Le retour de milliers de ressortissants zimbabwéens, dans le contexte des attaques visant les étrangers en Afrique du Sud, n’aura pas d’incidence sur les flux de transferts de fonds de la diaspora, considérés comme une véritable bouée de sauvetage pour l’économie du pays, a affirmé le porte-parole de la présidence du Zimbabwe. Selon lui, les transferts de fonds envoyés par les Zimbabwéens vivant à l’étranger ne reposent pas sur une seule catégorie de migrants, mais sur une large base de membres de la diaspora répartis dans plusieurs pays, ce qui leur permet de maintenir leurs niveaux actuels.
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Il ajoute que, malgré le retour d’un certain nombre de citoyens d’Afrique du Sud dans un contexte de tensions liées aux actes de xénophobie dans ce pays, le gouvernement ne s’attend pas à une baisse significative des recettes issues de ces transferts, qui constituent une importante source de devises étrangères et contribuent largement au soutien des familles et de l’économie nationale. Le même responsable indique que les autorités suivent de près la situation des personnes rentrées au pays, appelant les citoyens à les accueillir et à faciliter leur réintégration au sein de leurs communautés.
Il a également affirmé que le gouvernement poursuit ses efforts pour créer les conditions permettant à ces rapatriés de contribuer au développement économique du pays. Les transferts de fonds annuels envoyés par les expatriés zimbabwéens depuis différents pays du monde vers leur pays d’origine sont estimés à environ 2 milliards USD.
Ces déclarations interviennent alors que les autorités font état du retour de près de 100 000 ressortissants zimbabwéens d’Afrique du Sud, dans un contexte d’intensification des campagnes visant les migrants étrangers, suscitant des inquiétudes quant aux répercussions de cette situation sur les transferts de fonds, qui figurent parmi les principales sources de revenus de l’économie zimbabwéenne.
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Selon les estimations de l’Agence nationale des statistiques (ZimStat), environ un million de Zimbabwéens vivent en Afrique du Sud, tandis que des organisations indépendantes évaluent ce nombre à plus de deux millions de personnes.
À entendre le porte-parole de la présidence zimbabwéenne, la manne financière serait parfaitement indolore au départ de ceux qui la produisent. L’argument technique est imparable en apparence: les envois de fonds ne dépendent pas d’un seul couloir migratoire mais d’une base éclatée de contribuables de l’ombre disséminés sur plusieurs continents.
C’est mathématiquement rassurant et humainement glaçant. Car derrière ce blindage statistique se dessine une réalité que le palais présidentiel effleure sans jamais la nommer: ces milliers d’hommes et de femmes qui franchissent la frontière du Limpopo en sens inverse ne sont pas des variables d’ajustement dans une équation de balance des paiements.
Ils sont les visages brisés d’un exil qui se termine en débâcle, souvent sans un sou vaillant, parfois sans chaussures, toujours lestés du sentiment amer d’avoir été rejetés par la nation arc-en-ciel après lui avoir offert leur force de travail bon marché. Le gouvernement zimbabwéen appelle ses citoyens à bien les accueillir et promet de créer des conditions propices à leur contribution au développement économique national.
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Des formules empathiques qui ressemblent à s’y méprendre à celles employées il y a deux décennies, quand les expulsions massives d’Afrique du Sud laissaient déjà le même arrière-goût de promesses non tenues. La question essentielle que personne ne pose est simple: si ces 100 000 rapatriés cessaient effectivement d’envoyer de l’argent, combien de files d’attente supplémentaires devant les magasins vides, combien d’écoliers déscolarisés, combien de cliniques rurales privées des précieux dollars qui achètent les médicaments ?
Que le gouvernement zimbabwéen assure que la base est large et diversifiée ne change rien à cette vérité de terrain: dans les campagnes du Masvingo ou les townships de Bulawayo, chaque migrant est un guichet automatique familial, et la perte d’un seul expéditeur peut faire basculer tout un foyer. Présenter la résilience des flux comme un acquis structurel relève d’un optimisme frileux, de ceux qu’on brandit pour rassurer les marchés et les partenaires internationaux pendant que la rue, elle, compte ses morts et ses disparus.
Il y a dans cette posture une certaine ironie: le Zimbabwe, pays qui a vu sa jeunesse s’expatrier en masse pour fuir une économie en lambeaux, célèbre aujourd’hui la robustesse des cordes qui le lient à ses enfants dispersés, tout en refusant de regarder en face le drame de ceux qui, sous les coups et les menaces, reviennent au bercail sans rien d’autre que leurs cicatrices. La xénophobie sud-africaine met au jour une dépendance inconfortable: Harare dépend vitalement de devises gagnées à l’étranger tout en étant incapable d’offrir des perspectives à ceux qui rentrent. Le discours présidentiel tente de concilier l’inconciliable, de transformer une débâcle humaine en incident statistique négligeable.
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Le retour des damnés de Soweto et d’Alexandra n’est pas une simple péripétie migratoire, c’est le révélateur d’un modèle économique qui externalise son capital humain et ne sait plus l’accueillir quand le monde le lui renvoie. La résilience des transferts que Harare vante avec tant de certitude est avant tout celle des familles qui, depuis des décennies, s’accrochent aux envois d’un proche comme on s’agrippe à une bouée dans la tempête. Ignorer que les bouées, parfois, coulent, c’est prendre le risque de ne plus voir le naufrage venir.
