Régulation bancaire: S&P Global ausculte les décisions aux effets divergents des banques centrales d’Algérie et d’Afrique du Sud

Les récentes décisions des Banques centrales d’Algérie et d’Afrique du Sud sous la loupe de S&P Global

Le 23/02/2026 à 17h21

Deux récentes décisions en Algérie et en Afrique du Sud soulignent la tension permanente dans les systèmes bancaires africains entre interventionnisme nécessaire et nécessité d’une modernisation libéralisante, le tout sur fond de recherche de stabilité.

L’actualité bancaire africaine en ce début d’année 2026 est marquée par deux décisions de banques centrales, en Algérie et en Afrique du Sud, qui illustrent les défis de la stabilité financière et de la modernisation des systèmes sur le continent. Dans un récent rapport, S&P Global Market Intelligence révèle des trajectoires aux implications significatives.

Régulation bancaire: stratégies et risques sous la loupe

PaysInstrument de régulationChangement récent
AlgériePlafonds de taux sectorielsLégère baisse des taux (demande modérée)
Afrique SudAbolition du référentiel historiqueConsultation pour suppression dès 2027
MarocTaux directeur stable + encadrementMaintien à 2,25% (depuis mi-2025)

Sources: S&P Global; Presse.

Dans le paysage bancaire maghrébin, la Banque d’Algérie persiste avec son cadre interventionniste en maintenant jusqu’à mi-2026 un plafonnement strict des taux d’intérêt sur les crédits ciblés. Un dispositif réglementaire qui s’applique aux crédits à la consommation, aux prêts immobiliers (à l’exception notable des financements hypothécaires de long terme), aux opérations de crédit-bail dans le secteur manufacturier et aux découverts bancaires. Une évolution significative qui réside dans la légère baisse des taux autorisés par rapport au semestre précédent, que S&P Global attribue explicitement à une «demande de crédit modérée».

La justification officielle, centrée sur la volonté de «protéger les emprunteurs contre des taux d’intérêt excessifs», révèle une philosophie de contrôle étatique de l’accès au crédit. Toutefois, cette protection immédiate des consommateurs comporte des implications structurelles: elle limite la capacité des banques à ajuster leurs tarifications aux risques réels des emprunteurs et pourrait inhiber l’innovation financière. L’exclusion stratégique des prêts hypothécaires à long terme démontre une segmentation calculée, reconnaissant la sensibilité de ce marché aux fluctuations prolongées.

Comme le souligne l’analyse de S&P Global, «le renouvellement semestriel de ces taux plafonds montre une volonté de l’autorité monétaire algérienne de garder la main sur le coût du crédit pour certains secteurs clés», une approche prudente mais génératrice de rigidités qui pourrait, à terme, affecter la profondeur du marché du crédit et l’efficience de l’intermédiation bancaire.

À contre-courant de l’interventionnisme algérien, la Banque de Réserve d’Afrique du Sud (SARB) orchestre une réforme radicale: la suppression du taux préférentiel historique (prime interest rate), traditionnellement calé à 3,5 points au-dessus de son taux directeur. Le 16 février 2026, la SARB a publié un document de consultation proposant sa cessation future, à partir de 2027 au plus tôt.

Pilotée par son gouverneur lors du Forum Économique Mondial de Davos en janvier 2026, cette initiative vise officiellement à «améliorer la transparence» selon S&P Global.

Pourtant, cette quête de modernisation dissimule des périls systémiques substantiels. L’élimination de ce référentiel obligera les banques à adopter de nouveaux benchmarks, générant une «volatilité et une incertitude accrues dans la tarification des prêts et des dépôts». Une mutation qui pourrait déclencher une fragmentation des conditions offertes aux emprunteurs, compromettant la qualité du portefeuille de prêts et le comportement de remboursement via des disparités de pricing imprévisibles.

Plus critique encore, les établissements pourraient subir des «décalages dans le rééchelonnement des actifs et des passifs», exacerbant leur vulnérabilité au risque de taux. La transition exige par ailleurs une refonte opérationnelle lourde– recalibrage des contrats, mise à jour des systèmes– dans un calendrier contraint.

Bien que l’ambition affichée soit louable, S&P Global alerte que «l’élimination du taux préférentiel sud-africain représente en réalité un saut dans l’inconnu pour la stabilité à court terme, où la volatilité induite menace la prévisibilité, élément clé de la confiance».

En tant que plaque tournante financière du continent, l’Afrique du Sud transforme ainsi son marché en laboratoire à haut risque, où les ondes de choc pourraient irradier bien au-delà de ses frontières, testant la résilience de tout l’écosystème bancaire subsaharien.

Qu’en est-il au Maroc ?

Pendant ce temps, au Maroc, Bank Al-Maghrib adopte une approche prudente et stable, contrastant avec l’interventionnisme algérien et la libéralisation sud-africaine. Le taux directeur reste fixé à 2,25% depuis mi-2025, maintenu lors des dernières opérations de marché monétaire en février 2026, favorisant une stabilité des prix projetée à 1,3% pour l’année.

Bank Al-Maghrib publie des taux maximums des intérêts conventionnels, renouvelés périodiquement, appliqués aux crédits divers sans les baisses semestrielles marquées observées en Algérie. Une mesure interventionniste modérée qui protège les emprunteurs tout en laissant une flexibilité au marché, sans plafond aussi strict ni réforme disruptive comme en Afrique du Sud.​

Rappelons que S&P Global prévoit pour 2026 une croissance des encours de crédit de 3,5-4%, une amélioration de la qualité des actifs et une rentabilité stable des banques marocaines, soutenue par une économie à 4% de croissance. Contrairement aux risques de volatilité sud-africains, le Maroc bénéficie d’une consolidation graduelle, avec des défis persistants comme les prêts non performants et l’exposition subsaharienne, mais sans «saut dans l’inconnu».

Contrastes algérien, sud-africain et marocain

ÉlémentAlgérieAfrique du SudMaroc
PhilosophieContrôle étatique sectorielLibéralisation du marchéStabilité et modernisation progressive
Détail techniqueTaux revus semestriellement (baisse en 2026)Prime rate = taux directeur + 3,5% (à abolir)Taux maximums conventionnels périodiques
Avantage immédiatProtection des emprunteurs ciblésTransparence théorique accrueEnvironnement prévisible pour les banques
Défi structurelEfficience réduite de l’intermédiationRisque de fragmentation des prixGestion des prêts non performants
Projection S&PRigidités persistantesOndes de choc continentales possiblesCroissance du crédit et rentabilité stable

Sources: S&P Global; Presse.

Une stratégie équilibrée qui positionne le Maroc comme un modèle de résilience alliant contrôle prudent sans rigidité excessive, aligné sur une modernisation progressive via des exigences de capital renforcées (CET1 à 11% pour les banques systémiques). De quoi inspirer une trajectoire continentale, évitant les pièges d’instabilité à court terme soulignés par S&P.​

Ainsi, l’Algérie et l’Afrique du Sud incarnent deux philosophies distinctes de régulation bancaire. La première privilégie un contrôle actif pour protéger les acteurs domestiques immédiats (les emprunteurs de certains crédits), quitte à limiter la flexibilité du marché. La seconde mise sur la libéralisation et la transparence théorique des prix, acceptant une volatilité accrue à court terme dans l’espoir d’un marché plus mature à long terme.

Malgré leurs différences, les deux pays font face à un défi commun fondamental: trouver l’équilibre optimal entre stabilité financière, protection des consommateurs, efficience du marché et résilience face aux chocs. Le plafonnement algérien pourrait, à terme, peser sur la rentabilité bancaire ou la disponibilité du crédit si les taux fixés ne reflètent pas le risque réel.

La réforme sud-africaine, quant à elle, introduit une incertitude significative susceptible de tester la solidité opérationnelle des banques et la résilience des emprunteurs. Les succès ou les difficultés de ces deux pays seront scrutés comme des indicateurs précieux pour l’avenir bancaire du continent.

Algérie, Afrique du Sud, Maroc: comparatif des politiques bancaires

CritèreAlgérieAfrique du SudMaroc
Décision cléPlafonnement des taux d’intérêt (renouvelé semestriellement)Abolition du taux préférentiel (« prime rate ») à partir de 2027 au plus tôtMaintien du taux directeur à 2,25% et taux conventionnels régulés
Secteurs ciblésCrédits conso, prêts immobiliers (hors long terme), crédit-bail, découvertsTous les prêts et dépôts (référentiel général)Crédits divers (pas de baisses marquées)
Objectif déclaré«Protéger les emprunteurs contre des taux excessifs»«Améliorer la transparence»Stabilité des prix (inflation projetée à 1,3%)
Risques identifiésRigidité du marché, inhibition de l’innovation financièreVolatilité des prix, décalages actifs/passifs, complexité opérationnelleDéfis graduels (prêts non performants, exposition subsaharienne)
Approche globaleInterventionnisme sectorielLibéralisation radicale«Équilibre prudent»: modernisation progressive sans rigidité excessive
Impact projetéLimitation potentielle de la profondeur du marché«Saut dans l’inconnu» menaçant la stabilité à court termeCroissance des encours de crédit (3,5-4%) et rentabilité stable

Sources: S&P Global; Presse.

Par Modeste Kouamé
Le 23/02/2026 à 17h21