Nord du Rwanda: quand les volcans réveillent l’écotourisme

Les Twin Lakes Burera et Ruhondo, entre lacs, collines et volcans.

Le 28/12/2025 à 11h01

VidéoAlors que de nombreux jeunes Africains quittent les zones rurales à la recherche d’opportunités en ville, Fraterne Manishimwe a fait le choix inverse. Après ses études, ce jeune Rwandais est retourné dans son village natal, au nord du Rwanda pour investir dans un tourisme de proximité, accessible et durable, au cœur d’une région réputée pour ses volcans et ses lacs jumeaux.

Dans le district de Burera au nord du Rwanda, entre les volcans embrumés et les eaux paisibles des Twin Lakes Burera et Ruhondo, Fraterne Manishimwe a choisi de bâtir son avenir là où beaucoup ne voyaient autrefois que peu de perspectives. Après ses études, ce jeune entrepreneur a pris une décision à contre-courant: quitter la ville pour retourner dans son village natal et contribuer au développement local.

Son premier projet, Kwanza House, porte un nom lourd de sens. «Kwanza signifie “premier” en swahili. J’ai choisi ce nom parce qu’il s’agit du premier établissement hôtelier de ce type dans mon village», explique-t-il. Pensé comme un espace de repos, de recueillement et de célébration, l’établissement accueille aussi bien des familles, des touristes locaux que des visiteurs étrangers, attirés par le calme et la beauté naturelle des lieux.

«La plupart des hôtels de la région sont trop chers. Les personnes aux revenus modestes n’ont souvent pas accès à des lieux où profiter sereinement de leur environnement», souligne Fraterne Manishimwe. En proposant des services variés à des prix abordables, il ambitionne de démocratiser le tourisme dans une région pourtant très prisée.

Mais l’entrepreneur ne s’est pas arrêté là. Non loin de son village natal, sur la plus grande île du lac Burera, l’un des deux célèbres lacs jumeaux, il a développé un second site touristique. L’idée est née lors de ses moments de détente au bord de l’eau. Formé aux arts et à l’entrepreneuriat, il découvre le tourisme par passion, au fil de ses séjours au bord du lac Burera. Sur l’île de Birwa I, il commence par aménager un espace de camping. Face à l’engouement des visiteurs, le projet évolue progressivement: un restaurant voit le jour, suivi de chambres en dur pour répondre aux attentes de clients désireux de plus de confort.

Aujourd’hui, le site propose randonnées, observation des oiseaux, pêche, tours en bateau dans le lac, séances de yoga, dîners autour d’un feu de camp… les visiteurs sont invités à une véritable immersion dans la vie communautaire. Le cadre naturel, réputé pour ses levers et couchers de soleil spectaculaires, complète cette expérience hors du tumulte des grandes villes.

«L’agriculture n’est plus l’unique moteur de croissance. Le tourisme et les services prennent une place de plus en plus importante. Il est essentiel d’y investir, même à l’échelle des villages», analyse Fraterne Manishim we.

Son engagement commence déjà à produire des effets concrets. Des jeunes de la région se forment aux métiers du tourisme: guides, cuisiniers, serveurs, chauffeurs. Les produits locaux sont privilégiés, renforçant les revenus des communautés environnantes.

À travers ses projets, Fraterne Manishimwe souhaite aussi faire passer un message fort «Nous prouvons que les jeunes Rwandais peuvent eux aussi investir dans des activités génératrices de revenus et transformer leur environnement», affirme-t-il.

Malgré ces avancées, le parcours de l’entrepreneur n’est pas exempt de difficultés. L’accès au financement reste l’un des principaux obstacles. «Investir en zone rurale n’est pas évident, surtout quand on est un jeune entrepreneur. Les banques sont frileuses et les garanties exigées sont souvent hors de portée», confie-t-il.

À cela s’ajoutent des défis infrastructurels persistants. Les routes menant aux sites touristiques ne sont pas toujours en bon état, compliquant l’accès pour les visiteurs. L’approvisionnement en eau et en électricité demeure également irrégulier, obligeant les opérateurs à trouver des solutions alternatives pour assurer un service de qualité.

Autant de contraintes qui, selon lui, freinent encore le plein essor du tourisme rural, malgré un potentiel naturel et humain considérable.

Pour Fraterne Manishimwe, ces défis ne sont pas des freins définitifs, mais des réalités à surmonter.

Par Fraterne Ndacyayisenga
Le 28/12/2025 à 11h01