Les violences impliquant le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) et l’organisation l’Etat islamique au Sahel (EIS) ont augmenté de 86% entre 2024 et 2025, tandis que le nombre de morts a bondi de 262%, relève Héni Nsaibia, analyste chez l’ONG ACLED, qui recense les victimes de conflits dans le monde.
Longtemps concentrés au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ces groupes jihadistes se sont étendus aux pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest.
«Cette expansion est entrée dans une nouvelle phase, marquée par un enracinement durable et par la transformation des régions frontalières littorales en foyer de violences», explique M. Nsaibia.
Ces groupes sont désormais «enracinés» dans les départements béninois de l’Alibori et du Borgou dans le nord, la région de Dosso dans le sud du Niger, et les Etats nigérians de Sokoto, Kebbi, Niger et Kwara, souligne l’analyste.
Au Bénin, 2025 a été «l’année la plus meurtrière» pour les forces de sécurité, marquée par des attaques de jihadistes venant des voisins nigériens et burkinabè, selon M. Nsaibia.
Au Niger, le JNIM et l’organisation Etat islamique ont mené des opérations jusqu’aux abords de Niamey, dont l’attaque par ce dernier contre l’aéroport de la capitale fin janvier.
Le JNIM a également revendiqué pour la première fois des attaques en territoire nigérian en 2025, dit Héni Nsaibia.
Selon le chercheur, cette escalade des violences s’explique par la «faible présence étatique» dans les zones concernées et par une coopération régionale affaiblie depuis le retrait du Mali, du Burkina et du Niger de l’organisation sous-régionale CEDEAO.
En outre, elle est favorisée par les forêts classées et les parcs du complexe W-Arly-Pendjari, qui s’étend sur les territoires nigérien, burkinabè et béninois et sont des terrains propices au repli des groupes jihadistes pour échapper aux offensives des armées nationales.
Les jihadistes consolident leur présence dans la zone des trois frontières grâce notamment à un recrutement multiethnique, la coopération avec des bandits locaux et le contrôle des routes de contrebande, en particulier celles du carburant reliant le nord du Nigeria aux rives du Niger et du Bénin, note l’étude.
Les frappes américaines menées en décembre dernier dans l’Etat de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria, contre des combattants de l’organisation Etat islamique démontre la volonté de Washington de freiner l’expansion jihadiste vers les côtes ouest-africaines tout en maintenant une présence régionale, analyse Héni Nsaibia.
