Libreville. Dépression, stress, addiction... Une caravane sur la santé mentale à l’écoute des lycéens

Le 26/04/2026 à 08h11

VidéoSuicide, violences physiques et morales, addictions… face à la dégradation du climat scolaire et à la montée des comportements à risque chez les jeunes, une caravane de sensibilisation sillonne les établissements de Libreville depuis deux semaines.

Portée par la fondation Gertrude-François et des experts du centre national de santé mentale de Melen, cette initiative entend faire de la santé mentale une priorité nationale.

Dans les établissements scolaires de Libreville, l’ambiance des couloirs n’a jamais été aussi pesante pour certains élèves. Isolés, tristes, parfois agressifs, ils sont de plus en plus nombreux à montrer des signes de détresse psychologique.

Pour endiguer ce phénomène, la fondation Gertrude-François a lancé une caravane itinérante qui, au contact direct des adolescents, tente de lever un tabou: la fragilité mentale n’est pas une faiblesse, mais un véritable enjeu de santé publique.

«On a exposé des éléments qui contribuent à la mauvaise santé mentale sur le plan émotionnel. Si un élève est tout le temps triste ou isolé, c’est un signe d’alerte. Sur le plan scolaire, il y a une baisse de résultats s’il était brillant. Sur le plan comportemental, c’est un élève qui peut devenir agressif envers ses professeurs. À cela s’ajoute le phénomène d’autodestruction lié à la consommation de drogues», énumère Félicien Dianga, technicien supérieur de santé mentale à l’hôpital psychiatrique de Melen.

Loin de se limiter aux seules substances illicites, les échanges menés dans l’enceinte des écoles explorent des thématiques transversales: lien étroit entre troubles psychiatriques et usage d’alcool ou de stupéfiants, stratégies de prévention en milieu scolaire face aux nouvelles drogues et aux jeux de hasard. Une approche globale qui place la dépendance parmi les causes profondes des violences et du repli sur soi.

Pour Marie Wilma Sickout Assélé, initiatrice de la caravane et ancienne dépressive, cette mobilisation est l’aboutissement d’un combat personnel de plus de dix ans. «C’est une thématique pour laquelle je me bats depuis plus de dix ans à travers ma fondation Gertrude-François pour les dépressifs, après avoir fait une longue période de dépression moi-même. On a déjà fait plusieurs établissements et on amorce la fin de la deuxième phase. Si les moyens nous le permettent, on envisage d’atteindre l’intérieur du pays.»

«Je ne peux pas toucher à ça»: des élèves témoignent. Dans la cour du lycée Awassi, les paroles se libèrent. Warren Simangoye, 17 ans, élève de terminale au profil d’athlète, raconte avoir été approché par des amis consommateurs. «Bien évidemment, quelqu’un m’a déjà proposé de la drogue. J’ai géré ceci en disant que ce n’était pas dans mon éducation. Compte tenu que je suis un sportif, il y a des choses que je ne peux pas toucher.»

D’autres témoignages évoquent plus douloureusement l’isolement. Dominique Flore, également en terminale, confie: «Parfois j’avais le sentiment d’être incomprise. Parfois il m’est arrivé de confier mes émotions aux autres et plusieurs autres choses personnelles que je vais taire ici.»

Une souffrance silencieuse que Christelle Massonga, sa camarade, appelle à briser par la parole: «Le seul moyen de sortir du piège, c’est d’en parler, se confier, ne pas rester dans sa bulle. Le tout, c’est la communication.»

Un enjeu de santé publique majeur. Avec plus de 4.100 cas de troubles mentaux enregistrés au Gabon en 2021 et une forte stigmatisation persistante, la santé mentale reste un défi colossal.

En investissant les établissements scolaires, cette caravane espère détecter plus précocement les signes de mal-être et désamorcer les passages à l’acte. À l’heure où les addictions sont érigées au rang de priorité nationale, l’événement marque un tournant dans la prise en charge, espèrent les organisateurs. Prochaine étape, si les financements suivent: l’intérieur du pays.

La fondation Gertrude et François et le centre national de santé mentale de Melen poursuivent leur campagne dans les établissements de Libreville. Une ligne d’écoute et des consultations sont proposées aux jeunes et à leurs familles.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 26/04/2026 à 08h11