«Dans les 40 prochains mois, l’Afrique n’importera plus d’engrais de nulle part. Nous suivons actuellement une trajectoire très ambitieuse. Nous voulons faire de Dangote le premier producteur d’urée, devant le Qatar -accordez-moi 40 mois», avait lancé Dangoe le 27 juin 2025 en marge des Assemblées générales annuelles de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), à Abuja, la capitale du Nigeria.
Moins d’une année après cette annonce, Dangote passe à l’acte pour concrétiser sa volonté de contribuer à l’autosuffisance en engrais du continent en annonçant des mégaprojets stratégiques aussi bien au Nigeria, en Éthiopie qu’au Congo dans le domaine des engrais, alors que le continent fait face à des problèmes d’approvisionnement dans le sillage de la guerre au Moyen-Orient, région où l’Afrique s’approvisionne grandement en engrais, avec des impacts sur la production agricole du continent.
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Ainsi, après avoir acquis les positions incontestées de leader du ciment, des carburants et bientôt dans la pétrochimie au niveau du continent, Aliko Dangote, première fortune africaine et 67e mondiale avec une richesse estimée à 35,5 milliards de dollars, vise désormais la position de leader de la production des engrais en Afrique. Une position actuellement détenue par le groupe OCP du Maroc qui dispose des capacités de production estimées à 16 millions de tonnes métriques, grâce notamment aux réserves importantes de phosphates du Royaume (plus de 70% des réserves mondiales de phosphates).
Pour y arriver, Dangote s’est engagé dans trois mégaprojets qui vont redéfinir la structure de la production d’engrais en Afrique.
D’abord, disposant déjà de la plus grande unité de production d’urée en Afrique dans la zone franche de Lekki, avec Dangote Fertiliser, il a décidé d’en faire la plus grande au monde. Inaugurée en 2022 et construite sur une aire de 500 hectares près de Lagos, Dangote a décidé de faire passer la capacité de celle-ci 3 à 9 millions de tonnes par an, pour la hisser au rang de plus importante unité de production d’urée au monde.
Concrètement, ce sont 4 nouvelles unités de granulation, d’une capacité d’environ 1,54 million de tonnes par an, qui vont être déployées à côté des installations actuelles de Lekki. Avec 9 millions de tonnes, Dangote Fertiliser sera le plus grand fournisseur mondial d’engrais azoté, l’engrais le plus utilisé dans l’agriculture dans le monde, devant Qatar Fertiliser Company, dotée d’une capacité de 5,6 millions de tonnes par an.
Pour cette extension, le groupe Dangote a signé un accord avec l’allemand Thyssenkrupp pour la fourniture de sa technologie de granulation réputée pour sa performance énergétique et environnementale.
Au-delà de la satisfaction de la demande locale, la forte augmentation de la production de l’unité de Lekki va rehausser sensiblement les exportations d’engrais du groupe Dangote Les recettes d’exportation d’engrais pourraient atteindre 4 milliards de dollars par an à partir de 2029-2030.
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En dehors de l’extension de la méga-unité d’engrais au Nigeria, Aliko Dangote a revu à la hausse son projet d’usine d’engrais en Éthiopie en cours de construction à Gode, dans ce pays stratégique d’Afrique de l’Est. Alors qu’un investissement de 2,5 milliards de dollars pour une unité de 3 millions de tonnes d’urée était en cours d‘exécution, le milliardaire a annoncé en mai dernier une augmentation significative de ses investissements dans cette unité à plus de 4 milliards de dollars.
En mars 2026, Dangote Group a signé avec le groupe chinois GCL un accord de 4,2 milliards de dollars portant sur la fourniture de gaz naturel à la future usine d’engrais et ce sur une période de 25 ans. Ce gaz naturel sera extrait du champ gazier de Calub, situé dans le basson de l’Ogaden et limitera les risques de rupture d’approvisionnement en gaz de cette méga-unité.
Cette forte hausse de l’investissement dans l’unité d’engrais s’explique par le déploiement d’infrastructures essentielles pour une méga-unité compétitive. Celles-ci comprennent un pipeline de 110 kilomètres, une centrale électrique de 120 MW, une usine d’emballage en polypropylène et une usine de mélange d’engrais NPK -azote (N), phosphore(P) et potassium (K)- d’une capacité de 2 millions de tonnes.
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Rappelons que l’Éthiopie, second pays le plus peuplé d’Afrique avec 130 millions de consommateurs, couvre actuellement la totalité de ses besoins en engrais par des importations. En 2024, le pays a importé 2,32 millions de tonnes d’engrais sur le marché international.
Une fois que la méga-unité d’engrais de Dangote entrera en service, elle répondra totalement à la demande du marché local et les excédents seront exportés vers le marché régional dépendant des importations en provenance des pays du Golfe.
Le capital de cette unité est structuré en co-entreprise, avec 60% des parts détenus par Dangote et 40% par Ethiopian Investment Holdings, le fonds souverain d’Éthiopie.
Cette production va augmenter la consommation d’urée au niveau du continent. Actuellement, malgré une population d’environ 1,5 milliard d’habitants, l’Afrique ne consomme qu’environ 6 millions de tonnes d’urée par an, contre environ 40 millions en Inde et 50 millions en Chine. On comprend alors d’où vient, en grande partie, la faible productivité de l’agriculture africaine et les causes de la hausse annuelle de la facture des importations des produits agroalimentaires du continent.
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Au-delà de ces deux projets d’envergure, Dangote est aussi attributaire d’un permis d’exploitation du gisement de sels de potasse de Mengo au Congo. Dangote Fertilizer Limited Congo exploitera ce gisement dont les réserves prouvées sont estimées à près de 325 millions de tonnes de sels de potasse, avec une durée d’exploitation de près de 25 ans.
Selon le plan d’exploitation, il est prévu de démarrer avec 1 million de tonnes par an pour atteindre 3 millions en phase de croisière. La potasse est l’un des trois nutriments majeurs, avec l’azote et le phosphore, utilisés pour fabriquer des engrais.
Greenview fertiliser Corp, holding du conglomérat Dangote Group, disposera d’une capacité installée de 15 millions de tonnes d’engrais, dont 12 millions de tonnes d’urée au Nigeria et en Éthiopie, 2 millions de tonnes d’engrais NPK en Éthiopie, et 3 millions de tonnes d’engrais à base de potasse au Congo.
Parallèlement à l’exploitation de la potasse, il est prévu la construction d’une unité de production d’engrais NPK, destinée à transformer localement une partie de la production de potasse et d’en finir avec la dépendance des importations d’engrais. Le groupe Dangote prévoit un investissement de 3 milliards de dollars dans ce projet et la création de 800 emplois.
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Une fois que ces trois projets seront finalisés, Dangote Group disposera d’une capacité installée de 15 millions de tonnes d’engrais, dont 12 millions de tonnes d’urée au Nigeria et en Éthiopie, 2 millions de tonnes d’engrais NPK en Éthiopie, et 3 millions de tonnes d’engrais à base de potasse au Congo.
Pour réaliser ces projets, Dangote projette un investissement global de 10 milliards de dollars. A ce titre, outre les fonds propres du groupe, pour financer ces mégaprojets, Greenview fertiliser Corp, la holding du conglomérat nigérian Dangote Group, spécialisée dans les engrais, a signé, le 15 juin dernier, avec Africa Finance Corporation (AFC), une institution financière multilatérale de développement panafricaine, une facilité de crédit de 600 millions de dollars.
A travers ces méga-investissements, Aliko Dangote évoque l’importance stratégique des engrais dans la productivité agricole en Afrique, expliquant que «l’Afrique possède un immense potentiel agricole, mais continue de lutter contre l’insécurité alimentaire en raison d’un accès limité aux engrais».
Actuellement, la production totale africaine d’engrais tourne autour de 30 millions de tonnes d’engrais, soit le double de la consommation du continent. Toutefois, l’Afrique importe une grande quantité de ses besoins du fait que la production du continent est fortement orientée vers l’export hors du continent, notamment vers l’Europe, le Brésil, l’Inde… A titre d’illustration, le groupe marocain OCP, premier producteur mondial d’engrais phosphatés et actuellement leader incontesté des engrais en Afrique, a exporté plus de 12 millions de tonnes en 2025. Le chiffre d’affaires réalisé en Afrique représente moins de 20% des ventes totales d’engrais du groupe.
Au-delà, les investissements stratégiques de l’homme d’affaire dans les secteurs du ciment, de la pétrochimie, du raffinage, de l’agriculture et des engrais contribuent à l’industrialisation et à la souveraineté économique du continent, en produisant, transformant et créant de la valeur ajoutée localement.





