À Kigali, on a beaucoup parlé d’agriculture cette semaine. Mais derrière les panels, les discours et les rencontres, une même question est revenue: comment donner à l’Afrique les moyens de produire davantage, de mieux transformer ce qu’elle produit et surtout de financer ceux qui sont au début de la chaîne?
Pour sa 20e édition, l’Africa Food Systems Forum a réuni plus de 5.000 participants venus de plus de 50 pays. Gouvernements, agriculteurs, investisseurs, entreprises et partenaires au développement ont notamment échangé sur le financement, le changement climatique, les nouvelles technologies, le commerce et l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes.
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Pour Télésphore Ndabamenye, ministre rwandais de l’Agriculture et des Ressources animales, le continent ne manque ni d’idées ni d’innovations.
«La tâche qui nous attend est de passer du dialogue à la mise en œuvre, de l’engagement à l’investissement, au bénéfice de nos agriculteurs, de nos entreprises, de nos communautés et de nos économies.»
C’est aussi le message porté par Amath Pathé Sene, directeur général de l’Africa Food Systems Forum. Après vingt ans à réunir les acteurs du secteur, il estime que le prochain chapitre doit être celui de l’action: mobiliser les capitaux, développer les entreprises, créer des emplois pour les jeunes et les femmes et rendre les systèmes alimentaires plus résistants au changement climatique.
Et à Kigali, certains engagements ont déjà commencé à prendre forme. L’International Fund for Agricultural Development (IFAD) estime à environ 40 milliards de dollars le déficit de financement des systèmes alimentaires africains. Pour Sara Mbago-Bhunu, directrice de la division Afrique de l’Est et australe de l’institution, l’argent public ne pourra pas combler seul ce besoin.
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«Les systèmes alimentaires sont sous-financés et mal desservis. Le financement mixte est aujourd’hui l’un des moyens de combler cet énorme déficit.»
À Kigali, l’IFAD a notamment annoncé avec Equity Bank et plusieurs partenaires un mécanisme de 180 millions de dollars pour le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. Il doit notamment faciliter l’accès des petits exploitants au financement pour l’irrigation, la mécanisation et les technologies d’adaptation au changement climatique.
Un autre programme de 21 millions de dollars, avec Bank of Kigali, doit cibler directement les organisations de producteurs au Rwanda. L’IFAD compte notamment s’appuyer sur les quelque 200 centres de collecte de lait qu’il accompagne déjà dans le pays, afin de moderniser leurs équipements, améliorer le stockage et développer la transformation.
Pour Sara Mbago-Bhunu, c’est précisément à ce niveau que les choses doivent changer, rapprocher les financements des agriculteurs, des petites entreprises et de ceux qui travaillent au premier maillon de la chaîne alimentaire.
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L’Afrique doit aussi davantage transformer ce qu’elle produit. Moses Vilakati, commissaire de l’Union africaine chargé notamment de l’agriculture et du développement rural, appelle ainsi le continent à réduire sa dépendance aux importations alimentaires.
«Nous devons réduire les importations alimentaires. L’Afrique doit devenir un véritable transformateur de ses propres aliments, et non un simple importateur.»
Derrière cette volonté se trouve un enjeu économique : créer davantage de valeur sur le continent et multiplier les emplois autour des chaînes de production, de transformation et de distribution.
Pour le Rwanda, accueillir ce forum a aussi été l’occasion de partager son expérience. Dans son discours, Télésphore Ndabamenye a notamment mis en avant le rôle des politiques publiques, de la gouvernance, des investissements et des partenariats dans la transformation agricole du pays.
Le forum est désormais terminé. Et c’est précisément maintenant que commence le plus difficile. Les capitaux devront atteindre les producteurs. Les entreprises devront pouvoir grandir. Les aliments devront être davantage transformés en Afrique. Les jeunes devront trouver des emplois; et les systèmes alimentaires suffisamment solides pour encaisser les prochains chocs.
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Sara Mbago-Bhunu résume peut-être le mieux cette nouvelle ambition. Pour elle, un forum comme celui-ci doit permettre aux participants de venir avec une vision et de repartir avec quelque chose de concret.
Après vingt ans à faire se rencontrer l’Afrique autour de ses systèmes alimentaires, c’est peut-être désormais à cela que Kigali devra mesurer la réussite de cette édition; non pas au nombre de personnes présentes dans les salles, mais à ce qu’elles emporteront avec elles et, surtout, à ce qu’elles réussiront à mettre en œuvre une fois rentrées chez elles.
