L’Afrique abrite un humain sur six, mais ne pèse presque rien dans les sciences qui façonneront son destin. Derrière les millions de dollars annoncés pour les Objectifs de développement durable (ODD), le vrai scandale est l’absence persistante du continent dans la production des solutions.
Le signal d’alarme lancé par l’UNESCO ce 17 juillet 2026 est un constat d’impuissance collective qui porte un nom: l’Afrique. Avec 17,5% de la population mondiale, le continent ne capte même pas 10% des initiatives scientifiques recensées dans le cadre de la Décennie internationale des sciences au service du développement durable. Le déséquilibre est structurel.
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Ce chiffre brut raconte une relégation silencieuse, une marginalisation programmée de centaines de millions d’esprits qui, faute d’infrastructures, d’investissements et de volonté politique, restent spectateurs d’une course aux Objectifs de développement durable dont ils sont pourtant les premiers à subir les échecs. Pendant que près de 50 millions de dollars ont été mobilisés à l’échelle planétaire, l’argent et les cerveaux continuent de se concentrer là où la puissance scientifique est déjà bien installée, reproduisant mécaniquement la géographie inégalitaire de la connaissance.
Khaled El-Enany, directeur général de l’organisation, a raison de dire que le monde ne manque pas de savoirs, mais cette abondance est un luxe de privilégiés. Ce qui manque cruellement à l’Afrique, c’est la capacité de transformer la science en levier de souveraineté, de négocier à armes égales dans les forums qui décident des protocoles, des financements et des normes.
Les cinq réformes prônées par le rapport, à savoir repenser l’évaluation de la recherche, garantir un accès équitable aux infrastructures, rapprocher scientifiques et décideurs, restaurer la confiance citoyenne, encadrer l’intelligence artificielle, constituent une feuille de route que le continent pourrait saisir s’il ne restait pas englué dans une posture de bénéficiaire passif.
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Or, l’avertissement le plus cinglant vient des nouvelles données sur la science ouverte: 79% des États affirment avoir un cadre politique, mais seuls 41% disposent d’un plan concret, et un tiers à peine mesurent leurs résultats. Une transparence en trompe-l’œil qui est un poison lent pour les pays en développement. Elle entretient l’illusion d’un rattrapage, alors qu’elle creuse en réalité le fossé entre les déclarations d’intention et la réalité des paillasses, des laboratoires sous-équipés et des chercheurs contraints à l’exil.
Pour l’Afrique, le risque est existentiel: se voir non seulement exclue de la production du savoir, mais aussi privée de la capacité à adapter les solutions globales à ses urgences locales, qu’il s’agisse de santé, d’agriculture ou de climat.
Le rapport mondial de la Décennie internationale des sciences au service du développement durable (IDSSD) a le mérite de rendre visible cette fracture que les grandes messes onusiennes diluent souvent dans le vocabulaire aseptisé des «défis partagés». Il rappelle que derrière chaque pourcentage, il y a un jeune Africain qui ne deviendra pas l’inventeur de son propre futur, faute d’avoir été pris au sérieux par ceux qui détiennent les clés de la science mondiale. Le temps des diagnostics est terminé, la marginalisation est déjà là.
