Karim Wade libre

Karim Wade.
Karim Wade. . DR
Le 24/06/2016 à 09h55, mis à jour le 24/06/2016 à 10h11

Après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle, avec deux de ses co-accusés, Karim Wade a été libéré cette nuit. Cependant, l’ex-ministre d’Etat et fils de l’ancien président Abdoulaye Wade devra payer jusqu’au dernier centime les 208 millions d’euros que la justice lui reproche d’avoir détourné.

La nouvelle était attendue depuis quelques jours. Karim Wade est enfin libre. Condamné à 6 ans de prison et emprisonné depuis trois ans, le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade est donc sorti de prison cette nuit.C’est par décret présidentiel n°2016-880 du 24 juin 2016, diffusé à 2h 45mn, que la Présidence sénégalaise, dans un communiqué, a confirmé cette libération. Cependant, le décret indique que la grâce présidentielle met fin (seulement) à la peine de prison mais que Karim Wade doit payer jusqu’au dernier centime les 208 millions d’euros qu’il doit à l’Etat.La décision de justice du 23 mars 2016, par laquelle la Cour Suprême avait définitivement reconnu Wade-fils coupable des faits qui lui sont reprochés, et le processus de recouvrement des biens de l’Etat, demeurent donc.Deux des co-accusés de Karim Wade, à savoir Ibrahim Abou Khalil Bourgi dit Bibo Bourgi et Alioune Samba Diassé, ont aussi bénéficié de cette mesure de grâce.La nouvelle de la libération de Karim Wade, qui s’est très vite répandue, a agité toute la nuit la capitale sénégalaise. Alors qu’il était deux heures du matin, des dizaines de partisans de l’ancien ministre d’Etat et candidat déclaré du PDS pour les prochaines élections présidentielles se sont rassemblés devant sa maison au Point E, à Dakar, pour l’accueillir en héros. Mais ils ne verront pas l’ombre de leur «idole». A sa sortie de la prison de Reubess, ce dernier s’est directement rendu à l’aéroport de Dakar, au cœur de la nuit, pour embarquer à bord d’un avion privé vers le Qatar, selon la radio privé dakaroise RFM.Une attitude qui a déçu certains de ses supporters mobilisés depuis de longs mois pour le voir sortir de prison. Pour l’Etat, qui ne souhaitait pas offrir un bain de foule au désormais ex-plus célèbre prisonnier du Sénégal, l’objectif est atteint : une relaxe en douceur.En choisissant aussi la grâce et non l’amnistie, comme le réclamait Karim et ses partisans, Macky Sall a coupé la poire en deux : se débarrasser d’un détenu «politique» devenu encombrant sans trop mécontenter ses alliés au gouvernement.Par la voix de son porte-parole, Samba Sy, le Parti de l’indépendance et du travail (PIT), membre du gouvernement, se dit «pas gêné» par une grâce présidentielle pour Karim Wade. «L’essentiel, c’est de recouvrer les deniers de l’Etat».Pour Me El Hadji Diouf, un des avocats de l’Etat dans ce dossier, après la fin de la procédure judiciaire, il était humain d’accorder la grâce à Karim Wade «qui a perdu son épouse et dont les parents sont très vieux». «Karim Wade est un Sénégalais. Il a rempli les critères – en ayant purgé la moitié de sa peine – pour bénéficier d’une grâce présidentielle à l’image des 4 000 détenus graciés par le président Sall depuis quatre ans», plaide l’avocat. Dans l’autre sens cette fois-ci.

Par Ibrahima Diallo (Dakar, correspondance)
Le 24/06/2016 à 09h55, mis à jour le 24/06/2016 à 10h11