Rwanda. 22 bébés gorilles baptisés: quand des primates contribuent au développement économique des humains

Le 07/09/2026 à 15h33

Le Rwanda a célébré le 4 septembre à Kinigi la 21e édition de Kwita Izina. Vingt-deux bébés gorilles de montagne ont reçu un nom au cours d’une cérémonie devenue, au fil des années, un rendez-vous international mêlant conservation, tourisme, culture, diplomatie et développement.

Vendredi 4 septembre 2026, responsables politiques, diplomates, conservationnistes, investisseurs, sportifs, artistes et personnalités venues à Kinigi des quatre coins du monde ont pris part à la 21e édition de Kwita Izina. Une cérémonie qui, depuis 2005, célèbre la naissance des gorilles de montagne et, avec elle, les efforts déployés pour préserver cette espèce.

Cette année, 22 nouveau-nés ont reçu un nom. Depuis la création de Kwita Izina, 460 gorilles ont ainsi été nommés.

Pour le Rwanda, donner un nom à un gorille est bien plus qu’un geste symbolique. Dans son discours, le Premier ministre Justin Nsengiyumva rappelle que la cérémonie s’inspire d’une tradition rwandaise ancienne: lorsqu’un enfant naît, il est nommé en présence de sa famille et de ses proches. Le nom devient alors une manière de l’accueillir dans la communauté, mais aussi une promesse de le protéger. Une promesse qui prend aujourd’hui une dimension internationale.

Parmi les parrains et marraines de cette 21e édition, des profils venus du sport, des affaires, de la conservation, du cinéma et du tourisme. De l’ancien footballeur français Patrice Evra au champion olympique qatari Mutaz Essa Barshim, en passant par la future secrétaire générale d’ONU Tourisme Shaikha Al Nuwais ou encore le réalisateur de documentaires animaliers Alastair Fothergill, Kwita Izina rassemble des univers qui dépassent largement celui de la conservation.

Pour Kenza Ameloot, Miss Belgique 2024 et d’origine rwandaise, l’émotion est aussi personnelle. Elle a donné à un jeune mâle de la famille Umubano le nom de Nkwakuzi, associé au courage. Pour elle, participer à Kwita Izina revient aussi à renouer avec une partie de son héritage. «Il est particulièrement significatif pour moi de participer à une célébration qui rassemble le peuple rwandais, sa culture et son engagement à protéger sa faune extraordinaire.»

Derrière les noms et les célébrations, il y a pourtant une histoire beaucoup plus longue. Au début des années 1980, environ 250 gorilles de montagne subsistaient encore dans le massif des Virunga.

Aujourd’hui, ils sont plus d’un millier dans le monde, dont plus de 600 dans le massif des Virunga. Cette remontée est le résultat de décennies de travail associant rangers, vétérinaires, chercheurs, politiques publiques, tourisme responsable, communautés et partenaires internationaux.

Pour la seule année 2023, le Rwanda a généré plus de 831 milliards de francs rwandais (environ 620 millions de dollars américains) grâce au tourisme, ce qui représente une augmentation de 36% par rapport à 2022.

Le pays a également accueilli plus de 1,4 million de touristes en 2023, dont beaucoup sont venus découvrir ses paysages à couper le souffle et les célèbres gorilles de montagne du parc national des Volcans..

Une réussite que Jean Guy Afrika, directeur général du Rwanda Development Board, veut inscrire dans la durée.

Pour lui, chacune des 22 naissances célébrées à Kinigi est d’abord un signe d’espoir. Mais elle rappelle aussi que la conservation ne peut pas être considérée comme acquise. Elle nécessite des investissements, des institutions solides et des partenariats capables de se poursuivre dans le temps.

Et surtout, au Rwanda, la conservation est désormais pensée avec une autre dimension: celle du développement.

Le principe défendu par le RDB est simple: protéger la nature et améliorer les conditions de vie des populations doivent aller de pair.

C’est aussi le sens donné à l’extension du Parc national des Volcans. Davantage d’espace pour les familles de gorilles, mais aussi de meilleurs logements, des infrastructures, des services et de nouvelles opportunités économiques pour les communautés voisines.

Quelques jours avant Kwita Izina, le Rwanda lançait ainsi la construction du Smart Green Village à Kinigi, destiné notamment à accueillir 547 ménages concernés par l’extension du parc.

Un investissement de plus de 49 millions de dollars, présenté par le gouvernement comme une manière de faire avancer ensemble conservation et développement humain.

Car le gorille est devenu bien plus qu’une espèce à protéger. Ce primate attire des visiteurs, fait travailler des guides, des hôtels, des transporteurs, des artisans et de nombreuses entreprises autour du tourisme. Il contribue aussi à faire connaître le Rwanda bien au-delà de ses frontières.

Et c’est probablement là que Kwita Izina a le plus changé. La cérémonie qui consistait autrefois à donner un nom à un bébé gorille est devenue la vitrine de la manière dont le Rwanda veut raconter son développement: un pays qui protège son patrimoine naturel, attire des partenaires internationaux, développe son tourisme et cherche à faire bénéficier les communautés des retombées de cette conservation.

À Kinigi, pendant quelques heures, les gorilles sont au centre de la scène. Mais autour d’eux, il y a les communautés, les rangers, les scientifiques, les investisseurs, les artistes, les sportifs, les diplomates et ces personnalités venues donner un nom à un animal qu’elles promettent désormais de contribuer à protéger.

Vingt-et-une éditions après sa création, Kwita Izina n’est donc plus seulement une cérémonie de baptême. C’est devenu le récit annuel d’une conviction, celle de la protection de la nature qui peut aussi être une manière de construire l’avenir.

Par Fraterne Ndacyayisenga
Le 07/09/2026 à 15h33