À Kinigi, un village dans le nord du Rwanda, le paysage est appelé à changer. L’extension du Parc national des Volcans doit permettre à la faune de disposer de davantage d’espace. Mais pour repousser les limites du parc, il faut aussi déplacer progressivement les populations qui vivent aujourd’hui sur les terres concernées.
C’est dans ce contexte que les travaux d’un Smart Green Village ont officiellement été lancés. La cérémonie intervient à quelques jours de Kwita Izina, le baptême annuel des bébés gorilles, le 4 septembre 2026 à Kinigi.
Pour Maurice Mugabowagahunde, gouverneur de la Province du Nord, la pose de la première pierre marque le début concret de cette opération de réinstallation.
«La pose de la première pierre sur ce site marque le lancement officiel des travaux de construction d’un village modèle. Cette infrastructure est destinée à reloger les habitants déplacés dans le cadre de l’extension du parc national des Volcans.»
La première phase doit accueillir 541 familles. Au total, plus de 3.400 familles seront progressivement réinstallées en trois étapes.
Le futur village doit disposer de services essentiels, notamment de l’eau, de l’électricité et d’infrastructures de santé. Des espaces sont également prévus pour permettre aux habitants de poursuivre leurs activités économiques. Un hôtel appartenant au village doit contribuer à son fonctionnement et à sa viabilité financière.
Mais derrière cette opération de relogement se trouve aussi un enjeu majeur de conservation. Selon Eugène Mutangana, secrétaire exécutif de la Rwanda Nature Foundation, l’extension permettra au parc de gagner 37,4 kilomètres carrés, soit 23% de superficie supplémentaire. Elle pourrait également favoriser une hausse de 15 à 20% de la population de gorilles, tout en réduisant la mortalité des jeunes gorilles liée à la saturation de leur habitat.
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Cette extension revêt aussi une dimension économique pour le Rwanda. Selon le rapport annuel 2025 du Rwanda Development Board (RDB), le tourisme lié aux gorilles a généré 248 millions de dollars de recettes en 2025, en hausse de 7 % sur un an. La même année, les recettes touristiques du pays ont atteint un record de 685 millions de dollars.
Les gorilles restent ainsi au cœur du modèle de tourisme de nature du pays, mais aussi d’une stratégie de conservation dont les retombées économiques contribuent à financer le développement des communautés et des territoires concernés.
Cette extension doit ainsi offrir davantage d’espace aux gorilles de montagne, dont l’habitat reste limité dans cette région.
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Mais pour les populations riveraines, vivre aux portes du parc signifie aussi composer avec la présence de la faune sauvage. Les buffles, notamment, peuvent représenter une menace pour les agriculteurs et leurs cultures.
Augustin Nzabonimpa, habitant de Kinigi, en témoigne, «les buffles figurent au tout premier rang des animaux qui nous posent le plus de difficultés. Récemment encore, un homme a été blessé par l’un d’eux dans son champ.»
Pour les habitants, accepter de quitter leurs terres n’a donc pas été une décision évidente. Selon Augustin Nzabonimpa, les autorités ont multiplié les réunions au cours des deux dernières années pour expliquer le projet aux communautés.
Aujourd’hui, il dit comprendre les raisons de cette réinstallation et surtout en attendre de nouvelles opportunités. «Chacun y trouvera une activité, mais dans des conditions nettement meilleures. En ce qui me concerne, étant artisan, on nous a assuré qu’un centre dédié à l’artisanat sera aménagé pour que je puisse y travailler, et il en sera de même pour les agriculteurs.»
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Le projet ne consiste donc pas uniquement à construire de nouveaux logements. L’ambition affichée est aussi de permettre aux habitants de continuer à travailler, tout en bénéficiant d’un environnement mieux équipé et moins exposé aux conflits avec la faune.
Pour les autorités rwandaises, l’enjeu est ainsi de faire de cette réinstallation une opportunité plutôt qu’une simple opération de déplacement. «Ce projet apporte une réponse concrète aux préoccupations des citoyens de cette région, qui bénéficieront désormais d’un cadre de vie sécurisé, propre et décent», souligne Maurice Mugabowagahunde.
À terme, plus de 3.400 familles doivent ainsi changer de cadre de vie, tandis que le Parc national des Volcans gagnera de nouveaux espaces pour sa faune. Une transformation qui pose un défi majeur: agrandir le territoire de la nature tout en permettant aux populations qui vivaient sur ces terres de construire une nouvelle vie. À Kinigi, l’avenir du parc se dessine donc aussi à travers celui de ses habitants.
