Mondial 2026. Quel bilan tirer de la campagne des 10 pays africains?

Le 11/07/2026 à 14h12

Entre confirmations, surprises et déceptions, les dix pays africains ont connu diverses fortunes durant le Mondial. Si toutes les équipes africaines ont réussi à franchir le cap de la phase de groupes, à l’exception de la Tunisie, une seule est parvenue aux quarts de finale, le Maroc. Avec 13 victoires et 53 buts marqués en 42 matchs, le football africain a certes progressé mais demeure atteint du «syndrome des cinq dernières minutes».

Dix équipes africaines ont participé au Mondial 2026 coorganisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Une première rendue possible grâce à l’élargissement à 48 le nombre d’équipes participantes à la Coupe avec neuf places qualificatives directement pour le continent et une hypothétique 10e place, tributaire des matchs de barrage intercontinentaux de la FIFA.

Ainsi, pour cette édition américaine, l’Afrique du Sud, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, le Maroc, la Cap-Vert, le Ghana, la Tunisie, le Sénégal et la RD Congo (barragiste) ont représenté le continent.

Et globalement, les résultats des pays africains ont été globalement meilleurs que lors des précédentes éditions. Un progrès illustré par le nombre de pays ayant franchi la phase de poules, le nombre de victoires et celui des buts marqués. Une situation qui peut toutefois être interprétée différemment.

Le nombre élevé d’équipes, et donc plus de matchs à disputer, la présence d’équipes faibles (Curaçao, Haïti,…) et le doublement du nombre de représentants africains sont cités parmi les facteurs derrière cette amélioration de la performance des équipes du continent.

Nonobstant, il faut souligner les progrès réalisés par le football africain ces dernières années. Et cela concerne presque toutes les nations. Le cas le plus emblématique étant celui du Cap-Vert, un archipel de moins de 600.000 habitants, qualifié pour la première fois à une phase finale d’une Coupe du monde et qui est arrivé à passer aux 16èmes de finale avant de livrer un match héroïque et de s’incliner (2-3) face à l’Argentine, championne du monde en titre.

En quatre matchs, les Capverdiens ont réalisé trois nuls et concédé une seule défaite. Ainsi, les Requins Bleus ont sans doute écrit l’une des plus belles histoires de cette Coupe du monde de football.

Outre le Cap-Vert, de nombreux pays africains ont enregistré des succès jamais connus auparavant. L’Égypte a non seulement enregistré sa première victoire en Coupe du monde, mais a aussi vaincu le signe indien en franchissant les 16èmes de finale avant d’atteindre les 8èmes où elle a été éliminée par l’Argentine, dans un match où l’arbitrage était loin d’être impartial.

Globalement, dans beaucoup de matchs, les pays africains ont prouvé qu’ils étaient capables de rivaliser avec les meilleures équipes du monde. C’est le cas des matchs: Maroc-Brésil, Maroc/Pays-Bas, Côte d’Ivoire-Allemagne, RD Congo-Angleterre, Sénégal-Belgique, Ghana-Angleterre, Cap Vert-Argentine et Égypte-Argentine.

42 matchs, 53 buts marqués et 64 encaissés

Au total, les dix pays africains ont joué 42 matchs, enregistré 13 victoires, concédé 19 défaites et 10 nuls. Le Maroc est le pays ayant le plus enregistré de victoires (4), devant la Côte d’Ivoire et l’Égypte (2). Le Cap-Vert avec trois matchs nuls lors de la phase des poules est le champion des partages de points. Quant à la Tunisie, elle est la seule nation africaine à perdre ses trois rencontre de poules avec 12 buts encaissés pour seulement deux marqués. C’est la plus grosse déception africaine.

Pour les 42 matchs joués par les pays africains, 117 buts ont été marqués dont 53 marqués par les équipes africaines pour 64 encaissés. Les meilleures attaques africaines reviennent au Sénégal et au Maroc avec dix buts marqués par chaque pays. Le Ghana, avec trois buts encaissés en quatre matchs, affiche la meilleure défense, même si le pays s’est arrêté en 16èmes de finale. Le Maroc, seul pays africain ayant accédé aux quarts de finale a encaissé six buts en autant de rencontres.

Toutefois, les 16èmes de finale furent l’hécatombe des équipes africains. Sur les neuf engagés, seuls deux pays ont réussi à passer ce cap et atteindre les 8èmes de finale: Maroc et Égypte. Les sept autres ont échoué et parfois en ne livrant même pas de match à l’instar de l’Afrique du Sud face au Canada, pourtant loin d’être une nation de football.

D’autres se sont bien battus avant de s’incliner à l’instar de la RD Congo face à l’Angleterre et surtout du Cap-Vert face à l’Argentine. Par contre, le Sénégal, opposé à la Belgique en 16èmes, a fortement déçu en s’inclinant 2-3 dans un match qu’il avait totalement maitrisé de bout-en-bout avant de sombrer dans les dernières minutes du match, sans doute frappé par le «syndrome des dernières minutes».

Bilans des équipes africaines au Mondial 2026

PaysPhase d’éliminationMatchs (victoires, nuls et défaites)Buts (marqués et encaissés)
1er. Maroc Quart de finale 6 matchs : 4 victoires, 1 nul et 1 défaite10 buts marqués et 6 encaissés.
2e. Égypte 8èmes de finale 5 matchs : 2 victoires, 2 nuls et 1 défaite8 buts marqués et 7 encaissés
3e. Côte d’Ivoire 16èmes de finale 4 matchs : 2 victoires et 2 défaites5 buts marqués et 4 encaissés
4e. RD Congo 16èmes de finale 4 matchs : 1 victoire, 1 nul et 2 défaites5 buts marqués et 5 encaissés
5e. Ghana 16èmes de finale4 matchs : 1 victoire, 1 nul et 2 défaites2 buts marqués et 3 encaissés
6e. Afrique du Sud 16èmes de finale4 matchs : 1 victoire, 1 nul et 2 défaites2 buts marqués et 4 encaissés.
7e. Algérie 16èmes de finale4 matchs : 1 victoire, 1 nul et 2 défaites5 buts marqués et 9 encaissés.
8e. Sénégal 16èmes de finale4 matchs : 1 victoire et 3 défaites10 buts marqués et 9 encaissés.
9e. Cap vert 16èmes de finale4 matchs : 3 nuls et 1 défaite4 buts marqués et 5 encaissés.
10e. Tunisie Phase des poules3 matchs : 3 défaites2 buts marqués et 12 encaissés

Après la Tunisie, l’élimination du Sénégal à ce stade de la compétition est l’une des plus grosses déceptions pour le finaliste de la dernière Coupe d’Afrique des Nations qui aspirait à figurer dans le dernier carré du Mondial.

Au final, seul le Maroc et l’Égypte ont accédé aux 8èmes de finale. Et à ce stade, si le Maroc s’est défait du Canada en remportant (3- 0), l’Égypte a été éliminée par l’Argentine (2-3) dans un match palpitant marqué par des erreurs d’arbitrage qui ont bénéficié, bien entendu, aux champions du monde en titre.

Les Lions de l’Atlas ont été le dernier rempart africain dans cette compétition au niveau des quarts de final. Toutefois, l’équipe marocaine n’a pas réussi à rééditer son exploit de 2022 et atteindre le dernier carré mondial. Les Lions de l’Atlas se sont inclinés face à la France (0-2).

Si la qualité de l’adversaire est indéniable, cette élimination est aussi le résultat d’une succession de facteurs: choix tactiques de l’entraineur, manque de profondeur du banc, blessures de certains joueurs clés, distances parcourues d’un pays un autre,… sans oublier l’arbitrage qui a été fautif sur le premier but français.

Conséquence de cette élimination, aucune équipe africaine ne sera présente en demi-finale du Mondiale.

Au-delà des résultats relativement bons des équipes africaines, il faudra souligner certains points négatifs. En premier lieu, l’incapacité des équipes africaines à maintenir les résultats lors des dernières minutes des matchs.

«Syndromes des dernières minutes»

Durant ce Mondial, plusieurs équipes africaines ont tous été victime du «syndrome des dernières minutes». Sur les neuf équipes africaines éliminées, six ont encaissé un but décisif en fin de match ou en prolongation. C’est le cas de l’Afrique du Sud (91e minute) face au Canada, la Côte d’Ivoire (86e) contre la Norvège, RD Congo (86e) contre l’Angleterre, le Sénégal (120’, +5’ des prolongations) face à la Belgique, le Cap-Vert (90’, +11’ des prolongations) face à l’Argentine et l’Égypte (92’) face à l’Argentine.

Un constat qui illustre la cruauté du très haut niveau et surtout des difficultés des équipes africaines à gérer leurs fins de matchs.

C’est dire que les pays africains ont globalement des problèmes pour gérer les dernières minutes de leurs matchs. S’agit-il d’un problème de concentration, de mentalité, de coaching ou de stress…? En tout cas, les pays africains sont concernés par ce problème et il urge d’y apporter des remèdes nécessaires.

Autre enseignement, on ne peut pas écarter d’un revers de la main des problèmes de coaching lors de certaines défaites enregistrées durant les dernières minutes. Et en parlant de coaching, si certains sélectionneurs ont le mérite d’avoir globalement bien guidé leurs équipes, tel le Marocain Mohamed Ouahbi des Lions de l’Atlas, le Capverdien Pedro Leitào Brito dit Bubista, sélectionneur des Requins Bleus et le Français Sébastien Desabre, entraineur des Léopards de la RD Congo, dont les sélections se sont globalement bien comportées lors du Mondial.

Par contre, d’autres sélectionneurs ont fortement déçu en ayant pas exploité les potentialités qu’ils avaient en leur possession. C’est particulièrement le cas des sélectionneurs du Sénégal, Pape Thiaw, et de la Côte d’Ivoire Emerse Faé, qui n’ont pas su exploiter tout le potentiel qu’ils avaient pour aller plus loin dans cette compétition.

Le cas le plus illustratif est celui du Sénégalais qui, malgré le fait de disposer d’une des meilleures équipes africaines sur le papier aux côtés du Maroc et de la Côte d’Ivoire, n’a pas su donner l’impulsion nécessaire à son équipe. Résultat des courses, le Sénégal, après deux défaites face à la France et à la Norvège, n’a réussi à se qualifier pour les 16èmes qu’en figurant parmi les huit meilleurs troisièmes des douze groupes en compétition.

Et la suite a été encore plus lamentable. En 16èmes de finale, après avoir dominé et mené 2-0 la Belgique, les Lions de la Téranga se sont faits rattraper durant les cinq dernières minutes du match (86 et 89 minute) avant de perdre durant les prolongations (120’+5). Beaucoup ont soulevé un problème de coaching marqué par des remplacements en décalage avec le déroulement du match.

La page de ce Mondial américain étant tournée pour les pays africains, les objectifs se tournent vers la prochaine édition de 2030 qui sera coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. En attendant, ce sont déjà les éliminatoires de la CAN 2027 qui pointent à l’horizon...

Par Moussa Diop
Le 11/07/2026 à 14h12