars) est loin de refléter la réalité. En effet, à cause d’un différentiel de taux de change de plus de 104 dinars entre le marché officiel (1 dollar = 133 dinars) et le marché parallèle (1 dollar = 237 dinars), les migrants préfèrent éviter les circuits officiels de transferts d’argent pour réaliser de très substantiels gains de change au niveau du marché parallèle.
Résultat: de gros montants en devises sont apportés par les membres de la diaspora algérienne, forte d’environ 5 millions de personnes, et non déclarés pour s’échanger au niveau du Square Port-Saïd d’Alger, le véritable baromètre du change du pays.
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Enfin, le coût des transferts d’argent à destination de l’Afrique demeure le plus onéreux, avec des disparités marquées selon les sous-régions. Selon le rapport du FIDA, «le coût moyen (hors secteur bancaire) pour envoyer 200 dollars vers l’Afrique est passé de 9% au troisième trimestre 2016 à 7,2% au troisième trimestre 2025, soit une baisse de 20%. Malgré ces progrès, l’Afrique reste au-dessus de la moyenne mondiale, et son coût régional demeure plus de deux fois supérieur à la cible fixée dans le cadre des ODD, à savoir moins de 3%».
Toutefois, ces moyennes cachent des différences notables entre les sous-régions. Ainsi, selon le document, l’Afrique de l’Ouest a connu la plus forte amélioration, le coût moyen ayant chuté d’un tiers, passant de 7,2% à 4,9%. Le coût moyen d’envoi vers l’Afrique de l’Est est passé de 9,7% à 7,2%, tandis que celui vers l’Afrique australe a diminué de 23% mis demeure le plus onéreux avec un coût moyen de 10,4% en 2025.






