Top 50 mondial des parcs d’attractions: Maroc, Égypte et Afrique du Sud jouent dans la cour des grands

Trois pays africains, notamment l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Maroc, y figurent, respectivement aux 36e, 42e et 43e rangs du «Top 50 Amusement Park Travel Destinations in the World for 2026» publié par Travel And Tour World (TTW)

Le 26/06/2026 à 10h26

À l’heure où le voyageur mondial cherche à la fois la sécurité, la valeur et l’émotion, trois pays africains offrent la preuve qu’une industrie des parcs d’attractions encore émergente peut, adossée à une vision touristique cohérente, se hisser dans un classement mondial sans renier ses spécificités.

Alors que les projecteurs du tourisme mondial se braquent sur les mégaplex de loisirs nord-américains et asiatiques, une lecture attentive du classement «Top 50 Amusement Park Travel Destinations in the World for 2026» publié par Travel And Tour World (TTW) révèle une réalité discrète mais structurante pour le continent africain. Trois pays africains, notamment l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Maroc, y figurent, respectivement aux 36e, 42e et 43e rangs.

Modestes en apparence, ces positions sont pourtant le signe d’une dynamique plus vaste, que les données d’ONU Tourisme et du ministère marocain du Tourisme éclairent d’un jour nouveau. Dans un contexte marqué par un conflit majeur au Moyen-Orient, une flambée des coûts du transport et une redirection massive des flux de voyageurs, le trio africain ne se contente pas d’apparaître dans un palmarès: il incarne une recomposition plus profonde des équilibres touristiques.

Une percée africaine mesurée mais cohérente

La méthodologie déployée par TTW pour établir son classement repose sur un éventail de critères rigoureux: infrastructures de parcs à thème, diversité des attractions, expérience visiteur, accessibilité, innovation et impact économique. L’Afrique du Sud (36e, 70 parcs estimés), l’Égypte (42e, 40 parcs) et le Maroc (43e, plus de 25 parcs) y sont les seuls représentants du continent.

À titre de comparaison, la première place est occupée par les États-Unis et leurs 400 parcs, quand la France, quatrième, en revendique 120. L’écart quantitatif est donc considérable. Pourtant, l’intérêt du classement ne réside pas dans une compétition frontale avec les géants, mais dans la légitimation d’un segment de loisirs qui, en Afrique, était jusqu’ici marginal dans les stratégies de promotion touristique.

Pour l’Afrique du Sud, TTW met en avant Gold Reef City à Johannesburg, ses montagnes russes à thématique minière, ou encore uShaka Marine World à Durban, qui combine parc aquatique et expériences marines. L’Égypte aligne Dream Park à Gizeh, présenté comme l’un des plus grands parcs du Moyen-Orient, et une constellation de parcs aquatiques le long de la mer Rouge: Makadi Water World, Sindbad Aqua Park, Jungle Aqua Park.

Le Maroc, qualifié de «destination émergente» dans le rapport, propose le Sindibad Park de Casablanca, le complexe Oasiria à Marrakech ou le Crocoparc d’Agadir, mêlant loisirs aquatiques, aventures et découverte animalière. Le dénominateur commun à ces trois offres est leur hybridation: on y croise le culturel, le balnéaire et le safari, signe que les parcs africains ne cherchent pas à imiter Disney ou Europa-Park, mais à créer une proposition différenciée, ancrée dans les ressources touristiques préexistantes.

Anup Kumar Keshan, fondateur et rédacteur en chef de Travel And Tour World, pose le cadre de cette transformation: «les parcs d’attractions sont devenus l’une des attractions touristiques les plus influentes au monde, combinant divertissement, innovation et narration immersive pour séduire les voyageurs de tous âges. Alors que les incertitudes mondiales et les conflits en cours influencent les décisions de voyage, les visiteurs multigénérationnels recherchent de plus en plus des destinations sûres offrant évasion, excitation et expériences partagées porteuses de sens».

Une lecture qui résonne avec une acuité particulière pour les trois pays africains du classement, qui capitalisent sur une stabilité relative dans un environnement régional instable.

Ce que révèle le trio africain des parcs de loisirs

Axe d’analyseAfrique du Sud (36ᵉ)Égypte (42ᵉ)Maroc (43ᵉ)
Atout principalAncienneté et densité des infrastructuresTaille des complexes aquatiques et culturelsCohérence de la stratégie touristique nationale
Risque principalDépendance aux hubs aériens extérieursSensibilité sécuritaire et dépendance au GolfeTaille modeste du parc de loisirs
Rôle des parcs dans l’offreComplément à l’écotourisme et au safariExtension du resort balnéaireLevier d’allongement de séjour et de diversification
Alignement avec la tendance mondialeBon (aventure, nature)Très bon (rapport qualité-prix, famille)Excellent (sécurité, proximité de l’Europe, expérience)
Potentiel de montée en gamme dans le classementÉlevé si résolution des problèmes de connectivitéÉlevé à condition d’un apaisement régionalÉlevé si poursuite de l’investissement dans les parcs

Sources: Travel And Tour World (TTW); ONU Tourisme; Presse.

Des performances touristiques globales en forte hausse

Si l’infrastructure de parcs à thème africaine demeure mesurée, la toile de fond statistique fournie par le Baromètre du tourisme mondial d’ONU Tourisme pour le premier trimestre 2026 contraste nettement avec cette modestie. L’Afrique, dans son ensemble, a enregistré une hausse de 4% des arrivées internationales, égalant la performance de l’Europe, pourtant première région touristique mondiale.

Le sous-continent nord-africain a même bondi de 18% en mars, porté par des croissances à deux chiffres en Tunisie (+26%) et au Maroc (+18%). L’Égypte, de son côté, affiche une augmentation de 16% des arrivées sur le trimestre, un chiffre d’autant plus remarquable que la zone Moyen-Orient, à laquelle elle est souvent associée, a chuté de 14%.

L’Afrique du Sud, en Afrique subsaharienne, a connu une progression de 12%, malgré des perturbations de connectivité aérienne en mars liées à la réduction des capacités des transporteurs du Golfe.

En matière de recettes, les données d’ONU Tourisme confirment cette dynamique: le Maroc a vu ses recettes touristiques bondir de 24% au premier trimestre, l’Égypte de 8%, et l’Afrique du Sud n’est pas mentionnée parmi les plus fortes croissances mais profite d’une courbe positive. Ces chiffres, mis en perspective avec le classement TTW, suggèrent un découplage entre le poids économique du tourisme et la maturité du segment des parcs à thème.

Autrement dit, le visiteur qui choisit Marrakech, Le Caire ou Le Cap ne le fait pas d’abord pour ses montagnes russes, mais la présence d’une offre de loisirs structurée contribue à l’allongement du séjour, à l’attractivité familiale et à la diversification des marchés émetteurs.

La ministre marocaine du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, a commenté les résultats de mai 2026 (1,7 million de touristes, +13% sur un an, portant le cumul depuis janvier à 7,7 millions, +7%) en ces termes: «les résultats enregistrés confirment la pertinence de notre stratégie qui consiste à investir simultanément dans la connectivité, l’offre et l’expérience touristique. C’est cette vision qui nous permet de maintenir une trajectoire de croissance durable et de renforcer l’attractivité du Royaume auprès des voyageurs du monde entier». L’investissement dans l’expérience inclut de facto l’univers des parcs de loisirs, cités dans le classement TTW, qui participent à la montée en gamme de l’offre.

La crise au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février 2026 selon le rapport de l’ONU Tourisme, constitue une clé de lecture incontournable. Le conflit a entraîné des restrictions d’espace aérien, une contraction de 61% du trafic des transporteurs de la région en mars et une chute de 57% de la capacité en sièges-kilomètres disponibles. Pivot de la connectivité entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe, le hub moyen-oriental s’est brutalement grippé, obligeant les compagnies aériennes à dérouter des milliers de vols et les voyageurs à reconsidérer leurs itinéraires.

Dans ce paysage désorganisé, l’Afrique du Nord a fonctionné comme un réceptacle partiel des flux déviés. L’Égypte, en hausse de 16%, et le Maroc, dont les arrivées ont grimpé de 18% en mars, ont bénéficié de cette recomposition.

La Secrétaire générale d’ONU Tourisme, Shaikha Al Nuwais, a souligné: «le conflit en cours au Moyen-Orient perturbe les habitudes de voyage bien au-delà de la région, entraînant notamment une hausse de l’inflation, en particulier dans les transports et l’hébergement. Les voyageurs, tout comme les entreprises et les destinations, sont soumis à ces pressions. Même dans ce contexte incertain, le tourisme international a continué de faire preuve de résilience au premier trimestre 2026, avec 307 millions de voyageurs internationaux, en progression de 2% par rapport à l’année dernière». Le rôle du tourisme pour soutenir les économies, offrir des débouchés et assurer des moyens d’existence, a-t-elle ajouté, «prend encore plus de relief bien au-delà du secteur lui-même».

L’Afrique du Sud, en revanche, illustre une autre facette de l’impact géopolitique. Sa croissance de 12% au premier trimestre s’est heurtée en mars à des problèmes de connectivité causés par la défaillance des transporteurs du Golfe, affectant particulièrement les îles de l’océan Indien. Si le pays a su amortir le choc, cet épisode rappelle la vulnérabilité de l’Afrique subsaharienne à la dépendance envers des hubs extérieurs. Cela étant, la présence de parcs d’attractions solides, ancrés dans le tissu économique local et la demande domestique, constitue un facteur de résilience face aux aléas des flux internationaux.

Un positionnement marketing fondé sur l’hybridation

La lecture comparée des fiches descriptives fournies par TTW pour chacun des trois pays africains dévoile une stratégie de positionnement subtile. L’Afrique du Sud est décrite comme combinant «attractions palpitantes, expériences animalières, divertissement familial et diverses opportunités de tourisme d’aventure». L’Égypte «associe divertissement familial, tourisme culturel, attractions aquatiques et expériences de loisirs abordables». Le Maroc, enfin, «mélange divertissement familial, expériences culturelles, attractions d’aventure et attrait touristique tout au long de l’année». Aucune de ces destinations ne se présente comme une concurrente directe d’Orlando ou de Dubaï. Leur force consiste à envelopper le parc à thème dans un récit plus large, entre autre celui du safari, de la pyramide, de la médina, offrant ainsi aux familles et aux groupes multigénérationnels un cocktail d’expériences que les destinations mono-produit ne peuvent pas égaler.

Une approche qui répond précisément à la tendance identifiée par Keshan: «au-delà du divertissement, les parcs d’attractions servent de puissants moteurs touristiques, attirant les visiteurs, prolongeant les séjours, augmentant les dépenses et soutenant une croissance économique plus large dans l’hôtellerie, les transports, le commerce de détail et les communautés locales». Pour un pays comme le Maroc, qui a franchi la barre des 7,7 millions d’arrivées de janvier à fin mai 2026 (en cinq mois), le parc aquatique Oasiria ou le Crocoparc d’Agadir ne sont pas seulement des attractions additionnelles: ils constituent des points d’ancrage qui incitent les visiteurs à dépasser le circuit culturel classique, à rester une nuit de plus, à consommer des services auxiliaires.

Le paradoxe du rang et de la croissance

Une analyse strictement économique des chiffres conduit à un constat contre-intuitif: le Maroc, 43e au classement TTW, affiche des performances d’arrivées et de recettes très supérieures à nombre de destinations mieux classées. Avec une croissance de 24% des recettes au premier trimestre, il surpasse des poids lourds comme l’Allemagne ou le Brésil, et dépasse très largement la moyenne mondiale. L’Égypte, 42e, enregistre une hausse d’arrivées de 16% dans un contexte où la région Moyen-Orient s’effondre. L’Afrique du Sud, 36e, progresse de 12%. Des trajectoires qui suggèrent que le critère «parcs d’attractions» n’est pas, en Afrique, le driver principal de la performance touristique, mais plutôt un indicateur avancé de sophistication de l’offre.

Dans un secteur où les coûts élevés du transport et de l’hébergement figurent, selon l’enquête ONU Tourisme, parmi les trois principaux défis pour 2026, l’émergence de destinations offrant un bon rapport qualité-prix et une palette d’activités large devient un avantage compétitif. Les touristes, notent les experts, «devraient continuer à rechercher un bon rapport qualité-prix, mais pourraient également se tourner vers des destinations plus proches de chez eux en réaction aux prix élevés». L’Afrique du Nord, à courte distance de l’Europe, et l’Afrique du Sud, marché plus lointain mais au pouvoir d’achat favorable pour les visiteurs longs courriers, se trouvent bien positionnées dans cette équation.

Les trois pays africains du classement ne forment pas un bloc homogène. L’Afrique du Sud dispose d’une infrastructure de loisirs plus dense et plus ancienne, mais reste exposée aux soubresauts de la connectivité aérienne et aux défis économiques internes.

L’Égypte a massivement investi dans le resort tout-inclus, où les parcs aquatiques jouent le rôle de valeur ajoutée ; sa croissance de 16% masque néanmoins une dépendance à l’égard de la stabilité sécuritaire et des marchés émetteurs de la péninsule arabique, eux-mêmes affectés par le conflit.

Le Maroc, en apparence le moins bien classé, bénéficie de la dynamique la plus équilibrée, portée par une stratégie explicite d’investissement simultané dans la desserte aérienne, l’hébergement et l’expérience de visite.

L’indice de confiance d’ONU Tourisme pour la période mai-août 2026, évalué à 105 sur une échelle de 0 à 200, traduit un optimisme prudent. Les experts interrogés soulignent l’incertitude sur la durée du conflit, les perturbations des vols et la flambée des prix du kérosène, qui maintiennent une pression sur les réservations et la confiance des consommateurs.

Dans ce climat, l’intégration des parcs d’attractions dans l’offre touristique africaine pourrait jouer un rôle plus important qu’on ne le pense: elle répond à une demande d’évasion et de divertissement en période d’anxiété géopolitique, et elle ancre les visiteurs dans des espaces contrôlés, sécurisés, propices aux séjours familiaux.

En définitive, la présence de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et du Maroc dans le Top 50 de TTW n’est pas un fait anecdotique. Elle signale une transformation silencieuse du paysage touristique africain, où le loisir thématique passe du statut de supplément à celui de composante stratégique. Les chiffres d’arrivées et de recettes, bien que portés par des facteurs multiples, confirment la solidité de ces destinations, tandis que les perturbations géopolitiques agissent comme un révélateur de leur compétitivité relative.

Par Modeste Kouamé
Le 26/06/2026 à 10h26