Dakar: derrière les immeubles modernes, la détresse silencieuse des locataires

Le 20/03/2026 à 12h06

VidéoDakar et ses nombreux immeubles donnent l’image d’une ville moderne, dynamique, où les citoyens semblent vivre dans une certaine aisance financière. Mais derrière ces bâtiments de haut standing se cache une réalité bien différente: celle d’une précarité qui touche de nombreux résidents.

Pour Ahmet Ndao, professeur d’anglais, la vie quotidienne est devenue un véritable défi pour une grande partie de la population. «Ce pays est très difficile à vivre pour beaucoup de personnes qui se retrouvent sans travail, ou parfois avec un emploi précaire. La situation est extrêmement compliquée. Les charges sont nombreuses: le loyer, l’eau, l’électricité, sans compter les dépenses quotidiennes. Tout cela devient très lourd à supporter. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il y a aujourd’hui tant de désespoir dans ce pays.»

Après la chute du régime socialiste en 2000, les populations ont manifesté un fort intérêt pour les infrastructures modernes. Les régimes d’Abdoulaye Wade puis de Macky Sall ont d’ailleurs multiplié les grands projets: autoroutes, Train Express Régional (TER), Bus Rapid Transit (BRT). Des réalisations saluées par certains, mais qui, pour d’autres, ne répondent pas aux urgences sociales.

Pour le juriste Abdourahmane Maïga, les priorités auraient dû être ailleurs. «Les Sénégalais sont atrocement fatigués. Ce ne sont ni le BRT, ni le TER, encore moins des stades construits à 150 milliards qui permettront aux Sénégalais de vivre décemment. Le pain coûte cher, le riz coûte cher, et la vie devient extrêmement chère pour les Sénégalais. Je lance donc un appel aux autorités afin qu’elles protègent davantage les couches les plus vulnérables de la population.»

Dans le même temps, le prix des loyers ne cesse de grimper. Dakar, presqu’île déjà fortement urbanisée, manque d’espace alors que la demande en logements reste très forte. Une situation qui attire de nombreux investisseurs dans le secteur immobilier.

Selon Elimane Sall, président de l’Association des Locataires du Sénégal, cette dynamique contribue aussi à la hausse des prix. «Aujourd’hui, de nombreux étrangers ont investi ce secteur, Turcs, Indiens, Marocains, Chinois, mais aussi certains Sénégalais qui ont créé des agences immobilières. Tous ces facteurs font que ce phénomène prend de l’ampleur, d’autant plus que le foncier devient rare et que l’on ne peut désormais construire qu’en hauteur.»

Pour certains observateurs, l’une des grandes réussites du régime socialiste avant l’alternance de 2000 reste l’investissement dans les logements sociaux. Une politique que les régimes suivants avaient également promise, mais qui, selon plusieurs acteurs, n’a jamais été menée à grande échelle.

Bocar Badji, agent municipal, estime pourtant que cette solution reste plus que jamais d’actualité. «L’État devrait peut-être chercher de nouveaux espaces et construire des logements sociaux afin de faciliter la vie des populations. Mais lorsque l’État ne le fait pas, les gens sont obligés de s’entasser dans de petites pièces qu’ils partagent, ou de quitter Dakar pour la banlieue, où ils vivent souvent dans des conditions précaires.»

Entre modernité urbaine et difficultés sociales, Dakar continue de se transformer à grande vitesse. Mais pour de nombreux habitants, la véritable urgence n’est pas la hauteur des immeubles… c’est la possibilité de se loger dignement.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 20/03/2026 à 12h06