L’avenue Jean-Paul II n’était plus que couleurs, rythmes et promesses. Ce vendredi 21 août 2026, la capitale gabonaise a retrouvé le chemin de l’un de ses rendez-vous les plus identitaires: la Fête des cultures. Quinzième du nom, première renaissance.
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Et dès les premières heures, avant même le coup d’envoi officiel, le public avait déjà compris que ce retour, après huit longues années de sommeil, ne serait pas une simple réédition.
C’est que la flamme, la vraie, celle qu’on porte à bout de bras dans les défilés, n’a jamais vraiment cessé de brûler dans les mémoires. Créée en 1997 par Paul Mba Abessolo, alors maire de Libreville, avant d’être érigée en manifestation nationale sous la présidence d’Omar Bongo, la Fête des cultures a longtemps été le théâtre vivant de l’âme gabonaise. Et si l’on a cru un instant que l’événement s’était éteint, la ferveur populaire, elle, est restée intacte.
Preuve en était, ce vendredi, sous un ciel complice, quand les groupes de la parade culturelle se sont alignés en rangs serrés, prêts à en découdre avec l’oubli.
Sous le signe de la réappropriation
Placée sous le thème «Réappropriation de nos valeurs culturelles», cette 15e édition se veut un acte de transmission autant qu’une fête. Et pour marquer les esprits, le choix du pays invité d’honneur n’a rien d’anodin: le Sénégal, en hommage à son rôle dans le rayonnement culturel africain et à l’héritage de Léopold Sédar Senghor, pour qui «la culture est au début et à la fin de tout développement».
Dès l’entrée, les grands boubous, les boucles d’oreilles colorées et les diadèmes de la communauté sénégalaise attiraient déjà tous les regards, comme un avant-goût de cette fraternité ouest-africaine que Omar Faye, chargé de la communication de la délégation Sénégalaise, a résumée en une formule: «lorsque le Gabon s’associe au Sénégal, c’est toute l’Afrique qui célèbre la fraternité.»
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Mais avant que la parade ne s’ébranle, il a fallu attendre l’heure officielle. À 15h45, l’arrivée du vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, a donné le signal du début des festivités. C’est alors que tout s’est animé.
La corne d’un jeune homme a lancé l’appel. La torche indigène a suivi. Et le Mukoudji, ce danseur perché sur ses échasses est entré en scène, précédant la harpe et le mvett, conteur des exploits des héros. Les balafons ont annoncé les danses sacrées du Gabon: l’Ivanga, le Ndjobi, le Bwiti, le babougui, l’ikokou… Le Cirque de l’Équateur, lui aussi, était de sortie, tout comme le mukukwè, en plein jour.
Un spectacle total, salué par Omar Defunzu, comédien et humoriste: «le Gabon a une variété culturelle assez riche et on vient de le vivre à travers cette belle parade culturelle avec le pays invité le Sénégal. Ça a été un beau spectacle.»
Puis vint le temps de l’invité d’honneur. Les femmes sénégalaises en boubous, les hommes faisant résonner leurs instruments, et pour clore la parade, les lutteurs aux gabarits imposants ont offert une démonstration de puissance. Les Djoula, vendeurs portant des calebasses sur la tête, ont rappelé le sens de l’hospitalité sénégalaise. Une parenthèse africaine qui, pour beaucoup, symbolise l’essence même de cette fête: le dialogue des cultures.
Si l’enthousiasme était palpable, certains acteurs ont néanmoins appelé à une meilleure prise en compte des forces vives. Jean Anicet Ngadi, alias Maëckel Anicet, artiste-danseur et chorégraphe, a ainsi glissé: «il y a peut-être à améliorer, c’est-à-dire associer davantage les acteurs culturels dans l’organisation. Mais ça va dans l’ensemble. On ne doit pas négliger la culture.»
Un message entendu par le ministre du Rayonnement culturel, Paul Ulrich Kessany, dont la vision résonne comme un manifeste : «Se réapproprier sa culture, ce n’est pas vivre dans le passé. Ce n’est pas tourner le dos à la modernité. Ce n’est pas refuser le monde. C’est savoir qui nous sommes pour pouvoir aller vers les autres sans perdre notre identité... »
Le point d’orgue de cette journée d’ouverture fut la remise de la torche indigène. Portée par les chefs traditionnels dans leurs atours blancs immaculés, elle a été confiée au vice-président, puis transmise au ministre Kessany, avant d’être déposée auprès du gardien du Mbandja.
La flamme est désormais allumée. Elle brillera trois jours durant, comme un rappel que les cultures, elles aussi, doivent continuer de brûler et de se transmettre.Et dans ce moment de grâce, une présence discrète mais essentielle n’a pas échappé aux regards avertis : celle du père Paul Mba Abessolo, le créateur de la Fête des cultures.
Sous le stand des officiels, l’homme qui en 1997 avait eu l’intuition de faire de Libreville le carrefour des traditions gabonaises, assistait, peut-être ému, à la résurrection de son œuvre. Comme une évidence: les racines sont toujours là, et la sève, elle, n’a jamais tari.
Artisans répartis par province, rue des saveurs, village des enfants, pavillons des neuf provinces… Tout au long du week-end, les visiteurs sont invités à déambuler dans ce village éphémère où chaque stand raconte une histoire, chaque geste transmet un savoir.
Farel Matsiegui, acrobate de l’école du cirque de l’équateur, résume l’état d’esprit général : «La Fête des cultures est une organisation magnifique, malgré le fait qu’elle t connu un temps mort, les choses commencent à rentrer dans l’ordre.»
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Alors que la première journée s’achève et que les visiteurs sont désormais libres d’explorer la diversité exposée, une certitude s’impose: la Fête des cultures est de retour. Et avec elle, c’est tout un pan de l’identité gabonaise qui retrouve sa lumière.
Pour les écoles de formation, pour les jeunes générations, pour tous ceux qui auront à cœur de raconter demain l’histoire culturelle du pays, ce rendez-vous est une leçon vivante, celle d’un peuple qui, après huit ans d’absence, a choisi de renouer avec sa flamme. Et de la faire rayonner, encore et toujours.
