Gabon. Les réseaux sociaux suspendus: les étudiants s’adaptent, l’e-commerce cale

Le 08/03/2026 à 09h31

VidéoDepuis le 18 février 2026, le Gabon vit au rythme d’un étrange silence. La Haute Autorité de la Communication (HAC) a suspendu l’accès aux réseaux sociaux, plongeant des milliers d’utilisateurs dans une ère de jeûne numérique forcé. Dans les couloirs de l’Université Omar Bongo à Libreville, ce black-out suscite des réactions contrastées. Reportage.

«Plus de WhatsApp, plus de GPS: nos études en suspens» Devant les amphithéâtres, les visages sont graves. Pour Jack Adang Beka, étudiant en Communication, le constat est amer. «Ce n’est pas facile», souffle-t-il, smartphone en main, comme s’il espérait un sursaut de connexion. «En tant qu’étudiant, on échange des idées, des informations. On prépare aussi des devoirs de groupe. Tout cela se faisait désormais à distance. Aujourd’hui, c’est le retour au silence.»

Un silence qui complique aussi le travail pratique. Bilengou-Bi-Dibaku, étudiante en Agronomie, explique les difficultés rencontrées dans sa filière. «En géographie rurale, on a forcément besoin du GPS. Et quand la connexion est perturbée, c’est vraiment compliqué pour nous.» Pourtant, la jeune femme nuance son propos. «Cette période de silence numérique est partiellement la bienvenue. Parce qu’avant, c’était le désordre total.»

De la classe virtuelle au cours en présentiel

Dans la faculté de Droit, Brice Angoué pointe un autre angle mort de cette coupure: la pédagogie. «Sur WhatsApp, nous avions des groupes de travail avec nos camarades. Mais aujourd’hui, sur la plupart des téléphones, il devient difficile de télécharger les documents envoyés par nos enseignants.» Une rupture dans la chaîne de transmission du savoir que les étudiants tentent de pallier par une présence accrue en cours.

Un avis partagé par Kevin Wora, étudiant en sciences, qui voit dans cette mesure un retour contraint à l’essentiel. «Google ne sert plus à rien. Sur mon téléphone, YouTube, Facebook et TikTok ne fonctionnent plus. La suspension des réseaux sociaux nous oblige à suivre les cours avec assiduité en classe. Parce que passé ce temps, il n’y a plus de séances de rattrapage qu’on trouvait souvent sur le net.»

Les vendeurs en ligne: le poids du silence

Mais si les étudiants tentent de s’adapter, une autre catégorie d’usagers subit ce black-out de plein fouet : les vendeurs en ligne. Eux qui, via WhatsApp, Instagram ou Facebook, écoulaient habits, cosmétiques et produits alimentaires, se retrouvent aujourd’hui coupés de leur clientèle. Contactés, plusieurs d’entre eux ont préféré ne pas s’exprimer. Un silence qui en dit long sur la précarité du moment.

Sur les groupes Telegram et par messages privés, quelques-uns ont confié, hors micro, leur désarroi. «C’est toute mon activité qui s’est arrêtée. Je ne peux plus passer de commandes, plus montrer mes articles. Je perds de l’argent chaque jour», a glissé l’un d’eux, avant de couper court. Une inquiétude diffuse que ce reportage n’a pu capter qu’en creux, faute de témoignages directs.

Vivre sans, mais pour combien de temps?

Finalement, cette suspension des réseaux sociaux, imposée par la HAC, a créé une fracture numérique inédite. Pour les étudiants, elle force un retour à une certaine discipline scolaire. Pour les commerçants numériques, elle signe un arrêt brutal des affaires. Dans les rues de Libreville, les conversations reviennent souvent sur ce même thème: «Comment vivre sans ce lien numérique quotidien?»

Une chose est sûre: les Gabonais apprennent à s’adapter, entre résignation, débrouille et espoir d’un retour à la normale. En attendant, le silence numérique continue de peser, lourd de conséquences pour une jeunesse connectée et des commerçants désormais déconnectés de leur gagne-pain.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 08/03/2026 à 09h31