Partenariat militaire avec les États-Unis: ce que gagne la Côte d’Ivoire en rejoignant ces 20 pays africains

La Côte d'Ivoire devient le 21e pays africain à rejoindre le Programme de Partenariat d’État (State Partnership Program – SPP) du département de la Défense des États-Unis, le 13 janvier 2026.

Le 15/01/2026 à 13h09

L’adhésion récente de la Côte d’Ivoire au State Partnership Programme du département de la Défense des États-Unis est bien plus qu’un accord militaire bilatéral. C’est un signal fort de son ambition sécuritaire régionale et de la confiance que lui accordent les États-Unis comme pilier de stabilité en Afrique de l’Ouest.

La Côte d’Ivoire confirme son rôle stratégique croissant en matière de défense ouest-africaine par deux initiatives conjointes avec les États-Unis. Premièrement, une délégation du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) a mené, du 1er au 4 décembre 2025, une mission technique approfondie pour moderniser la logistique des Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) (Armée de terre, Air, Marine, Forces Spéciales).

Deuxièmement, le pays devient le 21e pays africain à rejoindre le Programme de Partenariat d’État (State Partnership Program – SPP) du département de la Défense des États-Unis. Une adhésion officielle, scellée le 13 janvier 2026 avec la Garde nationale de Pennsylvanie, qui marque un tournant significatif dans l’architecture sécuritaire ouest-africaine, renforçant l’ancrage stratégique d’Abidjan auprès des partenaires occidentaux dans un contexte régional en recomposition (velléités de la Russie dans la sous-région, fermeture de camps de l’armée française, instabilité politique dans plusieurs États voisins).

C’est dire que l’événement place la Côte d’Ivoire dans un cercle restreint de nations africaines bénéficiant de ce dispositif clé, révèle à la fois de son ascension régionale et des défis sécuritaires persistants.

Le State Partnership Programme, comme défini par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), est un outil clé de coopération en matière de sécurité. «Il favorise les relations durables pour renforcer la sécurité mondiale, la compréhension mutuelle et la coopération», fait valoir AFRICOM.

Géré par la Garde nationale américaine et exécuté par les commandements régionaux comme l’AFRICOM, ce partenariat crée des liens pérennes entre les forces d’un État américain en l’occurrence celui du Pennsylvanie et celles d’un pays partenaire. Selon le ministre d’État, cette adhésion permettra aux Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) de bénéficier d’un accompagnement structuré, d’un partage d’expertise et d’une interopérabilité accrue avec les forces américaines. Par-dessus tout, ce programme offre à la Côte d’Ivoire un accès privilégié à la fourniture d’équipements américains, accélérant sa transformation militaire.

En Afrique, ce programme, qui compte désormais 21 partenariats (incluant la Côte d’Ivoire), repose sur des efforts soutenus impliquant des centaines d’événements et des milliers de personnels ces cinq dernières années.

La Côte d’Ivoire rejoint un groupe distinct de nations africaines sélectionnées pour des partenariats bilatéraux formalisés avec des États américains spécifiques, selon la liste exhaustive fournie par l’AFRICOM. Ce groupe est constitué du Bénin, partenaire de la Garde nationale du Dakota du Nord depuis 2014; du Botswana, lié à la Garde nationale de Caroline du Nord depuis 2008; du Burkina Faso, en partenariat avec la Garde nationale du District de Columbia depuis 2018; et du Cabo Verde, associé à la Garde nationale du New Hampshire depuis 2021.

La liste se poursuit avec Djibouti, partenaire de la Garde nationale du Kentucky depuis 2015; le Gabon, récemment lié à la Garde nationale de Virginie-Occidentale depuis 2024 ; et le Ghana, dont le partenariat avec la Garde nationale du Dakota du Nord remonte à 2004. Le Kenya est engagé avec la Garde nationale du Massachusetts depuis 2015, tandis que le Libéria est partenaire de la Garde nationale du Michigan depuis 2009.

Le Malawi, le Maroc et le Niger complètent cet ensemble, étant respectivement partenaires de la Garde nationale de Caroline du Nord depuis 2024, de la Garde nationale de l’Utah depuis 2003, et de la Garde nationale de l’Indiana depuis 2017. Viennent ensuite le Nigeria, en partenariat avec la Garde nationale de Californie depuis 2006 ; le Rwanda, associé à la Garde nationale du Nebraska depuis 2019 ; et le Sénégal, lié à la Garde nationale du Vermont depuis 2008. La Sierra Leone, l’Afrique du Sud et le Togo font également partie de ce cercle, avec des partenariats remontant à 2024 pour la Sierra Leone (Garde nationale du Michigan), à 2003 pour l’Afrique du Sud (Garde nationale de New York), et à 2014 pour le Togo (Garde nationale du Dakota du Nord). Enfin, la Tunisie et la Zambie clôturent cette liste, étant partenaires de la Garde nationale du Wyoming depuis 2004 et de la Garde nationale de Caroline du Nord depuis 2024.

Les 21 pays africains participant au SPP

Pays AfricainPartenaire US (Garde Nationale)Année
MarocUtah2003
Afrique du SudNew York2003
TunisieWyoming2004
GhanaDakota du Nord2004
NigeriaCalifornie2006
BotswanaCaroline du Nord2008
SénégalVermont2008
LibériaMichigan2009
BéninDakota du Nord2014
TogoDakota du Nord2014
KenyaMassachusetts2015
DjiboutiKentucky2015
NigerIndiana2017
Burkina Fasodistrict fédéral de Columbia2018
RwandaNebraska2019
Cabo VerdeNew Hampshire2021
GabonVirginie-Occidentale2024
MalawiCaroline du Nord2024
Sierra LeoneMichigan2024
ZambieCaroline du Nord2024
Côte d’IvoirePennsylvanie2026

Source: AFRICOM.

Pourquoi la Côte d’Ivoire ?

Disons que l’adhésion ivoirienne n’est pas fortuite mais s’inscrit dans une dynamique régionale complexe et répond à des objectifs précis des deux parties. Le gouvernement ivoirien affiche clairement sa volonté de modernisation et de professionnalisation des Forces armées ivoiriennes. Le ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, souligne que le SPP permettra aux FACI de «bénéficier d’un accompagnement structuré, d’un partage d’expertise et d’une interopérabilité accrue avec les forces américaines». Cet objectif est tangible, comme en témoigne la visite d’une délégation de logistique de l’AFRICOM du 1er au 4 décembre 2025, spécifiquement destinée à faire progresser les capacités de logistique et de formation des FACI.

Leur travail, guidé par le modèle Assess, Advise, Advocate, and Integrate (A3I) de l’AFRICOM, vise à améliorer l’efficacité opérationnelle globale des FACI en identifiant des lacunes critiques et en proposant des solutions concrètes. Le général major Aly Dem, chef adjoint de la défense des FACI, insiste sur «le besoin critique d’une chaîne logistique moderne et robuste» pour soutenir la modernisation et les nouvelles acquisitions d’équipements.

Pour leur part, les États-Unis voient en la Côte d’Ivoire un partenaire potentiellement pivot en Afrique de l’Ouest, une région confrontée à l’expansion de l’instabilité du Sahel vers les zones côtières. Le colonel des Marines Brett Bohne, chef de division à l’AFRICOM, précise que les solutions proposées visent à «transformer la Côte d’Ivoire en une force plus opérationnellement capable, et un exportateur clé de sécurité régionale». Une vision qui s’aligne sur la stratégie américaine globale en Afrique, réaffirmée par le général Dagvin Anderson, commandant de l’AFRICOM, lors de sa tournée en Afrique de l’Est en décembre 2025: «alors que nous sommes confrontés à des menaces de sécurité croissantes, y compris la montée des activités terroristes en Afrique de l’Est, au Sahel et dans les régions côtières d’Afrique de l’Ouest, les efforts collectifs sont plus importants que jamais». L’objectif affiché est de développer la capacité des partenaires africains à gérer leurs propres défis sécuritaires et à contribuer à la stabilité régionale, soulignant ainsi la charge des interventions directes. Comme le fait valoir le nouveau Command Sergent Major de l’AFRICOM, Garric Banfield, «la stabilité vient de partenariats solides. AFRICOM s’engage à protéger les intérêts de sécurité partagés, le respect de la souveraineté et à permettre l’indépendance opérationnelle de ses partenaires africains».

Quand on sait que la menace terroriste, particulièrement dans l’arc sahélien et côtier ouest-africain, préoccupe les États-Unis, le SPP avec la Côte d’Ivoire est le bienvenu pour renforcer la résilience d’un État côtier face à la contagion. Le renforcement des capacités opérationnelles, la formation et la coopération en matière de sécurité et de défense évoqué par le ministre ivoirien de la défense contribue directement à cet objectif.

Ainsi, l‘adhésion au SPP couronne des années de coopération militaire croissante, comme en attestent les visites de haut niveau et la reconnaissance par le ministre ivoirien de la Défense de la contribution significative de l’ambassadrice américaine sortante, Jessica Davis Ba, au renforcement de la coopération militaire. C’est un moyen de donner une structure durable et prévisible à cette relation.

Le défi pour la Côte d’Ivoire sera de traduire efficacement ce partenariat en capacités opérationnelles tangibles et autonomes, comme souhaité par les États-Unis.

Pour les États-Unis, ce 21ème partenariat en Afrique renforce leur réseau d’influence et leur capacité à façonner les architectures de sécurité régionales par la coopération, en ligne avec leur priorité de partage du fardeau et de priorités de sécurité alignées. Il s’agit d’une approche à long terme pour contrer l’influence d’autres acteurs, notamment Russes et chinois, et lutter contre les menaces transnationales à la source, contribuant ainsi à la protection des intérêts américains. Le succès de ce partenariat sera jugé à l’aune de sa capacité à produire une force ivoirienne plus efficace et autonome, véritablement capable de jouer ce rôle d’exportateur de sécurité régionale.

Par Modeste Kouamé
Le 15/01/2026 à 13h09