Sénégal: le gouvernement va soumettre un projet de loi visant à «durcir les peines» pour homosexualité

Les homosexuels ivoiriens face au rejet de la société.

Le 19/02/2026 à 12h28

VidéoLe gouvernement sénégalais va soumettre aux députés un projet de loi visant à «durcir les peines» réprimant les relations homosexuelles alors que le pays est agité par deux affaires distinctes d’homosexualité et de pédocriminalité présumées qui ont conduit à une série d’arrestations.

Dans un court communiqué, le gouvernement annonce avoir «examiné et adopté» mercredi soir en Conseil des ministres un projet de loi modifiant l’article 319 du code pénal «avec précision de la définition des actes contre nature, durcissement des peines et intégration de l’apologie et du financement de ces types d’actes dans les sanctions».

L’article 319 du code pénal concerne «tout attentat à la pudeur consommé ou tenté» sur enfants de moins de 13 ans, actuellement punis de deux à cinq ans de prison.

Cet article concerne également les actes dits «contre nature avec un individu de son sexe», actuellement réprimés d’un à cinq ans d’emprisonnement.

Ce projet de loi doit désormais être déposé et débattu à l’Assemblée nationale.

Interrogées jeudi matin par l’AFP, les autorités n’ont pas souhaité préciser dans quelle mesure les peines seraient alourdies.

La gendarmerie sénégalaise a annoncé le 7 février l’arrestation de douze hommes, dont deux célébrités locales, accusées notamment «d’actes contre nature». Plusieurs des personnes interpellées ont été testées séropositives et sont accusées par les autorités sénégalaises de «transmission volontaire du VIH-sida par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui».

Par ailleurs, dans une affaire distincte, la police sénégalaise a annoncé avoir démantelé un groupe international de pédocriminalité entre le Sénégal et la France et arrêté début février à Dakar 14 personnes accusées notamment de «pédophilie en bande organisée».

Depuis une dizaine de jours, nombre de médias au Sénégal font leur Une sur ces deux affaires, en faisant souvent l’amalgame entre les deux.

Les réseaux sociaux ont été inondés de messages homophobes et d’appels à la délation de personnes présumées homosexuelles.

Mercredi, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a dénoncé l’arrestation des douze personnes pour homosexualité présumée «en vertu de lois anti-LGBT sévères» et réclame au gouvernement leur libération. Ces arrestations «ravive (nt) les inquiétudes concernant la criminalisation des relations entre personnes de même sexe et la sécurité des personnes vivant avec le VIH/sida», a déploré HRW.

Ces dernières années, la question de l’homosexualité a régulièrement agité la société sénégalaise. L’homosexualité y est aussi souvent décriée comme un instrument employé par les Occidentaux pour imposer des valeurs prétendument étrangères à la culture du pays.

Plusieurs manifestations à l’appel d’associations religieuses ont eu lieu ces dernières années au Sénégal pour demander le durcissement des peines encourues.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 19/02/2026 à 12h28