Libreville. Transport urbain: même les taxis-brousse s’en mêlent... et c’est la jungle

Un particulier transportant des usagers de manière frauduleuse à Libreville.

Le 19/04/2026 à 08h42

VidéoÀ Libreville, avoir sa propre voiture est devenu nécessaire pour arrondir ses fins de mois. Alors, salariés du privé, agents publics, chômeurs... s’improvisent transporteurs urbains. Et la licence? Interrogent les professionnels, les vrais. Circulez, y a rien à voir.

Carrefour Rio, 3ᵉ arrondissement de Libreville. Par un matin ordinaire, des taxis ordinaires aux voitures aux plaques européennes encore fraîchement débarquées du port d’Owendo sont déjà en service. «C’est difficile pour nous», lâche Hassan, chauffeur de taxi. «Certains sortent du port avec l’immatriculation de l’Europe et se mettent directement à transporter des passagers. Il faudra vraiment que les autorités regardent de près cette situation.»

Amadou, un autre chauffeur, ne décolère pas: «Ils se garent devant les arrêts de bus pour prendre nos clients. On est fatigué. À la fin de la journée, on peine à avoir des recettes.» Même colère du côté des chargeurs, ces petites mains du transport régulier. Jordan Biba résume: «c’est pour nous un un manque à gagner. Eux, ils ne paient aucune taxe, mais nous disputent les clients sans gêne.»

Pourtant, du côté des particuliers-transformés-transporteurs, pas un mot en public. Tous ont refusé de témoigner. Mais à voix basse, ils l’admettent : c’est la cherté de la vie et le chômage qui les poussent à braver l’illégalité.

Plus loin, sur la bretelle du quartier “Venez-voir” en direction du marché de la Peyrie, une autre catégorie de transporteurs joue les équilibristes. Ce sont des taxis-brousse, théoriquement assignés aux liaisons avec les villages proches de Libreville, et soumis à une licence. Mais la tentation est trop forte et s’immiscent dans le transport urbain, malgré un arrêté municipal qui le leur interdit.

Bienvenu Bekale, l’un d’eux, assume: «Nous qui n’avons pas la couleur rouge et blanc des taxis, on prend régulièrement des amendes de la mairie. Cela arrive quand on prend des clients dans le périmètre urbain. Mais on le fait pour soulager ceux qui vont au travail ou qui ont une urgence. C’est notre façon de combler le déficit de transport, tout en payant nos taxes.»

Une réalité que les autorités peinent à réguler entre nécessité sociale, vide juridique et concurrence déloyale. Et si la ville semble tolérer, les amendes, elles, continuent de pleuvoir. Reste une question: jusqu’où ira cette économie de la débrouille dans une capitale qui étouffe sous le poids de la crise?

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 19/04/2026 à 08h42