Risques politiques en 2024: voici les 13 pays que vous devez suivre de près, selon Coface

Des émeutes ont éclaté dans plusieurs villes, suite à l'emprisonnement de Jacob Zuma.
Des émeutes ont éclaté dans plusieurs villes en Afrique du Sud, le 28 septembre 2022. (Photo d'illustration). DR
Le 06/02/2024 à 16h00

Les risques politiques exacerbés par les élections à venir dans 13 pays du continent cette année peuvent avoir des répercussions sur bon nombre de business. Les incertitudes liées aux changements politiques, à l’insatisfaction populaire et aux troubles sociaux peuvent ralentir la prise de décision et créer des défis pour les acteurs économiques. D’où l’intérêt de surveiller attentivement l’évolution de la situation politique de ces pays et d’adapter sa stratégie économique en conséquence.

Dans le dernier «Baromètre Risques pays & Sectoriels» de Coface sur l’Afrique, une mise à jour de l’indicateur de risque politique révèle une augmentation des risques politiques et sociaux sur le continent depuis le début de la décennie. Cette situation prend une importance particulière en 2024, avec plus de 13 pays en Afrique, faisant face à des élections majeures. Les troubles signalés récemment au Sénégal, suite à l’annonce du report de l’élection présidentielle montrent à quel point les avertissements d’un certain nombre d’analyses risques pays sont pertinents. Revenons à ce que dit le dernier rapport publié par l’assureur-crédit Coface.

Parmi les pays africains concernés par des élections présidentielles en 2024, on compte le Sénégal (date à préciser), la Mauritanie (juin 2024), le Rwanda (15 juillet 2024), la Tunisie (octobre 2024), l’Algérie (décembre 2024). Mais pas que: s’ajoutent à cette liste le Ghana, le Tchad, le Soudan du Sud, la Namibie, le Mozambique, le Botswana et l’Afrique du Sud. Cependant, certaines élections ont été reportées en raison de préoccupations sécuritaires, comme c’est le cas au Burkina Faso. Au Sénégal, le président Macky Sall a récemment abrogé le décret fixant la date de la présidentielle au 25 février de cette année. Par ailleurs, cinq pays africains prévoient d’organiser des élections présidentielles et législatives couplées cette année. Il s’agit du Ghana (décembre), du Tchad (avant décembre, mais l’incertitude règne en raison de la situation au Mali), du Soudan du Sud, de la Namibie (novembre) et du Mozambique (octobre). Deux pays, le Botswana (octobre) et l’Afrique du Sud (mai) doivent également tenir des élections législatives.

Selon Coface, ces élections ouvrent la possibilité de nombreux changements politiques, ce qui crée de l’incertitude pour les acteurs économiques. «L’insatisfaction à l’égard des dirigeants actuels, alimentée par la hausse des prix et le mécontentement envers les institutions et partis traditionnels, peut conduire à des changements de gouvernement. Cela polarise le paysage politique et ralentit la prise de décision publique. De plus, cela favorise la montée des mouvements populistes, qui peuvent contribuer à une incertitude quant à l’orientation des politiques publiques», souligne l’assureur-crédit.

Les frustrations socio-économiques et vis-à-vis des gouvernements peuvent également créer des conditions propices à des troubles sociaux et à une instabilité politique pendant les périodes électorales. Coface souligne que les pays africains ayant une expérience démocratique récente et des cadres institutionnels fragiles, des troubles de différentes natures et ampleurs peuvent éclater. Le Mozambique, où le président Filipe Nyusi suscite des interrogations quant à un possible troisième mandat, est particulièrement exposé à ce risque. Bien que le Sénégal et l’Afrique du Sud aient une stabilité plus solide, les tensions politiques et sociales peuvent entraîner une augmentation des manifestations.

Comment se préparer ?

Concrètement, les troubles sociaux, les incertitudes politiques et les changements de gouvernement peuvent entraîner des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, des restrictions commerciales ou des fluctuations des taux de change, ce qui peut avoir un impact sur les activités d’import-export. Il est donc important que les entreprises concernées par les facteurs de risque évaluent attentivement les informations fournies et prennent les mesures appropriées pour gérer ces risques, telles que l’ajustement de leurs stratégies commerciales, la diversification de leurs marchés ou la mise en place de mesures de gestion des risques adaptées.

Êtes-vous concernés ?

Les profils d’entreprises concernées par les informations du «Baromètre Risques pays & Sectoriels» de Coface sur l’Afrique sont ceux qui ont des activités économiques ou des intérêts commerciaux dans les pays africains mentionnés. Ces entreprises devraient être attentives aux risques politiques et sociaux accrus dans la région, en particulier en période électorale. Les profils concernés peuvent inclure les entreprises ayant des filiales ou des partenariats commerciaux dans les pays concernés. Celles-ci doivent prendre en compte les risques politiques et sociaux lors de la planification de leurs opérations commerciales et de leurs investissements. Sont aussi concernées les entreprises opérant dans des secteurs économiques sensibles aux perturbations politiques et sociales, tels que les secteurs de l’énergie, des infrastructures, du tourisme, de la finance et de la distribution.

Ces secteurs peuvent être affectés par des troubles sociaux, les incertitudes politiques et les changements de gouvernement, ce qui peut avoir un impact sur la stabilité économique et les opportunités d’affaires. À ceux-là s’ajoutent les entreprises qui dépendent des décisions publiques et des politiques gouvernementales pour mener leurs activités, par exemple dans les secteurs réglementés, les marchés publics ou les projets d’investissement. Les tensions politiques et sociales en période électorale peuvent entraîner des retards dans l’élaboration et l’adoption des décisions publiques, ce qui peut avoir des répercussions sur les entreprises qui attendent des autorisations ou des partenariats avec le gouvernement.

Par Modeste Kouamé
Le 06/02/2024 à 16h00