Peut-on vivre avec seulement 1000 francs CFA par jour à Dakar?

une restauratrice servant un plat de riz à la viande.

Le 06/08/2026 à 08h39

VidéoPeut-on réellement prendre un petit-déjeuner, un déjeuner et un dîner avec seulement 1000 francs CFA par jour à Dakar? C’est le défi que nous avons lancé. Direction un quartier populaire de la capitale, entre un restaurant toujours bondé et un garage où les clés de 12 côtoient les discussions sur le coût de la vie.

Ici, on répare des voitures… mais chacun cherche surtout à réparer son pouvoir d’achat. Les avis sont tranchés, parfois drôles, souvent bouleversants. Pour certains, survivre avec 1000 francs CFA (1,52 euros) est moins une question d’argent qu’une question de résignation.

Talla Niang, mécanicien, explique: «Avec seulement 1000 CFA en poche, on peut prendre le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. La seule condition est de limiter ses envies, mais aussi de connaître et d’accepter sa situation. Il faut se contenter de ce que l’on a et ne pas imiter ceux qui ont plus de moyens. La vie est chère et tous les prix ont augmenté; il faut impérativement revoir notre mode de vie.»

Derrière leurs tables, les restauratrices assistent chaque jour à cette bataille silencieuse entre les porte-monnaie vides et les ventres affamés. «Nous qui vendons, nous arrivons parfois à un point où nous ne voulons plus exercer ce métier, tellement les clients nous fatiguent. Avant même de parler du déjeuner, arrêtons-nous sur le petit-déjeuner. Il nous arrive de calculer pour un client le prix du pain, du café, de la mayonnaise et de la sauce pour un total de 500 CFA, mais c’est à peine s’il ne nous frappe pas. C’est vous dire à quel point la situation est compliquée. Les clients se disputent pour tout, que ce soit pour le petit-déjeuner, le déjeuner ou le dîner», avance Seynabou Ndoye, restauratrice.

Même constat chez les autres vendeuses qui jonglent entre l’augmentation des prix, la colère des clients et des marges qui fondent comme du beurre au soleil. «Il arrive parfois qu’un client soit satisfait et nous laisse un pourboire. Cependant, dans la plupart des cas, on risque carrément de se faire frapper par les clients tellement ils peinent à payer leur commande. Il arrive aussi que d’autres, qui ne proposent pas de la qualité, cassent les prix pour vendre moins cher. Avant, on pouvait vendre le plat de riz à 500 CFA, mais ce n’est plus possible car les prix ont flambé. On ne peut pas acheter le kilo de riz à 600 FCFA, le cuisiner en y mettant les ingrédients nécessaires, et revendre le plat à 800 CFA. C’est tout simplement impossible», avance Fatou Gueye, restauratrice.

Pour ceux qui ont connu la vie à l’étranger, le constat est encore plus sévère: 1000 francs permettent peut-être de tenir quelques heures, mais certainement pas de vivre dignement. «Vivre avec 1000 FCFA par jour, disons-nous la vérité, c’est impossible. C’est vrai même pour ceux qui n’habitent pas ici et qui souhaitent dépenser moins. Vivre avec 2.500 F par jour, c’est déjà plus convenable. Trouver un plat de thiéboudienne à 1000 FCFA est devenu très rare; les prix tournent plutôt autour de 2.500 FCFA, et même l’eau n’est pas gratuite. Avec 1000 FCFA par jour, on se nourrit de pain au thon et de pain à la mayonnaise. Ce n’est pas une nourriture convenable», Zale, émigré de retour au pays.

Au fil des témoignages, une évidence s’impose: vivre avec 1000 francs par jour est devenu un véritable exercice d’équilibriste. Entre les calculs au franc près, les frustrations, les disputes et les sacrifices, chacun développe ses propres astuces pour tenir jusqu’au lendemain. Certains parlent de discipline, d’autres de privation. Mais tous s’accordent sur un point: le coût de la vie a pris une longueur d’avance sur le pouvoir d’achat.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 06/08/2026 à 08h39