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Guinée: fermeture d'unités de productions d'eau en sachet

Mise à jour le 25/05/2017 à 12h19 Publié le 25/05/2017 à 12h15 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
eau en sachets
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#Guinée : Le gouvernement guinéen a longtemps menacé de mettre de l'ordre dans le secteur d'eau en sachet qui connaît une prolifération inquiétante d'unités de production. L'opération "nettoyage" est peut-être désormais lancée avec la fermeture de deux entreprises de distillerie à N'Zérékoré, au Sud du pays.

En procédant à la fermeture des deux unités de production d'eau en sachet, le ministre de l'Industrie et des PME, Boubacar Barry, souhaite mettre de l'ordre dans un secteur où la pagaille semble être la règle. D'ailleurs, pour justifier ces fermtures, il avance que les deux unités ne répondent pas aux normes requises. «Il y a énormément d’anomalies. Nous avons fait des analyses au niveau des laboratoires et nous nous sommes rendus compte que les composants qui sont dans les produits sont 35 fois supérieurs à la norme, ce qui fait que ces produits sont hyper toxiques à la consommation», a expliqué le ministre, suite aux analyses effectuées sur les produits des deux unités qui produisaient également des eaux-de-vie.

En tous les cas, c'est la toute première fois qu'une telle décision de fermer des unités de production d'eau en sachet est prise par le ministère de tutelle.

Il faut dire que dans ce secteur, les unités poussent comme des champgnons. En 2016, l'Office national de contrôle de qualité avait répertorié 273 unités d'exploitation de ces eaux communément qualifiées de minérales. L'office était surtout offusqué de constater que seulement une vingtaine de ces unités respectaient les normes, notamment sanitaires.


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Face à ce rapport, le ministre du Commerce, Marc Yombouno avait promis d'agir pour mettre fin au laisser-aller dans le secteur. Il avait commencé par rencontrer en juin 2016 les acteurs du secteur sans qu'aucune mesure ne soit prise. Pendant ce temps, le marché continuait d'enregistrer de nouveaux entrants.

A N'Zérékoré où le ministre a procédé à la fermeture des deux unités de production d'eau en sachet, on en dénombre une dizaine. Mais c'est à Conakry et dans ses environs, ainsi qu'à Kankan (deuxième ville de la Guinée), que ces unités pulluleraient beaucoup plus.

Et dans toutes les grandes villes du pays, ces eaux sont partout commercialisées et dans les rues les marchands ambulants en vendent.

Et cette prolifération suscite des questions par rapport à la qualité de ses eaux accessibles à partir de 500 francs guinéens (0,05 euro).

«Elles ont en commun d'être soit embouteillées, soit mises en sachet, mais elles ne sont pas toutes des eaux minérales comme on les présente. Il y a des eaux de sources, des eaux de tables et des eaux minérales», préciseFlorentin Lamah, un laborantin. Alors, ajoute-t-il, "toutes ces eaux ne peuvent pas être de la même qualité, parce qu'elles ne subissent pas les mêmes traitements".


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Bénéficiant d'un manque de contrôle sérieux, le marché est juteux et attire davantage d'entrepreneurs. Mais tous ne seraient pas de bonne foi. Et c'est là le danger pour la population. «Au lieu d’utiliser des forages, certains utilisent des pompes. Cela est une escroquerie économique... Et il ne s’agit pas seulement d’avoir le forage, il y a une distance règlementaire qui doit exister entre le forage et les latrines», confiait récemment au site Guineenews, Oua Dopavogui, directeur préfectoral du Commerce, de l’industrie et des PME de N’Zérékoré.

Il n'y a pas que l'utilisation des pompes à la place des forages, le hic se situe aussi au niveau de l'emballage et de l'étiquetage, à en croire aux autorités en charge du contrôle des aliments. «Nous avons constaté que certains n'utilisent pas les sachets alimentaires. Ce qui est dangereux!», déplore Mariama Barry, directrice de l'Office national de contrôle de qualité.

La question sur la qualité des eaux en sachet produites en Guinée avait été lancée en 2012 par la société américaine Fluor, qui dans une note d'information adressée à ses travailleurs leur interdisait les marques d'eau minérale Crystal et Mitty jugées «impropres» à la consommation.

L'Etat ne s'était pas intéressé aux débats suscités par la fuite de la note d'information de Fluor, et la société américaine avait été condamnée par un tribunal de Conakry à la réparation des dommages causés aux deux sociétés de production d'eau minérale. 
Le 25/05/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

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