Lors de l’extraction du pétrole, du gaz et de l’eau peuvent remonter en surface. Les compagnies pétrolières, une fois avoir séparé l’eau rejetée en mer et le pétrole, brulent le gaz naturel, considéré comme un sous-produit, sur site par des torchères.
Pour les compagnies pétrolières le torchage est le moyen le moins coûteux d’élimination des gaz inflammables inexploitables ou dont la récupération est peu rentable, faute d’infrastructures de traitement (unité de liquéfaction, de compression, de purification) ou de transport.
Seulement, cette pratique est très nuisible à l’environnement. En 2025, les 167 milliards de mètres cubes torchés représentent plus de 358 millions de tonnes de CO2, principal gaz à effet de serre, qui sont lâchées dans l’atmosphère, soit l’équivalent des rejets de quelques 85 millions de voitures.
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Dans un contexte mondial où les enjeux environnement constituent des préoccupations des États et des institutions internationales, la pratique du torchage de gaz dans le cadre du processus d’extraction du pétrole ne recule malheureusement pas en dépit des promesses des pays producteurs d’hydrocarbures.
Les données du rapport annuel Global Gas Flaring Tracker, publié le 23 juin par la Banque mondiale, montre qu’après les baisses enregistrées entre 2020 et 2022, sous l’effets du ralentissement de l’économie mondiale à cause du Covid-19, ont été suivies par trois années consécutives de tels rejets polluants, conséquence de la hausse des volumes mondiaux de gaz torchés.
Et en 2025, selon le rapport, le volume a atteint 167 milliards de mètres cubes de gaz, soit le niveau le plus élevé après celui de 2019, contre 151 milliards de mètres cubes en 2024.
Selon le rapport, «les volumes de gaz torché en 2025 sont presque équivalents à la consommation annuelle totale de gaz de l’Afrique et supérieurs aux volumes annuels de gaz naturel liquéfié transitant par le Golfe persique». Converti en devises, ce volume équivaut à environ 54 milliards de dollars perdus par les compagnies.
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Si le torchage est répandu chez la quasi totalité des pays producteurs d’hydrocarbures, il n’en demeure pas moins que neuf d’entre eux sont à l’origine des volumes rejetés dans l’atmosphère.
Selon le rapport Global Gas Flaring Tracker, neuf pays sont responsable de 83% du torchage de gaz dans le monde: Russie, Iran, Iraq, Venezuela, Mexique, Libye, Algérie, Nigeria et États-Unis. Pourtant, ces pays ne produisent que 47% du brut mondial. La Russie est de loin le premier torcheur au monde de gaz avec 30 milliards de mètres cubes en 2025, soit 18% du volume mondial.
Trois producteurs de pétrole africain figurent ainsi parmi les plus grands torcheurs au monde. Durant les cinq dernières années, l’Algérie est le premier torcheurs de gaz en Afrique avec en moyenne 8 milliards de mètres cubes par an.
Toutefois, en 2025, c’est la Libye qui se hisse au premier rang africain avec un volume d’un peu plus de 9,5 milliards de mètres cubes en raison notamment à la hausse de sa production pétrolière. Ce torchage a fait perdre au pays l’équivalent de 3 milliards de dollars de recettes.
Derrière, suit l’Algérie avec un peu plus de 8 milliards de mètres cubes de gaz torchés. Un volume en hausse de près de 5% et qui fait perdre à l’Algérie l’équivalent de 2,7 milliards de dollars.
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Pour le Nigéria, premier producteur de pétrole africain, la pratique du torchage, pourtant interdite depuis 1984, se poursuit du fait des exceptions qui autorisent les géants du secteur de se servir des failles juridiques pour continuer à torcher le gaz.
Le volume du gaz inutilement rejeté s’est établi à environ 7 milliards de mètres cubes en 2025, en légère hausse à cause de l’augmentation de la production. Toutefois, grâce aux initiatives des autorités, une telle pratique se réduit.
En 2028, le pays occupait le second rang des plus grands torcheurs de gaz au monde avec 13% du gaz brûlé lors de l’extraction du pétrole. Aujourd’hui, il se classe au 7e rang mondial avec une part de d’environ 4%.
Ainsi, à eux trois, les plus grands torcheurs de gaz africains ont brûlé l’équivalent de 25 milliards de mètres cubes de gaz lors des processus d’extraction de leurs pétroles. En valeur, cela représente autour de 8 milliards de dollars de recettes perdues.
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Une fois évitées, ces pertes pourraient avoir des impacts positifs sur les économies africaines. «Alors que de nombreux pays, en particulier les plus pauvres, sont confrontés à des pénuries d’énergie, la récupération de ce gaz émis lors de l’extraction pétrolière pourrait renforcer la sécurité énergétique, produire de l’électricité, soutenir l’activité économique et favoriser la création d’emplois, tout en réduisant les émissions», souligne la Banque mondiale.
C’est le cas notamment du Nigeria dont les volumes de gaz torchés pourraient servir à alimenter des centrales électriques et contribuer à augmenter l’accès des populations à l’électricité. En effet, bien qu’étant le premier producteur africain de l’or noir et disposant des plus importantes réserves de gaz du continent, le Nigeria affiche un taux d’électrification compris entre 55 et 60%.
L'Algérie est le premier pays torcheur de gaz en Afrique durant la période 2021-2025. En 2025, elle s'est classée 7e mondial, selon la Banque mondiale, avec un volume de gaz torché dépassant les 8,4 milliards de mètres cubes.
Partant, l’institution de développement explique que «l’élimination de cette pratique à l’échelle mondiale nécessiterait un investissement estimé entre 70 et 100 milliards de dollars, soit moins de deux fois la valeur annuelle du gaz actuellement gaspillé».
Toutefois, si les technologies permettant d’éliminer le torchage sont bien connues, les obstacles sont structurels: règlementations non contraignantes, absence de priorité accordée à la réduction du torchage aussi bien chez les opérateurs que les pouvoirs publics, le manque de capitaux…
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Néanmoins, le nouveau règlement de l’Union européenne sur le méthane pourrait inciter à l’abandon de la pratique du torchage en poussant les pays et compagnies à bannir cette pratique.
Certains pays et entreprises se sont engagés dans l’initiative «Zéro torchage de routine d’ici 2030» avec des résultats très encourageants. C’est le cas de la Colombie et du Kazakhstan qui ont obtenu qui ont adopté des règlementations très strictes interdisant le torchage et la déperdition des gaz résiduels.
Le Kazakhstan a réduit ses volumes de gaz torché de 87% depuis 2012, dont une baisse de 16% pour la seule année 2025, grâce à une application rigoureuse et soutenue des normes réglementaires.






