Dakar commence déjà à vibrer au rythme d’un spectacle devenu presque rituel: la parade majestueuse des moutons dans les rues de la capitale.
De Liberté 6 aux grands axes urbains, les regards sont happés par ces béliers d’exception, imposants, élégants, à la robe soyeuse et aux cornes fièrement dessinées. Une véritable vitrine à ciel ouvert où la beauté rivalise avec la puissance, et où chaque animal semble défiler comme une œuvre vivante, symbole de prestige et de sacrifice.
Sur les deux voies de Liberté 6, les installations sont déjà bien en place. Les enclos s’alignent, soigneusement aménagés, prêts à accueillir une clientèle encore timide. Pourtant, ce sont bien les géants des troupeaux qui attirent l’attention: de somptueux Ladoum, véritables stars de la Tabaski, reconnus pour leur taille impressionnante, leur allure noble et leur rareté. Ici, chaque bélier est une fierté, une signature.
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Mais derrière cette exposition de grandeur, le marché peine encore à décoller. «La vente est lente, surtout pour les gros béliers. Les gens viennent, demandent les prix et repartent», confie Baïdy, vendeur. «Nous élevons des Ladoums, des moutons de race, qui ne sont pas accessibles à toutes les bourses.»
Pour se procurer un de ces béliers Ladoums il faut débourser entre 350.000 et 2.000.000 francs CFA, soit entre 534 et 3.049 euros.
À quelques mètres, le constat est partagé, mais l’inquiétude se fait plus pesante. Pour Cheikh Dramé, éleveur, la cherté de l’aliment pour bétail pèse lourdement sur toute la chaîne. «Le sac de foin coûte 8.000 francs CFA, et il nous en faut entre deux et quatre par jour. Cela se répercute forcément sur le prix des moutons», explique-t-il, soulignant des dépenses déjà conséquentes après deux semaines d’installation.
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Malgré cette conjoncture, les éleveurs gardent le cap, portés par une clientèle fidèle. Les appels se multiplient, les réservations se font à distance, preuve d’un lien de confiance construit au fil des années. «Mes clients habituels m’appellent pour réserver. Même s’ils ne sont pas encore venus, je ne me fais aucun souci», rassure Baïdy.
Des béliers ladoums, stars de la Tabaski, vendus entre 534 et 3.049 euros.. M. A. Ndiaye/Le360 Afrique
Même sérénité du côté de Cheikh Dramé, pour qui la qualité reste la meilleure stratégie. «L’écoulement est lent, mais nous ne sommes pas pressés. Nos clients fidèles achètent souvent deux à trois moutons à la fois. Le plus important, c’est de proposer de la qualité, c’est ce qui les fait revenir.»
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Et c’est peut-être là, au-delà des chiffres et des hésitations du marché, que réside l’essentiel: dans cette fierté des éleveurs, dans la splendeur de ces béliers hors norme, et dans cette attente fébrile qui monte peu à peu. Car à Dakar, la Tabaski n’est pas qu’un moment d’achat… c’est un défilé de beauté et de puissance, où chaque mouton raconte déjà, à sa manière, la fête à venir.




