Afrique du Sud: mardi à risque en pleine campagne contre l’immigration

Des membres du Service de police sud-africain (SAPS) et de la police métropolitaine de Durban escortent les ressortissants étrangers jusqu'à un bus du centre Diakonia jusqu'aux bureaux du ministère de l'Intérieur où ils seront contrôlés à Durban le 21 mai 2026.. AFP or licensors

Le 30/06/2026 à 11h19

VidéoLa police est déployée en masse en Afrique du Sud pour parer à d’éventuelles violences mardi, point culminant d’une campagne aux accents xénophobes qui a poussé 25.000 immigrés à l’exode, accusés entre autres de prendre le travail des Sud-Africains.

Depuis plusieurs semaines, le pays vit au rythme d’un compte à rebours à mesure que s’approche le 30 juin, date d’un ultimatum fixé en dehors de tout cadre légal par des groupes citoyens très structurés pour intimer aux étrangers sans papiers l’ordre de quitter le pays.

A Johannesburg comme à Durban (est), de nombreux magasins sont restés fermés mardi matin et le trafic automobile était sensiblement plus faible qu’à l’accoutumée, témoignant de l’inquiétude d’une population attendant de voir la tournure des événements, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Des manifestants commençaient à se rassembler dans le calme mardi matin dans plusieurs villes du pays, emmenés comme depuis le début du mouvement par des hommes brandissant bâtons et boucliers traditionnels zoulous.

«J’ai un peu voyagé en Afrique. Tous ces pays sont foutus, et l’Afrique du Sud, c’est l’Amérique de l’Afrique», déclare à l’AFP un manifestant à Durban, Selwyn Anderson.

Le retraité de 64 ans affirme que les étrangers en situation irrégulière ont pris le contrôle de nombreuses petites entreprises du pays.

L’Afrique du Sud a déjà connu de violents débordements xénophobes, notamment en 2008 et 2015, mais de manière inédite, plus de 25.000 ressortissants de plusieurs africains, Malawi, Zimbabwe, Mozambique, Nigeria, Ghana, etc, ont fui ces dernières semaines par leurs propres moyens ou à bord de bus affrétés par leur pays ou par l’Afrique du Sud.

Le mouvement actuel a débouché sur des violences sporadiques qui ont fait quatre morts, deux Mozambicains, un Ethiopien et un Malawite, et quelques scènes de pillages de magasins tenus par des étrangers.

D’ores et déjà, les responsables des groupes antimigrants illégaux ont indiqué qu’ils poursuivraient leur mouvement au-delà du 30 juin.

«Surenchère politique»

Quelque 3 millions d’étrangers, soit 5,1% de la population, vivent au pays de l’ancien président Nelson Mandela, selon les statistiques officielles, attirés par des perspectives d’emploi dans la première économie du continent.

Le mouvement actuel s’inscrit aussi dans le contexte électoral des municipales du 4 novembre, toujours âprement disputées.

«Des partis politiques font de la surenchère (...) Ils paradent en se présentant comme étant anti-immigrés», explique à l’AFP le politologue Sandile Swana, citant entre autres les partis MK de l’ex-président Jacob Zuma et Action SA.

Dans plusieurs grandes villes du pays, notamment Durban mais aussi au Cap (sud) et à Johannesburg, poumon économique du pays, des ressortissants étrangers se sont réfugiés dans des camps de déplacés improvisés ou devant leur consulat dans l’espoir de quitter le pays, laissant derrière eux leurs biens, et parfois un conjoint sud-africain.

Le Ghana et le Nigeria ont organisé des vols de rapatriement pour plusieurs centaines de compatriotes, déplorant la gestion de la crise par un pays censé être un phare moral pour le continent depuis la fin de l’apartheid.

Menaces et intimidations

Les organisations antimigrants, comme «March and March», assurent être opposées à toute forme de violence. Elles accusent les clandestins, sans statistiques à l’appui, de «voler» les emplois des Sud-Africains, dans un pays où le taux de chômage culmine à plus de 32%.

Elles leur reprochent également d’encombrer le système de santé et de contribuer à la criminalité galopante du pays et ses 60 homicides quotidiens.

Cette campagne s’est traduite par de nombreuses menaces et intimidations dans les quartiers paupérisés des grandes villes.

Les témoignages recueillis par l’AFP auprès de candidats au départ convergent: leurs employeurs les ont renvoyés, de crainte d’être verbalisés, et leurs propriétaires, mis sous pression par des sympathisants du mouvement, les ont expulsés.

Le ministre par intérim de la Police, Firoz Cachalia, a multiplié ces derniers jours les prises de parole pour annoncer un important déploiement de forces de l’ordre et mettre en garde les fauteurs de troubles.

Le président Cyril Ramaphosa et les autorités locales se sont rapprochés des royautés traditionnelles et des instances religieuses pour amplifier leur appel au calme.

Plusieurs points chauds ont été identifiés dans le pays, notamment à Johannesburg et à Durban dans la province du KwaZulu-Natal, théâtre en juillet 2021 de violences meurtrières (plus de 330 morts) en réaction à l’incarcération de Jacob Zuma pour outrage à la justice.

«Quelles que soient nos inquiétudes concernant l’immigration illégale (...), nous ne laisserons pas cette province partir une seconde fois en fumée, que ce soit du fait de la criminalité ou de la xénophobie», a averti dimanche le dirigeant du KwaZulu-Natal, Thami Ntuli.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 30/06/2026 à 11h19