Libreville: le méga marché anti-inflation du gouvernement Oligui Nguema séduit… mais interroge

Le méga marché anti-inflation du gouvernement Oligui Nguema à LIbreville attire du monde.

Le 27/04/2026 à 08h31

VidéoFace à la cherté de la vie qui étrangle les ménages gabonais, l’Exécutif a dégainé samedi 25 avril son arme la plus spectaculaire: un marché itinérant géant, adossé à la nouvelle Centrale d’achat du Gabon (Ceag). Des centaines de familles sont venues tester la promesse de «prix régulés». Ambiance, chiffres et premières résistances.

Ce samedi, dès les premières lueurs du jour, les alentours du stade d’Agondjé ont été inondés par une marée humaine. Paniers à la main, listes de courses pliées dans les poches, des centaines de ménages librevillois ont répondu à l’appel du tout premier méga-marché itinérant lancé par le gouvernement de Brice Clotaire Oligui Nguema. Objectif affiché: casser, sur le terrain, la spirale infernale des prix des produits de première nécessité.

L’engouement fut tel que les allées ont rapidement noirci de monde. Pour beaucoup, c’était le test décisif d’une promesse martelée par la nouvelle administration: «reprendre la main sur la vie chère». L’arme principale de cette bataille? La CEAG, la Centrale d’achat du Gabon, présentée comme un régulateur de la chaîne importation-logistique-distribution.

«Mon riz à moitié prix»: l’effet CEAG vu par un agent public

Dans la foule, Didier serre son filet de courses contre lui comme un trésor. Agent de l’État, avec un budget serré de 50.000 FCFA, il a fait les comptes à la sortie. Et le verdict est sans appel. «La différence entre faire ses emplettes ici et en ville? On ne sent plus l’inflation écrasante. Mon sac de riz, je l’ai payé 5.000 FCFA. Sur le marché ordinaire, il est à 10.000», affirme-t-il.

Pour lui, le pari est réussi. Le même sac, à moitié prix. De quoi faire respirer un budget familial en première ligne face à la cherté de la vie.

«10 francs de différence sur l’huile»: la note amère de Sandrine

Mais tous les consommateurs ne repartent pas avec le même sourire. Sandrine, sans emploi, a pris le temps de comparer étiquette par étiquette. Et son constat détonne: «Je ne suis pas totalement satisfaite. Ce sont toujours les mêmes produits de tous les jours. Les produits locaux? Absents. Regardez l’huile: ailleurs, elle est à 1.000 FCFA, ici 990 FCFA… juste 10 francs de différence. Pour un consommateur comme moi, ce n’est pas satisfaisant.»

Derrière cette douche froide, une exigence claire: la guerre des prix ne se gagne pas à coups de rabais symboliques. Et l’absence criante du «made in Gabon» vient rappeler que la dépendance aux importations reste le talon d’Achille du système.

La CEAG, cheval de bataille régulateur

Face à ces attentes, le directeur général de la Centrale d’achat, Théophile Boutamba, détaille la mécanique. Loin d’un simple supermarché éphémère, la CEAG se veut un outil structurel.

«Nous allons réguler les importations et la distribution. Notre mode opératoire consiste à contrôler le coût à chaque étape: coût d’origine à l’importation, passage au cordon douanier, transport jusqu’aux différentes villes. Sur tous nos points de vente, les prix seront affichés. Et si ces prix ne sont pas respectés, un numéro vert de la DGCCRF est à la disposition des consommateurs», soutient-il.

Transparence, traçabilité, sanction: le gouvernement veut transformer l’essai ponctuel en dispositif pérenne.

47 points de vente dans le Grand Libreville… puis tout le pays

Car ce méga-marché n’est qu’une première étape. La CEAG prépare un déploiement à grande échelle: 47 points de vente sont programmés dans le Grand Libreville, chacun identifié par un QR code pour éviter les dérives. Ensuite, l’extension gagnera Owendo, Bikélé, puis les grands bassins économiques du pays: Port-Gentil et Franceville.

L’ambition est lisible: quadriller le territoire pour casser les circuits spéculatifs locaux. Le pari, immense, est de transformer une opération de séduction en révolution durable des habitudes d’achat.

La bataille de la vie chère ne fait que commencer

En ce samedi d’avril, le ballon d’essai d’Agondjé a au moins rempli une mission: prouver que l’État peut, physiquement, proposer une alternative aux prix du marché. Mais entre le sac de riz à -50% et la bouteille d’huile allégée de 10 francs, le chemin vers une régulation parfaite reste semé d’embûches. Reste une question suspendue dans les travées du stade: ce méga-marché deviendra-t-il le bouclier des petits budgets ou une simple parenthèse médiatique? La réponse se jouera dans les QR codes, les camions de livraison et, surtout, dans l’assiette des Gabonais

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 27/04/2026 à 08h31