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5G: un déploiement prometteur en Afrique, mais...

Mise à jour le 05/07/2022 à 17h29 Publié le 05/07/2022 à 17h18 Par Moussa Diop

#Economie
5G
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#Maroc : La 5G se développe timidement en Afrique, où ses aînées 2G, 3G et 4G cohabitent encore. Si les avantages de la 5G sont nombreux, certains pays et opérateurs jugent que le continent n'est pas outillé pour en tirer pleinement profit et préfèrent patienter.

Alors que la Chine se penche déjà sur la 6G, en Afrique, ce sont les technologies 2G et 3G et qui sont encore dominantes au moment où de nombreux opérateurs entament la migration de leurs abonnés vers la 4G, ou vers la 4G+ pour les pays les plus avancés. C’est dire que le gap numérique est énorme entre les pays où la technologie 5G est totalement déployée (Chine, Etats-Unis et Corée du Sud) et les pays de l'Afrique, qui n’est d'ailleurs pas le seul continent en retard sur le déploiement de la 5G.

Selon de nombreuses études, il faudrait atteindre en moyenne 2027 pour voir la majorité des pays connectés à la 5G. Mais déjà, cette technologie se développe rapidement dans le monde. Selon GSMA, à fin 2021, 176 opérateurs mobiles sur 70 marchés dans le monde avaient déjà lancé des services 5G commerciaux. Parmi ces marchés, une poignée d'africains, à commencer par l’Afrique du Sud, premier pays à avoir lancé la 5G au niveau du continent en août 2018. Ensuite, Madagascar s’est équipée de cette technologie dès juin 2020, bien avant des pays plus développés, même si ce déploiement reste cantonné à quelques villes, dont la capitale Antananarivo et Tamatave (ville portuaire). Avec la 5G, Madagascar se positionne pour être attractif et attirer des investissements dans de nouveaux secteurs d’activité comme les call centers, les BPO, etc., et ainsi concurrencer des pays comme Maurice qui captent les activités de call centers avec une main d’œuvre essentiellement malgache.

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Puis la liste s'est agrandie petit à petit, incluant désormais le Kenya, les Seychelles, le Togo, le Zimbabwe ou encore le Nigeria. Dans d’autres pays comme le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, entre autres, on se prépare activement au déploiement de cette technologie, tout en jugeant que la 4G et la 4G+ sont pour le moment suffisants pour répondre aux besoins des abonnés. La 5G est également en phase pilote dans de nombreux autres pays (Mali, Ethiopie, Maurice…). En bref, la 5G est encore au stade des balbutiements au niveau de l'Afrique. Même son déploiement commercial dans certains pays est à relativiser, sachant que celui-ci se limite très souvent à l’échelle de certaines grandes villes et/ou de quelques quartiers d’affaires.

Néanmoins, tout semble indiquer que le déploiement de cette technologie devrait s’accélérer dans les années à venir en Afrique avec la mise en place des datacenters et des câbles sous-marins posés au fond des océans par les opérateurs télécoms et les géants de l’Internet. En plus, les pays africains sont de plus en plus engagés dans leur transition numérique et la couverture de leur territoire avec le haut débit est devenu un enjeu fondamental de développement. Et selon les projections du géant chinois Huawei, «les pays africains vont commencer à accorder des licences de spectre de 5G à partir des années 2022, 2023 et 2024».

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C’est vrai que pour certains pays du continent, la 5G est devenue une priorité du fait qu’elle leur permet de faire un saut technologique et présente relativement de nombreux avantages. D’abord, avec la 5G, les pays africains misent sur le haut débit sans avoir à déployer une infrastructure filaire lourde et coûteuse. De plus, globalement, la 5G est 10 fois plus rapide que la 4G. A titre d’illustration, s’il faut plus de 3 minutes pour télécharger un film HD (environ 4 Go) et 15 secondes pour un album MP3, il faut seulement 10 seconde pour télécharger le même film HD et 3 secondes pour l’album. De même, le temps de latence, qui est de 10 ms pour la 4G, n’est plus que de 1 ms pour la 5G. De plus, avec la 5G, la connexion est plus stable et on enregistre moins de coupures et de blocages. Du coup, la qualité des appels vidéo est beaucoup meilleure, et ce, grâce à l’utilisation de la bande de fréquence 3,5 GHz qui est bien moins encombrée et permet d’atteindre des débits plus rapides.

Outre la rapidité de la connexion, la 5G permet des usages différents grâce à des smartphones et applications mobiles intégrant la réalité augmentée. Ainsi, les débits ultrarapides vont permettre aux applications de simulation de se multiplier. De même, la technologie 5G va permettre d’utiliser la réalité virtuelle en mobilité.

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Par ailleurs, la 5G, en améliorant la vitesse de transmission des données, va contribuer au boom des objets connectés (chauffage, réfrigérateur, machine à café…) et au développement de nouveaux objets intelligents. En plus, au niveau industriel, la 5G devrait moderniser les activités avec le pilotage à distance des lignes de production et accroître considérablement la productivité industrielle. Cette technologie va aussi contribuer à révolutionner le secteur de la santé grâce à la télémédecine, qui va connaître une véritable révolution, et le suivi en temps réel des patients hospitalisés à domicile, ainsi que celui des transports avec l’émergence des véhicules autonomes et des capteurs afin de mieux gérer le trafic routier, le développement de l’agriculture connectée (tracteur connecté pilotable à distance, analyse de la production et des risques potentiels…).

Bref, si les avantages de la 5G sont indéniables, pour les pays africains, hormis le fait de disposer de débits mobiles élevés, les technologies et les marchés de nombreux pays africains ne sont pas encore matures pour tirer tous les avantages qu’offre cette technologie, notamment au niveau industriel.

En plus, la problématique d’accès à l’électricité (taux d’électrification moyen de 55%), sachant que les antennes de la 5G consomment 3,5 fois plus d’énergie que les antennes des générations précédentes, et la nécessité de disposer d’infrastructures de stockage de données performantes (datacenters) figurent parmi les obstacles au développement de le 5G en Afrique. A cela s’ajoute la nécessité à ce que les clients disposent des terminaux de dernière génération compatibles avec la 5G et qui coûtent encore chers. Autant d’obstacles au déploiement rapide et rentable de la technologie en Afrique.

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Ainsi, pour certains pays, la 5G reste très coûteuse et ne répond, surtout, pas forcément aux besoins du plus grand nombre. C’est le cas au Kenya où Safaricom a repoussé ses projets 5G à plus tard. Idem pour Orange en Afrique de l’Ouest. Outre le coût des équipements, les opérateurs estiment aussi que les abonnements à la 5G seront forcément plus onéreux et le nombre de clients sera par conséquent faible.

Toutefois, la 5G séduit les professionnels de nombreux secteurs (industrie, banque…). Dans des pays comme le Maroc, l’Afrique du Sud et l’Egypte, certains secteurs industriels (aéronautique, automobile, santé…), parmi les plus développés du continent, pourraient être demandeurs de la 5G. Partant, pour ne pas rater le virage numérique, les opérateurs télécoms basculent rapidement vers la 5G.

Des géants comme Vodacom, Orange, MTN, Airtel ou encore Moov sont en tête de file de ce mouvement. Et face aux coûts importants et des infrastructures spécifiques nécessaires au développement de la 5G, ces opérateurs s’associent et collaborent avec des fournisseurs internationaux sur fond de rivalité entre les entreprises occidentales (Ericsson, Nokia…) et chinoises (Huawei et ZTE notamment) qui ont pris une longueur d’avance. Il faut dire qu’au-delà de la guerre de l’information et même économique entre l’Occident et la Chine, le contrôle de la 5G offre un avantage indéniable en ce sens qu’il permet de contrôler des données, y compris à caractère sensible, surtout dans un environnement marqué par la montée en puissance de l’Internet des objets et de l’intelligence artificielle.

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AInsi, pour contrer la domination assurée de la Chine sur la 5G africaine, en juin 2020, l’équipementier européen Ericsson a signé un accord avec l’Union africaine des télécommunications (UAT) visant le déploiement du haut débit sur le continent, se positionnant comme le partenaire privilégié de plus de 25 pays dans le déploiement de la 5G. Une année après, le géant chinois Huawei, leader mondial de la 5G, réagissait en signant aussi un accord de partenariat avec l’UAT. Huawei a des projets pilotes dans de nombreux pays, dont le Maroc, la Tunisie, le Sénégal et le Mali. Et le géant chinois est assuré de damer le pion à ses rivaux occidentaux du fait qu’il fournit déjà environ 70% du réseau 4G sur le continent.
Le 05/07/2022 Par Moussa Diop