Gouvernance de l’IA: avec le Rwanda en tête, voici le Top 5 africain

Le Maroc a placé l’intelligence artificielle (IA) au cœur de son développement économique.

Le 27/08/2026 à 13h28

Le classement 2026 de Lawyers Hub révèle un profond décalage entre la multiplication des stratégies nationales d’intelligence artificielle et leur mise en œuvre effective, encore freinée par les déficits d’infrastructures, de capacités de calcul, de compétences et de contrôle. Au sein de ce paysage inégal, le Maroc se classe cinquième en Afrique avec 2,38 points et prend la tête de l’Afrique du Nord.

Publié en juillet 2026 par l’Africa AI Policy Lab de Lawyers Hub, l’Africa AI Governance Index évalue les 54 États africains à partir de 80 indicateurs. Ceux-ci couvrent huit piliers: stratégie, réglementation, infrastructures et données, capital humain, innovation, éthique et inclusion, intégration régionale, mise en œuvre et impact.

Quatre piliers représentent chacun 15% de la note, contre 10% pour les autres. L’indice privilégie ainsi les politiques adoptées et les dispositifs documentés. Il mesure la capacité à gouverner l’IA, non la taille des marchés technologiques.

Trois pays seulement au niveau «établi»

RangPaysScore sur 4Niveau
1Rwanda3,25Établi
2Nigeria2,81Établi
3Bénin2,58Établi
4Kenya2,47En développement
5Maroc2,38En développement
6Égypte2,25En développement
7Éthiopie2,22En développement
8Ghana2,21En développement
9Maurice2,20En développement
10Tunisie2,12En développement

Le Rwanda domine avec 3,25 points, devant le Nigeria et le Bénin. Aucun pays n’atteint toutefois le seuil de 3,5 correspondant à une gouvernance «avancée» capable de produire des résultats mesurables.

Le leadership rwandais repose sur la cohérence de ses huit piliers grâce à sa politique nationale d’IA, approuvée en 2023 et qui s’accompagne d’institutions et de programmes opérationnels. Le Bénin bénéficie, pour sa part, de sa Stratégie nationale de l’intelligence artificielle et des mégadonnées 2023-2027, assortie d’un plan d’action couvrant l’éducation, la santé et l’agriculture.

Ce choix méthodologique explique pourquoi le Nigeria et le Bénin devancent des écosystèmes technologiques plus vastes. Les instruments adoptés et les mandats institutionnels comptent davantage que la réputation scientifique ou la taille du marché. Lawyers Hub reconnaît néanmoins que les pays documentant peu leurs pratiques peuvent être sous-évalués.

Le Maroc prend la tête de l’Afrique du Nord

Cinquième avec 2,38 points, le Maroc devance l’Égypte, la Tunisie et l’Algérie. Ses programmes financés, ses capacités numériques et la dynamique «AI Made in Morocco», adossée à Maroc Digital 2030, lui assurent une position favorable à l’échelle continentale.

Le Royaume se situe ainsi au centre du pôle nord-africain, région qui obtient la meilleure moyenne du continent, à 1,56. L’avance reste cependant inachevée car le Maroc appartient encore à la catégorie «en développement» et aucun pays nord-africain ne disposait, au 30 juin 2026, d’une loi générale et contraignante spécifiquement consacrée à l’IA.

Néanmoins, seize États disposent d’une gouvernance «en développement», 29 restent au stade «naissant» et six présentent des mécanismes minimes ou inexistants. Les moyennes régionales demeurent toutes inférieures à 2: Afrique du Nord, 1,56; Afrique australe, 1,49; Afrique de l’Est, 1,27; Afrique de l’Ouest, 1,25; Afrique centrale, 1,07.

Toutes les sous-régions obtiennent leur meilleure note en «stratégie et vision», entre 1,44 et 2,25, et leur plus faible en «mise en œuvre et impact», entre 0,65 et 1,04. Le continent sait formuler ses ambitions, mais peine encore à les financer, les encadrer et en mesurer les résultats.

Une quinzaine d’États ont adopté un cadre national et environ 24 en préparent un, mouvement encouragé par la Stratégie continentale de l’Union africaine approuvée en 2024. Budgets dédiés, personnels spécialisés, registres des algorithmes publics, contrôles indépendants et indicateurs d’impact restent pourtant rares.

Le déficit concerne directement les citoyens. Sur une échelle de 4, les obligations d’évaluation de l’impact algorithmique n’obtiennent qu’une moyenne de 0,68; les audits de biais, 0,56; les sanctions ou actions de contrôle documentées, 0,78. Une décision automatisée peut donc peser sur l’accès au crédit, à une prestation sociale ou à un emploi avant que le régulateur dispose des moyens de l’examiner.

L’infrastructure fixe la limite opérationnelle

La réglementation ne peut produire d’effets durables sans socle matériel. Seulement 36% des Africains utilisaient Internet en 2025, selon l’Union internationale des télécommunications. Près de 600 millions de personnes n’avaient toujours pas accès à l’électricité en mars 2026, d’après la Banque mondiale.

Or les centres de données, le cloud et les processeurs spécialisés exigent une alimentation stable, de la fibre, du refroidissement et des capitaux de long terme. Lawyers Hub estime que l’Afrique abrite moins de 1% de la capacité mondiale des centres de données, pour environ 18% de la population mondiale.

Le calcul reste ainsi concentré dans quelques économies. La dépendance envers les fournisseurs étrangers pose des questions de coût, de localisation des données et de souveraineté. La Banque mondiale résume les fondations nécessaires en quatre «C»: connectivité, capacité de calcul, contexte— données et langues locales— et compétences.

Ces contraintes n’annulent pas les effets possibles de l’IA alors qu’elle peut faciliter la détection des maladies végétales, optimiser les intrants agricoles, assister le diagnostic médical, personnaliser l’apprentissage, détecter la fraude ou améliorer certains services publics.

Les applications légères, utilisables sur des équipements courants, offrent une voie mieux adaptée aux réalités africaines que la course aux modèles géants. La Banque mondiale souligne leur utilité dans la santé, l’agriculture, l’éducation et les petites entreprises.

Le passage du pilote au service durable suppose toutefois des données fiables, des marchés publics transparents, une supervision humaine et des mécanismes de recours. Les évaluations menées par l’UNESCO dans plus de 28 pays africains insistent aussi sur les langues locales, la protection des données et le risque d’aggraver les inégalités.

La prochaine étape dépendra donc moins du nombre de stratégies publiées que de budgets identifiables, de régulateurs qualifiés, d’audits obligatoires et d’infrastructures fiables.

Le classement de Lawyers Hub vaut moins comme trophée que comme instrument de contrôle: le Maroc confirme son avance régionale, tandis que le continent doit encore convertir l’ambition en résultats vérifiables.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 27/08/2026 à 13h28