Stabilité politique, climat des affaires et Intelligence artificielle comme locomotives d’un nouveau Gabon

Le président gabonais Brice Oligui Nguema lors

Le 04/05/2026 à 15h40

VidéoIls étaient venus pour parler affaires, intelligence artificielle et stabilité politique, mais au bord du fleuve Komo, c’est un autre phénomène qu’ont observé les 1.000 participants du premier Salon international pour l’innovation et le développement: un Gabon en pleine métamorphose, où la construction d’un palais des congrès symbolise autant une ambition qu’une prise de risque.

Il est 8 heures quand les premières limousines s’engouffrent dans l’avenue de la Cité de la Démocratie, un quartier qui n’existait pas sur les cartes il y a encore deux ans.

Le dimanche 3 mai 2026, Libreville ne célèbre pas un anniversaire comme les autres. C’est l’exacte date où, un an plus tôt, le général Brice Clotaire Oligui Nguema prêtait serment.

En convoquant pour l’occasion la première édition d’un salon international mêlant chefs d’État, patrons de la tech et responsables de la BEAC, le président gabonais a envoyé un signal clair: la transition est finie. Place à la construction d’une «souveraineté réelle», adossée à des institutions solides, une attractivité économique féroce… et l’intelligence artificielle.

Sous les hautes voiles de verre du Palais des Congrès fraîchement sorti de terre, l’effervescence est électrique.

Trois cents entreprises, 35 pays, une nuée de ministres venus d’Afrique centrale et de l’Ouest, ainsi qu’une délégation marocaine conduite par l’ambassadeur Abdellah Sbihi. Tous sont là pour décortiquer le thème de l’année: «Stabilité politique, climat des affaires et intelligence artificielle».

Dans les couloirs, deux sons se mêlent. Le cliquetis des verres de jus de bissap, et la phrase que tout le monde répète: «Et si le Gabon était devenu le laboratoire d’une nouvelle gouvernance africaine.

Dans le hall nord, Ingrid St Denis, militante associative venue de France, ne cache pas son émotion. Douze mois plus tôt, elle était là pour l’investiture du président. Aujourd’hui, elle revient. «On va vers une nouvelle étape majeure de notre pays. Comme lors de son investiture, la diaspora a répondu favorablement à l’appel du président Brice Clotaire Oligui Nguema. C’est un appel à l’inclusion pour apporter nos idées», lance-t-elle, micro tendu vers une nuée de caméras.

À ses côtés, Simerlin Ebozo’o Assoumou, docteur en droit privé, rassure les investisseurs. «Il n’échappe à personne que le Gabon est l’un des pays calmes de la sous-région sur le plan sécuritaire. Il n’enregistre pas de troubles».

Puis, dans un échange de regard avec un banquier nigérian, il nuance: «Bien sûr, il y a des grognes sociales liées à des frustrations. Mais sur le plan sécuritaire, le Gabon constitue un gage d’investissement.» Ici, on ne fuit pas la contradiction. On l’expose, pour mieux la dépasser.

La BEAC bouscule ses propres murs. Yvon Sana Bangui, gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), attaque frontalement la fragmentation régionale: «Il y a une dynamique aujourd’hui au niveau communautaire de s’ouvrir davantage, de lever tous les freins à l’intégration sous‑régionale. Nous ne devons pas vivre en marge du monde. Nous devons vivre intégrés dans un système cohérent.»

Dans la salle, les partenaires au développement prennent des notes. Un responsable ouest-africain glisse à son voisin: «Si la BEAC elle-même dit qu’il faut tordre le cou aux rigidités, c’est que le vent a vraiment tourné.»

Le pari d’Oligui: l’IA pour armer la stabilité

En clôture, c’est le discours du président Nguema, lu par son ministre du Numérique, qui résume l’ambition.

La stabilité politique n’est plus seulement une affaire de blindés et de palais. Elle se conquiert aussi par une administration transparente dopée à l’IA, des visas dématérialisés, des registres fonciers infalsifiables. «Pas de croissance durable sans maîtrise technologique», martèle le texte.

Les sceptiques ricanent dans leur coin: «L’IA à Libreville? Le coût de l’électricité, la bande passante…». Mais les optimistes, plus nombreux, répondent par l’exemple: en un an, le gouvernement a construit ce palais des congrès. Il a réuni 200 intervenants de haut niveau. Il a forcé la porte du Maroc, de la CEDEAO et de la CEEAC. Alors pourquoi pas une intelligence artificielle «made in Gabon»?

Un salon annuel pour ne pas retomber

À la sortie, sous un soleil lourd de 32°C, les participants repartent avec une mallette pleine de promesses et un calendrier: rendez-vous en mai 2027. Le salon sera annuel. Parce que, comme le confie un investisseur français sous couvert d’anonymat: « Transformer l’essai, c’est plus dur que de créer l’événement. Mais au moins, ils ont arrêté de se demander s’ils étaient capables. Ils l’ont fait.»

Libreville, désormais, ne veut plus être une capitale parmi d’autres. Elle rêve d’être le carrefour où la stabilité politique rencontre la disruption numérique. Reste à savoir si les frustrations sociales – ces «grognes» dont parle Simerlin Ebozo’o – ne viendront pas griffer le tableau.

En attendant, pour une journée de mai, l’Afrique centrale s’est prise à imaginer une autre histoire. Ce salon, conçu comme une plateforme stratégique entre secteurs public et privé, entend accélérer la transformation économique du continent.

Avec 1.000 participants, 300 entreprises et 35 pays représentés, la première édition a tenu ses promesses en nombre. Reste à savoir si l’alchimie entre IA, investisseurs et «stabilité selon Oligui» produira autre chose que des déclarations. La réponse se jouera à Libreville, dans les douze prochains mois.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 04/05/2026 à 15h40