Mauritanie: 10% des citoyens privés d’accès aux documents d’état civil

DR

Le 20/11/2020 à 08h38, mis à jour le 20/11/2020 à 08h40

Suite à un grave conflit interethnique ayant fait des centaines de victimes entre la Mauritanie et le Sénégal, déclenché en avril 1989, plusieurs dizaines de milliers de Mauritaniens originaires de la vallée du fleuve ont été expulsés vers le Sénégal. Ils sont dépourvus d'état civil.

Jusqu'à 10% de la population mauritanienne n'a pas accès aux documents d'Etat civil, selon les données récentes de la Banque mondiale.

Conséquence de la situation de non-enregistrement à l’état civil, «ces populations rencontrent des problèmes d’accès à l’éducation suite à l’ouverture en mai 2011, d’un registre de la population, qu’une nouvelle loi a placé sous l’autorité de l’Agence nationale du registre des populations et des titres sécurisés (ANRPTS)».

Dans le souci de résoudre ce problème, le gouvernement a mis sur pied un comité national fin 2017. Celui-ci a théoriquement commencé son travail dans les 4 régions les plus touchées par le phénomène. Ce comité est présidé par Thiam Diombar, un conseiller du président de la République, ancien ministre des Finances sous le régime de Mohamed ould Abdel Aziz.

Presque au point mort depuis sa mise sur pied, il devrait incessamment prendre du service et donner un contenu concret à sa mission.

Car, le président Mohamed Cheikh El Ghazouani, qui tenait une réunion avec les cadres en marge d’une visite à Kaédi (430 kilomètres au sud-est de Nouakchott) en début de semaine, a engagé l’administration «à régler rapidement les problèmes d’accès à l’Etat Civil, en se mettant au travail tout de suite».

Ces opérations vont commencer par Kaédi, ville dans laquelle Thiam Diombar va élire son quartier général à partir du lundi 22 novembre, souffle une source bien informée. Immense tâche, car dans cette région, on retrouve l’illustration parfaite des difficultés d’accès aux documents d’état civil, à travers les chiffres d’une commune d’un peu plus de 11.000 habitants, parmi lesquels près de 2700 individus courent encore derrière l’enrôlement (un ratio au-dessus de la moyenne évoqué par le rapport de la Banque mondiale).

«Après le discours du chef de l’Etat, l’administration semble désormais prendre le problème par le bon bout», témoigne un maire sur place.

L’état civil est un droit universel qui consacre l’existence de toute personne au plan juridique. Il s’agit ainsi «d’un élément clé permettant d’établir les droits et les privilèges essentiels, qui garantit aux individus la reconnaissance de leur identité légale» et facilite l’élaboration des indicateurs de santé sur les populations. 

C'est un outil d’une importance capitale pour les projets de développement relatifs aux questions de santé et populations. Une importance en dépit de laquelle une frange représentant 10% des Mauritaniens n’a pas été enregistrée à travers des actes d’état civil, selon un rapport de la Banque mondiale(BM), largement relayé par la presse locale.

Ce problème affecte particulièrement «la population la plus vulnérable, notamment ceux qui ont été historiquement démunis et certains non-Arabes, revenant de déportation, mais pas enregistrés auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés».

Par Amadou Seck (Nouakchott, correspondance)
Le 20/11/2020 à 08h38, mis à jour le 20/11/2020 à 08h40