Recouvrement. Afrique du Sud, Égypte, Maroc et Sénégal: dans quel pays il est plus difficile de récupérer ses créances

La 4e édition de l’indice de complexité de recouvrement d’Allianz Trade évalue la facilité ou la difficulté pour les entreprises de recouvrer leurs factures impayées dans 52 économies représentant 90% du PIB et du commerce mondial.

Le 06/02/2026 à 16h59

Allianz Trade, spécialiste de l’assurance-crédit et de la gestion du crédit révèle que 48% des créances commerciales mondiales sont exposées à un risque «très élevé» ou «sévère». En Afrique, où l’insolvabilité et les défaillances judiciaires pèsent 47% du risque total, une gestion proactive du crédit n’est pas un choix, mais une condition de survie économique.

En matière de commerce international, le poids des procédures d’insolvabilité et des défaillances judiciaires n’est surtout pas à négliger. Cette réalité procédurale ne peut être ignorée, surtout lorsqu’elle pèse 51% des difficultés de recouvrement mondiales.

L’Afrique paie un tribut particulier à ces complexités structurelles, comme le révèle crûment l’édition 2026 de l’Indice de complexité de recouvrement d’Allianz Trade. Le continent abrite en effet des pays où récupérer ses créances relève du parcours du combattant. Dans le cadre de son étude, Allianz Trade braque ses projecteurs sur 52 économies représentant 90% du PIB et du commerce mondial, dont des pays africains triés sur le volet. Ces économies clés illustrent comment l’insolvabilité et les défaillances judiciaires cristallisent les risques pour les créanciers.

Afrique du Sud, Égypte, Maroc et Sénégal: où en est-on ?

PaysScore/100Niveau de risqueRang mondial (pire = 1)Tendances depuis 2022
Afrique du Sud67Sévère5Stable (score identique)
Égypte61Sévère8Nouveau dans l’étude
Maroc56Très élevé14Légère amélioration
Sénégal49Élevé20Détérioration

Sources: Allianz Trade (Édition 2026).

Avec une complexité mondiale moyenne à 47,2/100 («élevée»), le continent africain abrite certains des pays où récupérer ses créances relève du parcours du combattant. L’Afrique du Sud (67/100), l’Égypte (61/100) et le Maroc (56/100) figurent parmi les 15% de nations classées à risque «sévère» ou «très élevé» à l’échelle mondiale, une catégorie qui concentre 48% des créances commerciales mondiales, soit 1.100 milliards de dollars.

En Afrique, l’Afrique du Sud (67/100) et l’Égypte (61/100) illustrent ce risque extrême caractérisé par des procédures d’insolvabilité inefficaces, des délais judiciaires paralysants, et des cultures de paiement défaillantes.

Pour ce faire une idée des autres pays non africains classés à risque «sévère» et beaucoup moins bien notés que l’Afrique du Sud l’on peut citer l’Arabie Saoudite (86/100), le Mexique (75/100), le Émirats arabes unis (71/100), ou encore l’Indonésie (70/100). Pour ce qui est des pays à risque «très élevé» et beaucoup moins bien classés que le Maroc, l’on trouve la Slovaquie (59/100), l’Inde (57/100). Des pays comme les États-Unis, l’Argentine, ou encore l’Australie affichent un indice de complexité de recouvrement similaire au Maroc (56/100).

L’analyse régionale révèle que l’Afrique présente la plus forte contribution absolue des procédures d’insolvabilité à la complexité (27 points sur 57), devant les complexités liées aux tribunaux (19 points) et aux pratiques de paiement (11 points). Des procédures– souvent longues et peu rentables pour les créanciers non garantis– qui constituent 47% des défis de recouvrement, un taux supérieur à la moyenne mondiale (51%).

«Les procédures de défaillances continuent de représenter la majeure partie de la complexité du recouvrement dans toutes les régions. Des facteurs structurels qui expliquent pourquoi le recouvrement international reste un processus difficile», souligne Fabrice Desnos, membre du Comité exécutif du groupe en charge de Credit Intelligence, Reinsurance et Surety chez Allianz Trade.

En Afrique du Sud, la liquidation est décrite comme «protégée». Malgré des coûts modérés, les dividendes pour les créanciers sont rares, et le système judiciaire souffre de retards chroniques et d’inertie administrative, souvent exploités par les débiteurs pour retarder les paiements.

Des dynamiques contrastées

L’Afrique du Sud, classée à risque «sévère» (67/100), cumule trois handicaps majeurs: un comportement de paiement défaillant où entreprises publiques et privées accumulent 90 à 180 jours de retard, bien au-delà des standards sectoriels (30-60 jours); des tribunaux chroniquement engorgés dont l’inefficacité des greffes et l’accumulation de dossiers transforment les procédures en parcours «frustrant» et une insolvabilité inefficace, la liquidation sous contrôle de la Master of the High Court offrant des récupérations marginales aux créanciers chirographaires.

L’Égypte (61/100, «sévère») présente des progrès fragiles dans ses pratiques de paiement grâce aux réformes bancaires, mais les retards persistent dans les secteurs public et privé. Son cadre juridique limite l’efficacité: le mécanisme d’Order for Payment ne vaut que pour les dettes incontestées et documentées, tandis que les litiges déclenchent des procédures interminables devant les tribunaux économiques, ponctuées d’expertises judiciaires. Malgré des lois sur la restructuration préventive, la liquidation domine, générant une faible récupération post-insolvabilité.

Au Maroc (56/100, «très élevé»), la dégradation des délais de paiement se matérialise par un délai moyen de recouvrement des créances de 90 à 120 jours, symptôme d’une culture de paiement déficiente. Le système judiciaire multi-niveaux, opaque et lent, rend l’action en justice «déraisonnable» dans la plupart des cas. Les procédures d’insolvabilité, bien que formellement disponibles, restent «complexes, lentes et peu fructueuses».

Le Sénégal (49/100, «élevé») affiche des retards structurels dépassant souvent 60 jours, notamment dans les contrats publics. Son atout réside dans le cadre OHADA unifié, harmonisant droit des affaires et insolvabilité, mais cette clarté juridique se heurte à des lenteurs d’application. Si les créances impayées génèrent théoriquement des intérêts légaux, leur recouvrement pratique demeure complexe, soulignant l’écart entre texte et réalité.

L’Algérie apparaît dans le classement des «Next Generation Trade Hubs» (rang 20/25) pour son potentiel commercial et sa connectivité, selon Allianz Trade. Toutefois, elle n’est pas évaluée dans l’indice 2026 de complexité du recouvrement. Son risque pays «C2» (décembre 2025) signale une vulnérabilité économique significative.

L’absence de score reflète soit des données insuffisantes, soit des spécificités non couvertes par la méthodologie actuelle. Pour les exportateurs, cette opacité exige une vigilance accrue sur les garanties de paiement et les procédures locales d’insolvabilité, non documentées ici.

Le Nigeria, classé 25ᵉ hub commercial de nouvelle génération, présente un paradoxe: fort potentiel commercial (rang 18/25 en «efficacité & innovation») mais risque pays «D3» (le plus élevé) et absence d’évaluation dans l’indice de recouvrement. Le texte souligne son exclusion de l’échantillon 2026, comme l’Algérie ou le Bénin.

Focus pays annexes (non notés)

PaysStatut dans l’étudeRisque pays (2025)Potentiel commercialAlerte clé
AlgérieNon évaluéeC2 (risque élevé)Hub commercial émergent (rang 20/25)Opacité des procédures d’insolvabilité
NigeriaExclu de l’édition 2026D3 (risque très élevé)Efficacité/innovation (rang 18/25)Absence de données sur les délais de paiement

Sources: Allianz Trade «Next Generation Trade Hubs» (2025).

Une lacune qui empêche toute analyse fine des pratiques de paiement (délai moyen de recouvrement des créances ou délai moyen de paiement non communiqué) ou de l’efficacité judiciaire. Dans un contexte où 56% des créances internationales africaines sont à haut risque, l’opacité nigériane exige des exportateurs une gestion hyper-sélective du crédit et le recours systématique à l’assurance-crédit.

Disons que l’extrême exposition de l’Égypte (81%), de l’Afrique du Sud (80%) et du Maroc (97%) aux créances complexes– où la quasi-totalité de leurs exportations ciblent des pays à haut risque– est aggravée par trois fractures régionales.

Premièrement, l’absence d’harmonisation judiciaire bloque toute procédure transfrontalière accélérée, contrairement au cadre européen. Deuxièmement, les clauses de réserve de propriété (ROT) perdent toute efficacité lors des liquidations, particulièrement en Afrique du Sud et en Égypte, laissant les créanciers sans protection tangible.

Troisièmement, la digitalisation embryonnaire de l’e-facturation, bien que potentiellement réductrice de DSO, reste fragmentée et non intégrée à l’échelle continentale, privant les entreprises d’outils de traçabilité. Comme le souligne Pascal Personne d’Allianz Trade: «le recouvrement international est presque trois fois plus complexe en Arabie Saoudite qu’en Allemagne mais l’écart entre économies avancées et émergentes se réduit».

Si l’Égypte et le Maroc affichent une légère amélioration depuis 2018, l’Afrique dans son ensemble peine à combler son retard structurel face à ces triplets handicapants.

Ainsi, face à ces vulnérabilités systémiques, les exportateurs doivent adopter une approche ciblée: privilégier les marchés à complexité «élevée» plutôt que «sévère», où les procédures conservent une marge de manœuvre. En parallèle, l’inefficacité chronique des ROT exige le recours systématique à des garanties solides (cautionnements bancaires, lettres de crédit), seules capables de sécuriser les paiements.

Enfin, l’action en justice étant souvent contre-productive en raison de l’opacité judiciaire ou des délais, le recours à des spécialistes locaux du recouvrement amiable s’impose comme l’option pragmatique.

Sources de complexité par pays

PaysPratiques de paiementSystème judiciaireProcédures d’insolvabilitéConseils pratiques
Afrique du SudDélais de 90-180 jours (DSO élevé)Tribunaux engorgés, lenteur administrativeLiquidations longues, faibles dividendesÉviter les recours judiciaires coûteux
ÉgypteRetards publics/privés persistantsProcédures accélérées limitées, expertises longuesRestructuration rare, liquidation dominantePrivilégier les dettes documentées
MarocDSO de 90-120 jours (en hausse)Système opaque, action en justice « déraisonnable »Procédures lentes et inefficacesRecours aux spécialistes locaux
SénégalRetards >60 jours (secteur public)Cadre OHADA unifié mais application lenteLoi moderne, mais récupération complexeCapitaliser sur le cadre juridique OHADA

Note: DSO = délai moyen de recouvrement des créances.

Par Modeste Kouamé
Le 06/02/2026 à 16h59