Hôtellerie de luxe: Royal Mansour de Marrakech et Mount Nelson de Cape Town dans le Top 50 mondial

Les deux représentants africains de la quatrième édition des World’s 50 Best Hotels sont le Royal Mansour Marrakech (26e) et le Mount Nelson Cape Town (34e).

Le 17/09/2026 à 14h35

En 2026, l’Afrique n’est pas absente du Top 50 des meilleurs hôtels. Avec deux établissements, c’est mieux qu’une absence totale, mais c’est loin de refléter le potentiel de l’Afrique en matière d’accueil de qualité. Le classement ne dit pas que l’Afrique manque d’hôtels de luxe, mais il révèle que seuls deux établissements ont su séduire plus de 800 experts.

Le 15 septembre 2026, les Salles du Carrousel, à Paris, ont accueilli la quatrième édition des World’s 50 Best Hotels, désormais The 50 Best Hotels. Une première hors de Londres, pour un classement qui agrège des propriétés de 22 territoires et six continents.

Au niveau mondial Rosewood Hong Kong conserve la première place alors qu’en Afrique deux adresses seulement représentent le continent.

Royal Mansour, Marrakech, 26e. Mount Nelson, Cape Town, 34e. Le premier est sacré «Meilleur Hôtel d’Afrique 2026», une distinction sponsorisée par Monte Vibiano. Le second entre dans le Top 50 sans trophée continental. Deux pays, deux modèles, deux récits.

Le classement n’est pas une inspection. Il est déterminé par une académie de plus de 800 hôteliers, journalistes de voyage, éducateurs et voyageurs expérimentés répartis dans 13 régions, avec Deloitte comme adjudicateur indépendant.

Les votes sont individuels, anonymes et confidentiels. Autrement dit, ce n’est pas une notation uniforme des équipements, mais une reconnaissance de réputation, d’expérience vécue et de capacité à incarner un imaginaire.

Pour l’Afrique, l’enjeu est là: être vue, racontée, mémorisée par des experts mondiaux. Le communiqué du Royal Mansour le formule sans détour: l’établissement est «salué par un jury d’experts internationaux pour l’excellence de son service, l’audace de son architecture et son incarnation parfaite du raffinement marocain». C’est exactement ce que le classement valorise.

Royal Mansour incarne un modèle patrimonial et ultra-exclusif. Le World’s 50 Best Hotels rappelle qu’il a ouvert en 2010 avec une ambition: ne pas être un hôtel uniquement marocain, mais «une incarnation concrète de tout ce qui touche au Maroc».

Les deux hôtels africains du Top 50 2026

HôtelVille, paysRangDistinctionOuvertureChambresTarif de départSignature
Royal MansourMarrakech, Maroc26eMeilleur Hôtel d’Afrique 2026, distinction sponsorisée par Monte Vibiano201053 riads1 900 $Médina traditionnelle, riads privatifs, Art of Hospitality Award 2024
Mount NelsonCape Town, Afrique du Sud34ePrésence dans le Top 50, sans trophée continental18991981 115 $«Pink Lady », histoire, neuf acres de jardins, afternoon tea, Belmond

Source: World’s 50 Best Hotels.

D’où une architecture qui refuse la chambre traditionnelle: «pas de chambres, seulement des riads». Cinquante-trois riads privatifs, chacun avec cour à ciel ouvert, piscine de toit, maison de ville, vue sur Marrakech, et un butler capable d’apporter un thé à la menthe ou un transfert en Bentley rouge.

Le service repose sur des tunnels cachés sous les jardins et des portes dissimulées à chaque étage. Une hospitalité invisible, récompensée par l’Art of Hospitality Award en 2024. La gastronomie n’est pas en reste: Massimiliano Alajmo à Sesamo, Hélène Darroze à La Grande Table Marocaine, après Yannick Alléno.

Le tarif de départ, 1.900 dollars la nuitée, dit la rareté. Le communiqué du Royal Mansour parle d’une «hégémonie sur le tourisme de luxe continental» et d’un «leadership du Royaume du Maroc en tant que destination incontournable de la haute hôtellerie mondiale». La formule est politique autant qu’hôtelière.

Mount Nelson raconte une autre Afrique. Le site officiel le présente comme «Cape Town’s legendary Pink Lady». Ouvert en 1899 pour les passagers de première classe de l’Union Castle Line, il a servi de quartier général britannique pendant la guerre d’Afrique du Sud, accueillant Churchill, Lord Kitchener et le prince de Galles en 1925, année où 80 palmiers des Canaries furent plantés en haie d’honneur.

Sa couleur rose, devenue un Pantone, date de 1918, lorsque le directeur général fêta la fin de la Grande Guerre. Sous Belmond, la clientèle historiquement britannique se diversifie: focus sur le marché local et les créatifs internationaux, remplacement des huiles historiques par des artistes africains émergents, partenariat avec un chef.

Les chambres et les suites occupent six lieux distincts, du bâtiment principal aux cottages de jardin, anciens bungalows du personnel. L’afternoon tea, «the best in Africa», se réserve des mois à l’avance. Le Planet Bar, The Red Room by Chefs Warehouse avec Liam Tomlin, neuf acres de jardins au centre-ville, deux piscines, tennis, spa: Mount Nelson est une institution qui se réinvente. 198 chambres, tarif de départ 1.115 dollars. Un luxe plus accessible, plus urbain, plus mémoriel.

Deux représentants, deux histoires

La comparaison est éclairante. Royal Mansour mise sur la rareté, la médina reconstituée, le service souterrain et un tarif élevé. Mount Nelson mise sur l’histoire, la localisation, la capacité et une ouverture au marché local et aux artistes africains. Le premier gagne le titre continental. Le second assure une présence dans le Top 50. Deux stratégies opposées, mais un même socle: le patrimoine transformé en argument de compétitivité.

Le classement, lui, reste dominé par l’Europe, avec 21 entrées, et l’Asie, avec 18 places et sept des dix premiers. L’Afrique n’a que deux représentants. L’Océanie un seul, Capella Sydney. Un déséquilibre qui est un constat, pas un jugement. Il signifie que la reconnaissance mondiale de l’hôtellerie africaine passe encore par un nombre restreint d’adresses, concentrées sur deux villes: Marrakech et Le Cap.

L’économie de ces deux modèles mérite attention. Royal Mansour, avec 53 clés, fonctionne sur une logique de rendement par l’exception: peu de chambres, tarif élevé, service personnalisé, expérience unique. Mount Nelson, avec 198 clés, fonctionne sur une logique de volume maîtrisé et de notoriété historique: un tarif plus bas, mais une capacité à faire vivre plusieurs restaurants, un bar, des jardins, des événements et une clientèle familiale ou locale.

Pour un investisseur, le premier modèle exige une vision politique et culturelle forte. Le second exige une capacité de réinvention permanente pour éviter que le patrimoine ne devienne un décor figé. Les deux sont vulnérables: le premier à l’image d’un luxe trop fermé, le second à la concurrence d’hôtels plus récents.

La dimension culturelle et diplomatique est tout aussi forte. La cérémonie s’est tenue à Paris, sous les voûtes des Salles du Carrousel du Louvre, comme le rappelle le communiqué du Royal Mansour. Une première hors de Londres. L’Afrique est donc célébrée dans une capitale européenne, par un classement organisé et détenu par William Reed, également à l’origine des classements de restaurants et de bars. Ce n’est pas anodin.

La consécration de Marrakech et la présence du Cap passent par un récit validé en Europe. Pour le Maroc, c’est une victoire de communication. Le Royaume est associé au raffinement, à l’artisanat et à une destination «incontournable». Pour l’Afrique du Sud, c’est une victoire de résilience urbaine: Le Cap reste une porte d’entrée du luxe africain, mais avec un récit plus créatif et plus local.

Pour les autres pays, le défi est clair: construire non seulement des palaces, mais des histoires que le monde veut raconter. Royal Mansour et Mount Nelson sont deux de ces histoires. Entre les deux, il y a un continent qui cherche sa place dans le canon mondial de l’hospitalité.

Par Modeste Kouamé
Le 17/09/2026 à 14h35