L’actualité bancaire africaine en ce début d’année 2026 est marquée par deux décisions de banques centrales, en Algérie et en Afrique du Sud, qui illustrent les défis de la stabilité financière et de la modernisation des systèmes sur le continent. Dans un récent rapport, S&P Global Market Intelligence révèle des trajectoires aux implications significatives.
Régulation bancaire: stratégies et risques sous la loupe
| Pays | Instrument de régulation | Changement récent |
|---|---|---|
| Algérie | Plafonds de taux sectoriels | Légère baisse des taux (demande modérée) |
| Afrique Sud | Abolition du référentiel historique | Consultation pour suppression dès 2027 |
| Maroc | Taux directeur stable + encadrement | Maintien à 2,25% (depuis mi-2025) |
Sources: S&P Global; Presse.
Dans le paysage bancaire maghrébin, la Banque d’Algérie persiste avec son cadre interventionniste en maintenant jusqu’à mi-2026 un plafonnement strict des taux d’intérêt sur les crédits ciblés. Un dispositif réglementaire qui s’applique aux crédits à la consommation, aux prêts immobiliers (à l’exception notable des financements hypothécaires de long terme), aux opérations de crédit-bail dans le secteur manufacturier et aux découverts bancaires. Une évolution significative qui réside dans la légère baisse des taux autorisés par rapport au semestre précédent, que S&P Global attribue explicitement à une «demande de crédit modérée».
La justification officielle, centrée sur la volonté de «protéger les emprunteurs contre des taux d’intérêt excessifs», révèle une philosophie de contrôle étatique de l’accès au crédit. Toutefois, cette protection immédiate des consommateurs comporte des implications structurelles: elle limite la capacité des banques à ajuster leurs tarifications aux risques réels des emprunteurs et pourrait inhiber l’innovation financière. L’exclusion stratégique des prêts hypothécaires à long terme démontre une segmentation calculée, reconnaissant la sensibilité de ce marché aux fluctuations prolongées.
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Comme le souligne l’analyse de S&P Global, «le renouvellement semestriel de ces taux plafonds montre une volonté de l’autorité monétaire algérienne de garder la main sur le coût du crédit pour certains secteurs clés», une approche prudente mais génératrice de rigidités qui pourrait, à terme, affecter la profondeur du marché du crédit et l’efficience de l’intermédiation bancaire.
À contre-courant de l’interventionnisme algérien, la Banque de Réserve d’Afrique du Sud (SARB) orchestre une réforme radicale: la suppression du taux préférentiel historique (prime interest rate), traditionnellement calé à 3,5 points au-dessus de son taux directeur. Le 16 février 2026, la SARB a publié un document de consultation proposant sa cessation future, à partir de 2027 au plus tôt.
Pilotée par son gouverneur lors du Forum Économique Mondial de Davos en janvier 2026, cette initiative vise officiellement à «améliorer la transparence» selon S&P Global.
Pourtant, cette quête de modernisation dissimule des périls systémiques substantiels. L’élimination de ce référentiel obligera les banques à adopter de nouveaux benchmarks, générant une «volatilité et une incertitude accrues dans la tarification des prêts et des dépôts». Une mutation qui pourrait déclencher une fragmentation des conditions offertes aux emprunteurs, compromettant la qualité du portefeuille de prêts et le comportement de remboursement via des disparités de pricing imprévisibles.
Plus critique encore, les établissements pourraient subir des «décalages dans le rééchelonnement des actifs et des passifs», exacerbant leur vulnérabilité au risque de taux. La transition exige par ailleurs une refonte opérationnelle lourde– recalibrage des contrats, mise à jour des systèmes– dans un calendrier contraint.
Bien que l’ambition affichée soit louable, S&P Global alerte que «l’élimination du taux préférentiel sud-africain représente en réalité un saut dans l’inconnu pour la stabilité à court terme, où la volatilité induite menace la prévisibilité, élément clé de la confiance».
En tant que plaque tournante financière du continent, l’Afrique du Sud transforme ainsi son marché en laboratoire à haut risque, où les ondes de choc pourraient irradier bien au-delà de ses frontières, testant la résilience de tout l’écosystème bancaire subsaharien.
Bâtiment abritant l'administration centrale de Bank Al-Maghrib: Bank Al-Maghrib, garante d’une approche "équilibrée avec un taux directeur maintenu à 2,25% depuis 2025.
Qu’en est-il au Maroc ?
Pendant ce temps, au Maroc, Bank Al-Maghrib adopte une approche prudente et stable, contrastant avec l’interventionnisme algérien et la libéralisation sud-africaine. Le taux directeur reste fixé à 2,25% depuis mi-2025, maintenu lors des dernières opérations de marché monétaire en février 2026, favorisant une stabilité des prix projetée à 1,3% pour l’année.
Bank Al-Maghrib publie des taux maximums des intérêts conventionnels, renouvelés périodiquement, appliqués aux crédits divers sans les baisses semestrielles marquées observées en Algérie. Une mesure interventionniste modérée qui protège les emprunteurs tout en laissant une flexibilité au marché, sans plafond aussi strict ni réforme disruptive comme en Afrique du Sud.
Rappelons que S&P Global prévoit pour 2026 une croissance des encours de crédit de 3,5-4%, une amélioration de la qualité des actifs et une rentabilité stable des banques marocaines, soutenue par une économie à 4% de croissance. Contrairement aux risques de volatilité sud-africains, le Maroc bénéficie d’une consolidation graduelle, avec des défis persistants comme les prêts non performants et l’exposition subsaharienne, mais sans «saut dans l’inconnu».
Contrastes algérien, sud-africain et marocain
| Élément | Algérie | Afrique du Sud | Maroc |
|---|---|---|---|
| Philosophie | Contrôle étatique sectoriel | Libéralisation du marché | Stabilité et modernisation progressive |
| Détail technique | Taux revus semestriellement (baisse en 2026) | Prime rate = taux directeur + 3,5% (à abolir) | Taux maximums conventionnels périodiques |
| Avantage immédiat | Protection des emprunteurs ciblés | Transparence théorique accrue | Environnement prévisible pour les banques |
| Défi structurel | Efficience réduite de l’intermédiation | Risque de fragmentation des prix | Gestion des prêts non performants |
| Projection S&P | Rigidités persistantes | Ondes de choc continentales possibles | Croissance du crédit et rentabilité stable |
Sources: S&P Global; Presse.
Une stratégie équilibrée qui positionne le Maroc comme un modèle de résilience alliant contrôle prudent sans rigidité excessive, aligné sur une modernisation progressive via des exigences de capital renforcées (CET1 à 11% pour les banques systémiques). De quoi inspirer une trajectoire continentale, évitant les pièges d’instabilité à court terme soulignés par S&P.
Ainsi, l’Algérie et l’Afrique du Sud incarnent deux philosophies distinctes de régulation bancaire. La première privilégie un contrôle actif pour protéger les acteurs domestiques immédiats (les emprunteurs de certains crédits), quitte à limiter la flexibilité du marché. La seconde mise sur la libéralisation et la transparence théorique des prix, acceptant une volatilité accrue à court terme dans l’espoir d’un marché plus mature à long terme.
Malgré leurs différences, les deux pays font face à un défi commun fondamental: trouver l’équilibre optimal entre stabilité financière, protection des consommateurs, efficience du marché et résilience face aux chocs. Le plafonnement algérien pourrait, à terme, peser sur la rentabilité bancaire ou la disponibilité du crédit si les taux fixés ne reflètent pas le risque réel.
La réforme sud-africaine, quant à elle, introduit une incertitude significative susceptible de tester la solidité opérationnelle des banques et la résilience des emprunteurs. Les succès ou les difficultés de ces deux pays seront scrutés comme des indicateurs précieux pour l’avenir bancaire du continent.
Algérie, Afrique du Sud, Maroc: comparatif des politiques bancaires
| Critère | Algérie | Afrique du Sud | Maroc |
|---|---|---|---|
| Décision clé | Plafonnement des taux d’intérêt (renouvelé semestriellement) | Abolition du taux préférentiel (« prime rate ») à partir de 2027 au plus tôt | Maintien du taux directeur à 2,25% et taux conventionnels régulés |
| Secteurs ciblés | Crédits conso, prêts immobiliers (hors long terme), crédit-bail, découverts | Tous les prêts et dépôts (référentiel général) | Crédits divers (pas de baisses marquées) |
| Objectif déclaré | «Protéger les emprunteurs contre des taux excessifs» | «Améliorer la transparence» | Stabilité des prix (inflation projetée à 1,3%) |
| Risques identifiés | Rigidité du marché, inhibition de l’innovation financière | Volatilité des prix, décalages actifs/passifs, complexité opérationnelle | Défis graduels (prêts non performants, exposition subsaharienne) |
| Approche globale | Interventionnisme sectoriel | Libéralisation radicale | «Équilibre prudent»: modernisation progressive sans rigidité excessive |
| Impact projeté | Limitation potentielle de la profondeur du marché | «Saut dans l’inconnu» menaçant la stabilité à court terme | Croissance des encours de crédit (3,5-4%) et rentabilité stable |
Sources: S&P Global; Presse.




