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Guinée: Alpha Condé ne compte plus sur les mines, mais veut s'en servir

Mise à jour le 11/05/2017 à 11h06 Publié le 11/05/2017 à 09h16 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Economie
alpha condé

#Guinée : Alpha Condé a lancé mardi, à Conakry, les travaux du 5e Symposium Mines Guinée auquel participent plus de 500 acteurs miniers venus de 38 pays. Ce rendez-vous international sur les mines guinéennes vise la relance d'un secteur considéré désormais comme une locomotive parmi d'autres.

En lançant les travaux de la 5e édition du "Symposium mines Guinée", mardi 09 mai, le président Alpha Condé a d'abord rectifié le thème. Pour lui, le thème choisi, "Secteur minier, levier de transformation de l'économie nationale au profit de tous les acteurs" ne convient pas.

Il a réitéré que son pays ne peut pas compter sur les mines, alors que celles-ci sont considérées comme un atout pour le développement de son pays, qualifié de "scandale miner", et représentent 20 à 25% de ses recettes publiques.

Alpha Condé a ses raisons. Son pays n'étant pas décideur des prix des matières premières, il croit qu'il vaut mieux compter sur l'agriculture. "Nous ne sommes pas maîtres des prix des matières premières... Le levier principal du développement de la Guinée c'est l'agro-industrie", a indiqué le président Alpha Condé. Il estime qu'on aurait pu choisir comme thème: "Le secteur minier, un des leviers de transformation de l'économie nationale".
 

Financer les leviers 


Pour autant, le président guinéen n'a tout de même pas renoncé aux mines. Il voudrait que celles-ci servent plutôt à financer les "vrais" leviers de l'économie guinéenne. Il s'agit surtout de ce qu'il appelle "les secteurs économiques" dont l'agriculture, l'industrie, le tourisme...


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Pour y arriver, le secteur minier doit être assaini. D'où les réformes qui ont conduit à l'adoption d'un nouveau code minier, mais aussi à la modification du cadastre minier.

Déjà, ces réformes ont permis au pouvoir d'Alpha Condé de récupérer plusieurs permis miniers qui ne profiteraient pas au pays. "En Guinée, lorsque vous avez un permis obtenu par corruption, le code prévoit que ce permis soit annulé. Ce que nous avons fait pour Simandou I et II, même si cela nous a coûté très cher dans la bataille", a indiqué Alpha Condé. En tout, le président guinéen dit avoir récupéré 800 permis. "Des gens prenaient les permis pour les mettre à la bourse", a déploré Alpha Condé.


Un pays transformateur de minerais


Au-delà de la révision des contrats miniers, Alpha Condé veut privilégier la transformation locale pour permettre à son pays de devenir à la fois exportateur d'alumine et d'aluminium. "Nous félicitons Rusal qui va reprendre l'année prochaine son usine d'alumine de Fria. Et nous souhaitons que tous ceux qui exploitent la bauxite en Guinée soient obligés de construire une usine d'alumine. On ne peut pas être seulement fournisseurs de bauxite et qu'il n'y ait pas de plus-value", a lancé Alpha Condé a l'endroit des sociétés minières.

Toutefois, la politique minière vantée par Alpha Condé n'est pas irréprochable. Avec ses exigences, le gouvernement guinéen s'est mis à dos plusieurs compagnies minières qui ont soit quitté le pays, soit déclenché des procès contre l'Etat. Quelques compagnies, notamment asiatiques, ont remplacé les partants. Mais aucune d'elles n'est encore à la phase de l'exploitation, et des soupçons de corruption pèsent sur certains contrats.


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En dépit de ce climat confus, le gouvernement donne l'espoir que l'exploitation minière sera bientôt responsable et profitable au peuple de Guinée. En attendant que les différentes promesses se concrétisent, les mines guinéennes restent largement sous-exploitées. La Guinée n'est que le cinquième producteur mondial de bauxite alors que son sous-sol renferme 25 milliards de tonnes de réserves, selon plusieurs sources.


Améliorer la réforme


Le président guinéen semble lui-même être conscient des insuffisances de sa réforme. Il a donc appelé les experts et chercheurs venus d'ailleurs à un dialogue franc avec les Guinéens. Alpha Condé s'attend à des conclusions pouvant permettre d'améliorer les infrastructures géologiques et physiques, une meilleure prise en charge des enjeux environnementaux et sociaux. "Il y a encore des insuffisances tant dans la préservation de l'environnement que dans le contenu local", a indiqué Alpha Condé. Dans la foulée, le président guinéen a invité les sociétés minières au respect de l'environnement et du code minier.
Le 11/05/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou