La guerre au Moyen-Orient et les vieux démons des amalgames et des peurs de voyager qu’ils engendrent, la flambée des prix du kérosène qui impacte les prix des billets d’avion et l’effet ramadan ont négativement influé sur les arrivées de touristes en Afrique du Nord durant le premier trimestre 2026.
N’empêche, la région a affiché une bonne résilience et a su surfer sur certains évènements phares qui ont dynamisé le tourisme régional dont l’inauguration du Grand Musée Égyptien (GME) et l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui s’est tenue du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026 au Maroc.
Dans ces conditions, les impacts négatifs ont été plus que compensés par certaines destinations. Et dans ce jeu, c’est l’Égypte, pour laquelle on craignait un repli des arrivées à cause de la guerre au Moyen-Orient, qui s’en sort le mieux avec une performance exceptionnelle de 43% de hausse des arrivées, comparativement à la même période de l’année dernière, devant le Maroc (+7%).
Par contre, la Tunisie a enregistré une contreperformance avec des arrivées en recul de -1,90% sur la période, à cause de la baisse des arrivées des touristes maghrébins qui représentent plus de 60% des arrivées. Le repli enregistré au niveau du marché tunisien n’est aucunement lié à la guerre au Moyen-Orient.
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Toutefois, le prolongement de la guerre et l’envolée du cours du kérosène qui a plus que doublé entre mars et avril (la tonne est passée de 800 à environ 2.000 dollars) poussant les compagnies à augmenter les prix de leurs billets et même à annuler les vols jugés peu rentables, pourrait perturber les voyages et impacter un quelque peu la région.
Actuellement, la pénurie de kérosène en Europe, où les importations représentent environ 40% de la consommation de ce carburant, qui risque de se prolonger après un hypothétique arrêt définitif des hostilités, entraine une grande incertitude chez les voyagistes et les compagnies low cost du marché européen, pilier du tourisme en Afrique du Nord.
Toutefois, le coût du kérosène, qui représente entre 35 et 50% du prix du billet d’avion, devrait surtout impacter les prix des vols long-courriers. Ce qui serait une aubaine pour les destinations des pays d’Afrique du Nord au départ du marché européen, principal marché émetteur de touristes de la région.
L’Association internationale du transport aérien (IATA) table sur une hausse de 20 à 40% des prix des billets durant l’été, portée par le doublement du prix du kérosène.
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Outre cet aspect, les touristes sont un peu dans l’expectative, craignant les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur leur pouvoir d’achat en lien avec la flambée des prix des carburants, des transports et d’autres produits à cause du renchérissement des coûts de transport (fret et assurance).
Des craintes légitimes qui se traduisent par la baisse des réservations au niveau des destinations de la région pour le printemps et l’été.
En attendant, l’Égypte, le Maroc et la Tunisie ont attiré un total de 12,3 millions de touristes au terme du premier trimestre 2026, en hausse de 30,43% générant un total de 8,63 milliards de dollars de recettes, en augmentation de 30%. Toutefois, ces progressions cachent d’énormes divergences selon les pays.
Égypte: hausse surprise et exceptionnelle des arrivées
Alors que tout le monde s’attendait à une baisse des arrivées de touristes à cause des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, l’Égypte, par le biais de son ministre du Tourisme et des Antiquités, Sherif Fathy, a annoncé des performances touristiques exceptionnelles au terme du premier trimestre 2026.
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Selon le ministre, qui s’est exprimé dans les colonnes d’Asharq News, l’Égypte a accueilli 5,6 millions de touristes au cours du premier trimestre 2026, contre 3,9 millions à la même période de l’année dernière, affichant une hausse de 43,5%. Rien que durant le mois de mars, le pays a accueilli 2,2 millions de visiteurs, malgré les tensions régionales. Preuve que les touristes n’ont pas annulé leurs réservations au début du déclenchement de la guerre, même si les réservations ont chuté à la fin du même mois.
Cette performance s’explique par le fait que l’Égypte a été l’un des rares pays de la région à maintenir son espace aérien ouvert et ÉgyptAir a continué d’assurer des vols vers la plupart des destinations. Plusieurs compagnies aériennes de la région, notamment ceux du Golfe, ont par conséquent utilisé les aéroports égyptiens pour leurs vols au lieu de leurs aéroports. Une situation qui a contribué à la hausse des arrivées en Égypte au cours du premier trimestre 2026.
Par ailleurs, l’inauguration du Grand Musée Égyptien (GME) en novembre 2025 a donné un véritable coup de projecteur à la destination. Troisième musée le plus visité au monde depuis son inauguration, le GME constitue une véritable attraction pour le tourisme égyptien grâce à sa riche collection de plus de 100.000 objets historiques, dont le célèbre trésor de Toutankhamon et son masque d’or emblématique. Construit sur 50 hectares, c’est le plus grand musée archéologique du monde consacré à une seule civilisation et qui offre un voyage à travers 7.000 ans d’histoire.
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La destination bénéficie aussi de l’effet de la dépréciation de la livre égyptienne vis-à-vis du dollar depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient et qui améliore son attractivité, de l’augmentation des connexions aériennes, du renforcement de la sécurité, du retour de la paix à Gaza, etc.
Les recettes sont établies à un niveau record de 5,1 milliards de dollars, contre 3,8 milliards de dollars, progressant de 34% par rapport au premier trimestre de l’année de l’année dernière. Ainsi, la dépense moyenne par touriste s’établit à 911 dollars au premier trimestre 2026, contre 974 dollars par touriste à la même période de l’année dernière.
Du côté des perspectives, après avoir accueilli 19 millions de touristes en 2025, l’Égypte table sur 21 millions de visiteurs au titre de 2026, soit une hausse de 10,5%. Un objectif qui est à la portée de la destination. Parallèlement, l’Égypte maintient son objectif de 30 millions de touristes en 2030.
Pour cela, le pays continue de miser sur les infrastructures touristiques pour diversifier l’offre de produits. En plus de l’impact du GME, le gouvernement égyptien a annoncé le lancement de nombreux projets touristiques.
Le 9 février a été lancé le «Monte Galala Towers & Marina Project», sur la mer Rouge dans la région d’Aïn Sokhna, pour un investissement de 50 milliards de livres égyptiens, soit environ 1,1 milliards de dollars. Le projet comprend des composantes résidentielles (10 tours), des hôtels, un port de plaisance pouvant accueillir plus de 150 yachts, un centre de conférence et d’exposition de 28.000 m2, des commerces et des infrastructures de loisirs sur la mer Rouge. L’objectif est de faire d’Aïn Sokhna une destination internationale de référence pour le tourisme de conférence et de plaisance.
Toutefois, le pays ayant affiché une bonne résilience durant le premier trimestre pourra réaliser de bonnes performances durant la période estivale. Toutefois, la baisse des réservations estivales en mars dernier inquiète un peu. D’ailleurs, le ministre du Tourisme et des Antiquités a annoncé qu’en avril dernier, les arrivées ont baissé d’environ 16% par rapport au même mois de l’année dernière. C’est dire qu’une reprise du conflit au Moyen-Orient risque d’impacter négativement le tourisme égyptien durant la période estivale.
Tunisie: le faux bond des touristes algériens et surtout libyens
Si l’Égypte et le Maroc ont affiché de bonnes performances, ce n’est pas le cas de la Tunisie. À fin mars 2026, les arrivées de touristes se sont établies 1,5 million de visiteurs, en recul de -1,9%, comparativement à la même période de l’année dernière.
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Une baisse surprenante au moment où de nombreux professionnels expliquaient que la réorientation des flux de touristes du Golfe vers d’autres régions devrait bénéficier aux destinations maghrébines, notamment la Tunisie et le Maroc, qui combinent proximité géographique avec les principaux marchés émetteurs européens (France, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni,…), sécurité et prix compétitifs.
Toutefois, cette baisse s’explique essentiellement par le repli des arrivées des voyageurs maghrébins (-5,2%). Cette contraction est surtout le fait des Libyens dont les arrivées ont chuté de -13,2% à fin mars 2026, comparativement à la même période de l’année dernière. Les Algériens et les Libyens ont représenté plus de 76% des arrivées en janvier 2026.
Les reculs enregistrés en février et mars s’expliquent par plusieurs facteurs dont le ramadan (du 19 février au 19 mars), durant lequel les Algériens et les libyens préfèrent rester chez eux.
Ensuite, sur le marché algérien, il y a l’impact des mesures adoptées par les autorités fin 2025 relatives au durcissement des voyages en bus en limitant le transport touristique vers la Tunisie aux seuls véhicules possédant une autorisation de transport international et de moins de 10 ans d’âge.
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De même, les autorités ont renforcé le contrôle de l’allocation touristique de 750 euros pour lutter contre les abus (revente des devises au marché noir et non-respect de la durée minimale de séjour de sept jours). Ces mesures ont influé négativement les flux des voyageurs algériens vers la Tunisie.
Rappelons que quatre millions de touristes algériens ont visité la Tunisie en 2025, un volume en hausse de 14,6%, représentant à eux seuls plus de 35% des touristes ayant visité la Tunisie. Un flux soutenu par l’augmentation à 750 euros de l’allocation touristique accordée par les autorités algériennes aux voyageurs du pays se rendant à l’étranger depuis juillet 2025, contre autour 100 euros auparavant.
Afin d’encourager les arrivées de touristes algériens et libyens, les autorités tunisiens proposent des réductions allant jusqu’à 55%.
Par contre, les flux de touristes européens ont affiché une progressions soutenue de +9,2%, grâce aux Français (+4,5%), aux Allemands (+31%), aux Italiens (+16,7%)… La progression reste modérée sachant que la Tunisie apparaissait comme l’un des pays les mieux placés pour capter une partie des flux de touristes qui a délaissé les pays du Golfe.
Les recettes touristiques ont progressé de 4,6% à 1,45 milliards de dinars tunisiens, soit 428 millions de dollars, selon les données de la Banque centrale de Tunisie.
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Ainsi, la dépense moyenne par touriste s’est établie à seulement 285 dollars par touriste, ce qui est plus que négligeable. Une situation qui s’explique par le modèle tunisien dominé par le balnéaire et les formules «all inclusive» qui profitent plus aux Tours opérateurs qu’à l’économie locale. Le tourisme de masse représente encore 70% de la fréquentation. D’où la faiblesse des dépenses touristiques.
L'Égypte, le Maroc et la Tunisie ont accueilli 12,3 millions de touristes et engrangé 8,63 milliards de dollars de recettes au terme du premier trimestre 2026.. le360 Afrique/Youssef
Concernant les perspectives pour le reste de l’année, en dépit du léger repli des arrivées, la Tunisie ambitionne d’accueillir entre 11,5 et 12 millions de touristes en 2026. Toutefois, le pays doit composer avec un environnement désormais hostile qui a entrainé de nombreuses annulations de réservation pour la saison estivale qui est une période de pointe. La hausse du prix de kérosène peut également avoir des répercussions négatives sur le tourisme.
Maroc: très forte hausse des recettes
En dépit d’une conjoncture internationale difficile, la destination Maroc s’est bien comportée durant le premier trimestre 2026. Le Royaume a accueilli 4,3 millions de visiteurs, en hausse de 7% par rapport à la même période de l’année dernière.
Cette hausse modérée est surtout le fait des réalisations enregistrées en janvier (+3%) et en février (-2%), alors que le mois de mars, en dépit de la guerre au Moyen-Orient, a enregistré un bond de 18% au niveau des arrivées. Une situation qui augure de meilleures perspectives pour la saison estivale, période de grands flux touristiques.
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Plusieurs facteurs sont derrière cette croissance dont le renforcement des liaisons aériennes, la diversification des marchés émetteurs, l’amélioration de l’offre d’hébergement, l’effet Coupe d’Afrique du Nations organisée du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026… Par ailleurs, certains attribuent la forte hausse enregistrée en mars par le captage d’une partie des touristes qui avaient programmé de voyager dans les pays du Moyen-Orient et du Golfe. A titre d’exemple, les touristes russes se sont tournés massivement vers la destination Maroc avec des records de réservation à Marrakech.
En janvier, malgré un flux d’arrivées en faible progression (+3%), les nuitées dans plusieurs villes ont explosé (+42% pour Rabat, +36% à Casablanca, +31% à Tanger…) et le trafic avec l’Afrique a augmenté de 30%, grâce aux impacts de la CAN.
«Ces chiffres confirment que la destination Maroc tient sa trajectoire. Mars 2026 est un signal fort. Nous continuions à travailler pour que cette dynamique se consolide sur l’ensemble de l’année», a commenté Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie Sociale et Solidaire.
La France, l’Espagne, le Royaume-Uni, l’Italie et la Belgique demeurent les principaux émetteurs de touristes à destination du Maroc. Ces pays représentent à eux seuls près de 70% des arrivées totales.
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Ces réalisations illustrent la justesse de la feuille de route 2023-2026 qui soutient l’ambition du Royaume d’atteindre 22 millions de visiteurs cette année.
Du côté des recettes touristiques, celles-ci se sont établies à 31 milliards de dirhams, soit 3,1 milliards de dollars, en hausse de 23,5%, par rapport à la même période de l’année dernière. La dépense moyenne par touriste ressort à 721 dollars par touristes.
Une progression des recettes beaucoup plus importantes que celle des arrivées qui s’explique par la progression des nuitées, des dépenses plus conséquents et une diversification accrue des offres.
Réagissant à cette performance, la ministre a souligné que «cette dynamique des recettes reflète un impact économique de plus en plus important sur les écosystèmes locaux. Notre objectif est de consolider cette trajectoire, en continuant à développer et diversifier l’offre, améliorer l’expérience, et renforcer la capacité du secteur à créer de la valeur dans l’ensemble des régions du Royaume».
Du côté des perspectives, le Maroc table sur 22 millions de visiteurs en 2026 après avoir atteint 19,8 millions de touristes en 2025 et maintient son objectif de 26 millions de visiteurs à l’horizon 2030, à l’occasion de la Coupe du Monde qu’il co-organisera.
Arrivées de touristes (en millions) et recettes touristiques (en milliard de dollars) à fin mars 2026
| Pays | Arrivées de touristes (en millions) | Var T1 2026/T12025 | Recettes touristiques (en milliards de dollars) | Var T12026/T12025 | Dépenses moyennes par touristes (en dollars) |
|---|---|---|---|---|---|
| Egypte | 6,5 | +43% | 5,10 | +34,21% | 911 |
| Maroc | 4,3 | +7% | 3,10 | +23,50% | 721 |
| Tunisie | 1,5 | -1,9% | 0,43 | +4,60% | 285 |
| Total | 12,3 | +30,43% | 8,63 | 30,16 | 701 |
Si globalement les destinations de l’Afrique du Nord se sont bien comportées durant le premier trimestre, beaucoup redoutent que la prolongation de la guerre n’impacte négativement l’industrie mondiale du voyage.
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En effet, la reprise des hostilités risque réveiller les vieux démons et le climat anxiogène (amalgames pour tous les pays musulmans, peur de voyager,…), de réduire le pouvoir d’achat, d’impacter négativement les prix des billets d’avions à cause du coût du kérosène…
Dans ce contexte, les pays de la région devraient renforcer leurs promotions sur les marchés européens, en mettant davantage l’accent sur les atouts de proximité, de stabilité, de sécurité et d’offres touristiques diversifiées pour se positionner en tant que destinations alternatives à celles devenues risquées.



