Tourisme en Afrique du Nord: le Maroc maintient son avance face à l’Égypte

Des sites touristiques en Afrique du Nord.

Le 02/08/2026 à 10h49

Au terme des 6 premiers mois de 2026, les trois premières destinations touristiques africaines -Maroc, Égypte et Tunisie- ont enregistré une hausse de 4,54% pour atteindre un niveau record de 23 millions de touristes, en dépit d’une conjoncture pas des plus favorables. Les performances enregistrées par les trois pays sont en ligne avec leurs objectifs projetés pour l’année en cours.

Même si le rythme de progression des arrivées et des recettes touristiques n’est pas le même que celui de l’année dernière, l’activité touristique reste soutenue au niveau des trois premières destinations touristiques du continent africain. A fin juin 2026, et comparativement à la même période de l’année dernière, les arrivées de touristes au niveau de la région ont progressé de 4,54% pour atteindre 23 millions de visiteurs. Cette progression est le fait de plusieurs facteurs: consolidation de la reprise du secteur des voyages, réduction de l’effet de saisonnalité touristique comme en témoignent les performances enregistrées durant le printemps, stratégies de promotion des États, politiques visant à faciliter l’arrivée des touristes via la simplification des procédures de visa, amélioration de la connectivité aérienne, amélioration de l’offre des produits touristiques…

Toutefois, l’impact de ces facteurs a été atténué par le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, fin février dernier, qui a impacté négativement les flux de touristes vers la région. Outre l’amalgame qui est rapidement fait, il y a l’impact de la hausse des prix des billets consécutive à la flambée du cours du kérosène et des effets liés aux incertitudes géopolitiques.

En plus, les touristes en provenance des pays du Golfe ont manqué à la région. Si leur nombre n’est pas élevé, en dehors de la destination égyptienne, il n’en demeure pas moins que ces visiteurs sont de grands dépensiers.

Si la progression des arrivées est modérée durant les 6 premiers mois de l’année en cours, cela s’explique par quelques facteurs. D’abord, il y a l’impact de la guerre au Moyen-Orient qui a perturbé le transport aérien au niveau du Moyen-Orient et asséché les arrivées de touristes en provenance de cette région. Cette guerre a aussi entrainé une flambée du prix du kérosène induisant une forte hausse des prix des billets d’avion, notamment sur les trajets long courrier, renchérissant le coût du voyage et décourageant certains touristes. Ensuite, il y a le fait que la progression enregistrée l’année dernière était exceptionnelle (+18%) et qu’il était presque impossible de reproduire des progressions identiques cette année.

A noter que cette progression modérée cache des différences énormes entre les pays. Si le Maroc affiche une hausse des arrivées de touristes de 6%, la Tunisie s’est contentée d’une progression de seulement 2,1%.

Malgré la progression modérée des arrivées de touristes, les trois pays devraient logiquement atteindre les objectifs de touristes qu’ils se sont fixés pour 2026. Et la bataille pour le pays qui accueillera le plus de touristes au niveau du continent africain sera incertaine jusqu’au bout, tant l’écart entre le Maroc et l’Égypte est court à la fin du premier semestre 2026.

Maroc: les arrivées les plus dynamiques avec une progression de 6%

Avec 9,4 millions de touristes à fin juin 2026, en progression de 6% par rapport à la même période de l’année dernière, le Maroc consolide son rang de première destination touristique africaine, en dépassant son poursuivant immédiat, l’Égypte, de plus de 400.000 visiteurs. Cette performance recouvre une hausse des arrivées des touristes français (+9%), des Allemands (+14%), des Belges (+9%), des Hollandais (+10%), des Italiens (+6%), des Polonais (+32%), des Américains (+9%),… C’est dire que le marché marocain a réussi à capter une partie des flux de touristes européens qui prenaient la destination du Moyen-Orient suite aux tensions géopolitiques. De même, du fait de sa proximité de l’Europe, la destination Maroc est faiblement impactée par la hausse des billets d’avion, contrairement aux destinations touristiques relativement plus éloignées.

Parallèlement, les nuitées ont progressé de 9% à fin juin, contre 12,4% à la même période de l’année dernière, grâce aux bonnes performances de Ouarzazate (+24%), Rabat (+18%), Agadir (+13%), Casablanca (+12%) et Marrakech (+10%).

En ce qui concerne les recettes touristiques, celles-ci se sont établies, à fin mai, à 53,8 milliards de dirhams (soit 5,72 milliards de dollars au cours moyen de 1 dollar=9,40 dirhams), en hausse de 14,6% par rapport à la même période de l’année dernière. On note que la progression des recettes est beaucoup plus importante que celle des arrivées et ce malgré l’appréciation du dirham marocain vis-à-vis du dollar. Du coup, la dépense moyenne par touriste à fin mai (recettes/arrivée de touristes à fin mai) s’est établie 6.987 dirhams, soit 743 dollars par touriste.

Pour ce qui est des perspectives, les autorités et professionnels marocains du secteur tablent sur la période estivale pour maintenir la cadence des arrivées de touristes. Le Royaume pourra compter sur les retours des Marocains résidant à l’étranger (MRE) durant ces grandes vacances. A ce titre, selon les données de l’opération Marhaba au 20 juillet 2026, 1,86 million de MRE ont franchi les différents points d’entrée du pays, un chiffre en progression de 1,04% par rapport à la même période de l’année dernière. Une hausse des arrivées des MRE durant le second semestre devrait contribuer à atteindre l’objectif de 21 millions de touristes au titre de 2026. Pour raéaliser cet objectif, les autorités tablent sur le renforcement des liaisons aériennes internationales, notamment le développement des dessertes avec plusieurs marchés émetteurs. Il est question aussi d’améliorer la connectivité avec la Chine, les États-Unis et les pays du Moyen-Orient. A ce titre, pour la période estivale 2026, le Royaume dispose de 7,74 millions de sièges internationaux, soit une hausse de 13% par rapport à l’été précédent.

Les actions de promotion de la destination Maroc lors des différents salons dédiés au secteur du tourisme devraient aussi contribuer à attirer plus de touristes étrangers.

A noter aussi que pour accompagner cette dynamique touristique, le Maroc compte accroître ses capacités d’hébergement et prévoit la réalisation de 60.000 lits hôteliers supplémentaires d’ici 2030, l’année du Mondial durant laquelle le Royaume espère attirer 26 millions de touristes. Ces nouveaux lits représenteront près de 20% de la capacité litière actuelle estimée à environ 300.000 lits.

Égypte: l’effet du nouveau Grand Musée Égyptien face aux tensions géopolitiques

L’Égypte, qui a cédé la place de première destination touristique africaine au Maroc en 2025, compte bien récupérer ce rang qu’elle trustait depuis de très nombreuses années. Et pour y arriver, elle multiplie les initiatives pour améliorer son attractivité touristique.

Ainsi, malgré une conjoncture régionale très défavorable avec la guerre au Moyen-Orient, intervenue après celle de Gaza, la destination Égypte a su afficher une bonne résilience durant le premier semestre 2026. Les arrivées de touristes se sont ainsi établies à 9 millions à fin juin 2026, en hausse de 4% par rapport au premier semestre de l’année dernière, selon les données du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités. Les touristes européens sont les principaux visiteurs du pays et représentent environ 70% du total des arrivées. Il s’agit essentiellement des Russes, des Allemands, des Anglais…

Plusieurs facteurs ont contribué à contrebalancer l’environnement régional défavorable. D’abord, il y a l’essor de nouvelles attractions touristiques dont l’inauguration, en novembre 2025, du nouveau Grand Musée Égyptien (GME), avec des retombées positives sur le tourisme et les recettes touristiques. En effet, selon les données des autorités, environ 15.000 personnes visitent quotidiennement le musée. Son directeur général table sur 6 millions de visiteur en 2026. Ce musée abrite plus de 100.000 artefacts, dont la collection complète de Toutankhamon, et contribue à relancer le tourisme culturel à la traine au cours de ces dernières années face au balnéaire égyptien. Ensuite, il y a l’effet de change lié à la baisse de la livre égyptienne par rapport aux devises étrangères (dollar, euro…) rendant la destination Égypte plus attractive pour les voyageurs et par rapport à d’autres destinations de la région. En outre, les facilités d’accès au territoire égyptien pour les ressortissants de nombreux pays grâce au visa à l’arrivée augmentent le nombre de visiteurs.

De même, la connectivité entre l’Égypte et le reste du monde s’est améliorée.

Au niveau des recettes, celles-ci augmentent plus rapidement que les arrivées, signe que les visiteurs séjournent plus longtemps et dépensent davantage. A fin mai 2026, les recettes se sont établies à 6,8 milliards de dollars pour 7,5 millions de visiteurs, soit une dépense moyenne de 907 dollars par touriste.

Du côté des perspectives, après avoir accueilli 19 millions de touristes en 2025, l’Égypte table sur 21 millions de visiteurs en 2026, soit une hausse de 10,5% de plus que l’année dernière. Outre les facteurs déjà cités, l’Égypte a annoncé le lancement du programme pilote le 1er août 2026 d’un nouveau système de visa numérique à l’arrivée, remplaçant les visas papiers traditionnels par des codes QR afin de simplifier les formalités d’entrée pour les voyageurs internationaux. Les voyageurs peuvent obtenir ce code QR pour leur visa avant le départ, pendant leur vol ou après leur atterrissage via un portail en ligne officiel. Les agences de voyages peuvent aussi générer ces codes QR pour leurs clients.

Si les arrivées du second semestre pourraient permettre d’atteindre cet objectif, les tensions géopolitiques régionales (guerre au Moyen-Orient, tensions à Gaza) constituent un risque réel sur le secteur touristique égyptien plus exposé que les autres pays touristiques de la région. Par ailleurs, l’Égypte fait face à un problème de sous-capacité litière limitant la croissance du secteur durant la haute saison. De même, l’objectif de 16 à 17,8 milliards de dollars de recettes touristiques pour 2026 risque d’être difficile à atteindre dans le contexte régional actuel.

Tunisie : faible progression des arrivées et inquiétudes sur la période estivale

Les performances touristiques de la Tunisie à fin juin 2026 n’étaient pas à la hauteur des espérances. En effet, les arrivées de touristes ont augmenté de seulement 2,1% pour atteindre 4,55 millions de visiteurs. Cette progression modérée s’explique par l’impact du conflit armé au Moyen-Orient au cours du printemps 2026 entrainant une baisse des réservations de séjours, mais aussi et surtout par la forte contraction de -10% des arrivées de touristes libyens, sachant que la Libye est traditionnellement le second émetteur de touristes vers la Tunisie derrière l’Algérie.

L’Algérie et la Libye sont les principaux pourvoyeurs de touristes à la Tunisie. Toutefois, le nombre des touristes en provenance de ces deux pays a augmenté de 1,3% à 2,44 millions de touriste à fin juin 2026 par rapport à la même période de 2025. Si les arrivées de Libyens ont reculé de 10%, celles des Algériens ont par contre augmenté de 11% à environ 1,3 million de visiteurs.

Les arrivées de touristes européens sont en hausse de 2,3% par rapport au premier semestre 2025, totalisant 1,31 million de touristes, représentant 29% des flux touristiques. Les Français (+2,5% à 518.113 visiteurs), les Anglais (+8,6% à 217.354 visiteurs), les Allemands (+6,6% à 120.949 visiteurs), les Polonais (-0,7% à 107.494 visiteurs) et les Italiens (+2,7%, 67.141 visiteurs) sont les principaux visiteurs de la Tunisie durant le premier semestre 2026.

Du côté des recettes, celles-ci se sont établies à 3,35 milliards de dinars (soit environ 1,14 milliard de dollars) à fin juin 2026, en hausse de 4,4% par rapport à la même date de 2025. Conséquence, la dépense moyenne par touriste s’est établie à 250 dollars. Un montant dérisoire qui s’explique par le modèle de tourisme de masse adopté par la Tunisie et qui n’est pas générateur de recettes en devises.

Du côté des perspectives, après avoir atteint 11,3 millions de visiteurs en 2025, la Tunisie table sur 12 millions de visiteurs pour 2026. Après un printemps en demi-teinte, le pays espère se rattraper avec la période estivale marquée par les retours des membres de la diaspora tunisienne et l’arrivée de touristes européens fidèles des stations balnéaires tunisiennes.

Toutefois, et au-delà des tensions géopolitiques, les professionnels du secteur craignent l’impact négatif des coupures intempestives d’eau et d’électricité qui frappent le pays depuis le début de l’été dans le sillage de la forte hausse des températures. Ces coupures touchent aussi les établissements hôteliers, exaspérant les vacanciers qui voient les annulations des animations prévues en soirée annulées faute d’électricité. Les professionnels du secteur s’inquiètent de ces délestages qui mettent en péril le confort des touristes (climatisation à l’arrêt, annulation des animations nocturnes…) piégés dans des hôtels sans eau et sans électricité en pleine période de canicule avec des températures dépassant parfois les 40°c.

Arrivées et recettes touristiques du Maroc, de l’Egypte et de la Tunisie à fin juin 2026

PaysArrivées de touristes à fin juin 2026Évolutions (juin2026/juin/2025)Recettes touristiques (*)
Maroc9,4 millions6%5,72 milliards de dollars
Egypte9 million4%6,8 milliards de dollars
Tunisie42,1%1 milliard de dollars

(*): les recettes touristiques du Maroc et d’Egypte à fin mai et celles de la Tunisie à fin juin 2026.

Par Moussa Diop
Le 02/08/2026 à 10h49