Assurance et risque climatique: ce que révèle la première indemnisation agricole à large échelle au Bénin

Les risques environnementaux devraient s’aggraver et dominer le paysage mondial des risques à long terme.

Le 22/08/2026 à 09h47

Au Bénin, l’assurance agricole n’est plus un slogan. Des chèques viennent d’être remis, des pertes de rendement indemnisées, et l’État paie 80% de l’addition.

En remettant 561,8 millions FCFA à des producteurs de riz et de coton, le Bénin prouve que l’assurance agricole indicielle peut sortir du laboratoire. Reste à savoir si des primes subventionnées à 80% et des montants unitaires modestes suffiront à bâtir une résilience durable.

La phase pilote du dispositif béninois atteint 94 905 producteurs couverts et annonce une extension à 122 000 pour 2026-2027. Une avancée concrète, mais l’absence du bétail dans les paiements et le déséquilibre riz-coton posent question.

Le Bénin ne se contente plus d’annoncer des filets de sécurité agricoles: il les paie. La remise à Cotonou de chèques d’indemnisation pour 561,8 millions FCFA, au titre de la campagne 2025-2026, valide la phase pilote de l’assurance agricole indicielle multirisque lancée en 2024.

L’enveloppe, officiellement ventilée entre 376,8 millions FCFA pour les riziculteurs et 185 millions FCFA pour les producteurs de coton affectés par des pertes de rendement, traduit une réalité opérationnelle: 94 905 producteurs ont bénéficié d’une couverture, avec une subvention publique couvrant 80% des primes.

L’État béninois ne se borne pas à inciter ; il prend en charge l’essentiel du coût de la mutualisation du risque climatique. Un taux de prise en charge de 80% n’est pas un détail technique: il conditionne l’adhésion des producteurs, mais rend le dispositif fortement dépendant des finances publiques.

Ce choix politique est aussi une prise de risque budgétaire. Le dispositif affiche un objectif de 100 000 producteurs et éleveurs dans les douze départements, incluant le bétail, mais les paiements annoncés ne concernent que le riz et le coton.

L’absence du bétail dans la ventilation indemnitaire interroge, alors même que la vulnérabilité des éleveurs face aux aléas climatiques est inscrite dans le projet. Le riz absorbe près de 67% de l’enveloppe, le coton environ 33%, un déséquilibre qui peut refléter des sinistralités différentes, mais qui laisse entrevoir une hiérarchisation des filières.

Rapportée aux 94 905 assurés, l’enveloppe globale représente moins de 6 000 FCFA par producteur couvert. Même en considérant que tous ne sont pas indemnisés, l’effet de levier individuel demeure faible au regard des investissements à sécuriser. L’assurance protège davantage contre la perte totale que contre l’érosion des marges ; elle transfère une partie du risque, elle ne supprime pas la vulnérabilité.

La phase pilote n’atteint pas tout à fait sa cible initiale de 100 000 producteurs et éleveurs, mais en couvre 94 905, soit une exécution proche de 95%. La montée en charge annoncée à 122 000 producteurs pour 2026-2027, soit une hausse d’environ 28%, reste donc modérée. Le ministre de l’Agriculture, Adin Yeton Blokounon Goubalan, inscrit le dispositif dans la sécurisation des investissements, la préservation des moyens de subsistance et la sécurité alimentaire.

C’est là que le Bénin se distingue: il transforme un discours de résilience en acte financier, avec des chèques remis et une trajectoire de généralisation. Mais la crédibilité du modèle dépendra de sa capacité à affiner le ciblage, à éviter les effets d’aubaine liés à une subvention aussi massive, et à démontrer que des montants unitaires modestes protègent réellement les exploitations.

L’assurance indicielle, pour être crédible, devra aussi prouver que le déclenchement des paiements correspond bien aux pertes réellement subies par les producteurs, au-delà de la moyenne. Pour l’heure, Cotonou envoie un signal clair: face aux aléas climatiques, l’indemnisation n’est plus un slogan.

Par Le360 (avec MAP)
Le 22/08/2026 à 09h47