Pour hisser l’école ivoirienne aux standards internationaux, le ministre N’Guessan Koffi est allé chercher à Zurich une inspiration qui s’achète, et qu’Abidjan compte bien financer grâce à la manne du cacao. Le ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique, N’Guessan Koffi, a réaffirmé son ambition de hisser l’Ecole ivoirienne aux meilleurs standards internationaux, à la faveur d’une visite effectuée dans une école primaire à Zurich, en Suisse.
Lire aussi : Burkina Faso. Enseignement secondaire: une réforme ambitieuse pour mieux préparer les jeunes au monde du travail
Dans une publication diffusée vendredi 12 juin 2026 sur sa page Facebook, le ministre a indiqué avoir été particulièrement impressionné par la qualité des infrastructures scolaires, la propreté des salles de classe, la discipline des élèves ainsi que leur fort engouement pour l’apprentissage. «J’ambitionne de hisser l’Ecole ivoirienne à ce niveau de standard conformément à la vision du Président Alassane Ouattara», a-t-il déclaré, soulignant que cette expérience a renforcé sa détermination à poursuivre les réformes engagées dans le système éducatif ivoirien.
Cette visite s’est déroulée en marge de la Conférence annuelle de la Fondation Jacobs, organisée du 3 au 5 juin à Marbach, en Suisse, autour du thème «De la preuve à l’action: tracer la feuille de route LEVANTE pour un impact sur les systèmes éducatifs».
Le ministre a saisi cette tribune internationale pour présenter aux partenaires suisses la vision du Président de la République pour l’Ecole ivoirienne. Celle-ci repose notamment sur la diversification et l’amélioration des apprentissages fondamentaux dès le préscolaire et le primaire, à travers l’introduction des sciences, des technologies, de l’informatique, de l’intelligence artificielle ainsi que de l’enseignement renforcé des langues étrangères, notamment l’anglais.
Lire aussi : Écoles catholiques au Sénégal: les recettes d’une réussite qui inspire
Une vision qui prévoit également la réhabilitation et la reconstruction des infrastructures scolaires, le renforcement de l’attractivité de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, la promotion des classes préparatoires aux grandes écoles et l’approfondissement du partenariat entre l’État et le secteur privé.
Au cours des échanges, les acteurs de l’industrie du cacao et du chocolat ont manifesté leur disponibilité à accompagner la Côte d’Ivoire dans la consolidation des acquis de la première phase du projet Children Learning and Education Facility (CLEF) et dans la mise en œuvre d’une deuxième phase. Celle-ci devrait notamment contribuer à la construction de nouvelles infrastructures scolaires et de centres de formation à l’apprentissage.
N’Guessan Koffi a, au nom du gouvernement ivoirien, exprimé sa gratitude à la Fondation Jacobs et aux membres de son conseil d’administration pour l’invitation adressée à la Côte d’Ivoire, saluant une rencontre qui a permis de renforcer les partenariats en faveur de l’amélioration du système éducatif national.
Lire aussi : Guinée. La multiplication des foyers de mémorisation du Coran interroge
En se mettant en scène admiratif dans une école de Zurich, le ministre ivoirien de l’Éducation n’a pas seulement offert une image de pèlerinage pédagogique. Il a surtout, sans doute sans en mesurer toute la portée symbolique, exposé la nature d’un contrat social en renégociation. Car derrière la contemplation du «bon élève» helvétique, se joue une mécanique de financement où l’avenir des petits Ivoiriens semble arrimé aux filières du chocolat.
La visite suisse, en marge de la Conférence de la Fondation Jacobs, agit comme un révélateur: Abidjan, loin de simplement quêter une expertise, affiche une volonté d’alignement sur des standards que seul un partenariat public-privé très spécifique peut concrétiser. L’ambition présidentielle, relayée par le ministre (introduire l’IA, les sciences et l’anglais renforcé dès le primaire), a de quoi séduire dans un pays jeune en pleine transition démographique. Mais cette modernité affichée a un prix, et les caisses de l’État ne sont pas les seules à devoir s’ouvrir.
L’empressement des industriels du cacao à soutenir la phase 2 du projet CLEF, qui promet des centres de formation et de nouvelles salles de classe, n’a rien d’une philanthropie candide. Il révèle une équation froide: pour maintenir la productivité de la première économie cacaoyère mondiale, il faut former une main-d’œuvre plus qualifiée et stabiliser les communautés agricoles par l’école.
Lire aussi : Mauritanie. École des métiers du tourisme: l’indispensable ingrédient marocain dans la formation des cordons bleus
Le ministre salue une «rencontre qui renforce les partenariats», mais le vrai sujet est là: la Côte d’Ivoire est-elle en train de construire une école pour l’émancipation de sa jeunesse ou une école calibrée pour les besoins de compétitivité de ses partenaires commerciaux ? Le contraste avec le modèle suisse, où l’excellence scolaire est un attribut régalien financé par une richesse nationale diversifiée, est saisissant.
En ramenant dans ses valises la promesse d’un chèque adossé aux fèves, N’Guessan Koffi incarne une forme de realpolitik éducative où la transformation se paie au prix d’une dépendance assumée, celle d’une école ivoirienne qui, pour rêver d’imiter Zurich, doit d’abord passer un pacte avec les chocolatiers.
