Éthiopie: des troupes érythréennes se déploient dans le nord du Tigré

L'armée éthiopienne.

Le 07/10/2026 à 20h25

Des troupes érythréennes se sont déployées ces derniers jours dans la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, et des forces éthiopiennes se dirigent vers elles, ont indiqué mercredi des sources concordantes, faisant craindre qu’un conflit interne se transforme en une guerre régionale plus vaste.

Après des mois de tensions, les hostilités ont repris le 23 septembre dans le nord de l’Éthiopie entre l’armée éthiopienne et des groupes opposés au gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed, dont les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation politique qui dirigeait de fait l’État régional éponyme depuis avril et défiait l’autorité fédérale.

Samedi, l’armée éthiopienne et la Force de paix du Tigré (TPF), milice tigréenne alliée au gouvernement fédéral, ont repris sans combats Mekele, la capitale du Tigré, qui avait été évacuée par le TPLF.

L’Ethiopie accuse l’Érythrée de soutenir le TPLF, sur fond de rivalités régionales, autour notamment de la mer Rouge.

Un commandant des TPF, le général Gebreigziabher Beyene, a indiqué mercredi à l’AFP que les troupes progouvernementales éthiopiennes étaient désormais positionnées vers Wukro, à 50 km au nord de Mekele et à 70 km au sud d’Adigrat, sur la route menant vers l’Érythrée.

Mercredi, un responsable local et des habitants ont fait état de la présence ces derniers jours de troupes érythréennes à Adigrat, ville située à environ 40 km de route au sud de la frontière de l’Érythrée. Certaines de ces troupes ont pris la route du sud menant à Wukro et Mekele, selon ces sources.

«Profondeur stratégique»

«Il y a des soldats érythréens à Adigrat ces quatre derniers jours, la population est très inquiète», a déclaré par téléphone un responsable local à l’AFP.

«Des troupes érythréennes (...) se dirigent vers Idaga Hamus», à une vingtaine de kilomètres au sud-est d’Adigrat, sur la route reliant Mekele à la frontière érythréenne, a rapporté un habitant joint par l’AFP. «Elles passent» à travers Adigrat «avec de l’armement lourd», selon lui.

Les troupes érythréennes et éthiopiennes semblent être à moins de 100 km les unes des autres.

Les tensions déjà vives se sont accentuées le 1er octobre entre les deux voisins: l’Éthiopie a accusé l’Érythrée «d’actes d’hostilités et de belligérance», entraînant la rupture des relations diplomatiques rétablies en 2018 seulement, après deux années de guerre à grande échelle (1998-2000) suivies de 18 ans de relations glaciales.

Armement lourd

Le général Gebreigziabher des TPF a également fait état de troupes érythréennes «équipées d’armement lourd» et «ayant avancé jusqu’à Idaga Hamus», ajoutant que des drones éthiopiens intervenaient contre ces unités.

Sollicité par l’AFP, les gouvernements éthiopien et érythréen n’ont pas répondu.

Sans explicitement démentir la présence de troupes érythréennes dans le nord du Tigré, le ministre érythréen de l’Information Yemane Gebremeskel a déclaré sur X que «l’objectif fondamental» du gouvernement éthiopien était de «créer un narratif fallacieux de ”légitime défense” pour justifier et camoufler» la «guerre d’agression» qu’il entend mener contre l’Érythrée.

Selon ACLED, une ONG analysant les conflits, les troupes érythréennes ont franchi la frontière à Zelambesa mercredi. Elle explique également que les forces rebelles tigréennes sont «fortement présentes» autour de Wukro, ville située sur la même route menant à Mekele.

«Les forces érythréennes sont entrées dans la guerre au Tigré pour empêcher le gouvernement éthiopien et ses alliés d’atteindre la frontière et de potentiellement combattre sur le territoire érythréen», estime ACLED dans une note d’information.

Des drones ont aussi frappé d’autres cibles au Tigré ces derniers jours, notamment au cours du week-end à Adwa, à environ 45 km de la frontière érythréenne. Selon un habitant d’Adwa, deux hôtels ont été touchés, faisant plusieurs morts, informations qui n’ont pu être vérifiées de façon indépendante par l’AFP.

Les forces progouvernementales éthiopiennes ont par ailleurs avancé à l’ouest de Mekele et se sont emparées, après des combats mardi, de la localité d’Abiy Addi, à une centaine de kilomètres au sud de celle d’Adwa, sur un autre axe menant à la frontière érythréenne, selon le général Gebreigziabher.

Reconduit lundi à la tête du gouvernement éthiopien par le Parlement élu en juin, qui est contrôlé à 90% par son Parti de la prospérité (PP), le Premier ministre Abiy Ahmed a réitéré la nécessité de garantir à l’Éthiopie un accès à la mer Rouge, dont l’a privée l’indépendance en 1993 de l’Érythrée, ancienne colonie italienne progressivement annexée par l’Éthiopie dans les années 1950.

Plusieurs pays, dont la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, ont conseillé à leurs ressortissants d’éviter de se rendre dans le nord de l’Éthiopie.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 07/10/2026 à 20h25