Guinée. Agrumes, pomme, raisin... Même pressés par l’inflation, les fruits marocains toujours appréciés

Le 09/01/2026 à 12h14

VidéoAu marché Lambanyi à Conakry, les étals débordent de fruits venus du Maroc, appréciés pour leur goût et leur durée de conservation. Mais ce négoce est pris en étau entre hausse des prix et dédouanement. Pour fluidifier les échanges commerciaux entre les deux pays, responsables guinéens et marocains se sont concertés en juillet dernier à Conakry et tracé une feuille de route.

Sur cet étal à Lambanyi, le regard est rapidement attiré par la variété et les couleurs des fruits. Raisin, mandarine, orange, pomme, soigneusement alignés, proviennent dans leur quasi totalité du Maroc. Une présence devenue habituelle dans la capitale guinéenne.

Aicha Sanoh, commerçante de fruits marocains, constate cependant une nette dégradation des conditions d’approvisionnement. «Le marché se portait mieux avant, mais actuellement c’est très compliqué. Les produits sont chers. On nous explique que cela est lié au coût élevé du dédouanement au port. Avant, le carton de fruits importés du Maroc coûtait autour de 250.000 francs guinéens, aujourd’hui il faut débourser jusqu’à 350.000», explique-t-elle, visiblement préoccupée.

Même son de cloche chez Mariama Djello Diallo, elle aussi commerçante. Pour elle, les difficultés commencent bien avant l’arrivée des fruits sur les étals. «Pour acheter chez les grossistes, il faut faire la queue et s’armer de patience. Cela peut prendre une demi-journée entière. Parfois, certains fruits dans les cartons sont déjà gâtés et ne peuvent être vendus», déplore-t-elle.

Cette inflation et les difficultés d’approvisionnement ne devraient plus constituer un obstacle dans un futur proche. En juillet dernier, Omar Hejira, Secrétaire d’État marocain chargé du Commerce extérieur s’était rendu à Conakry où il avait rencontré de hauts responsables guinéens, notamment le ministre du Commerce.

«Nous sommes à Conakry avec la volonté commune de dynamiser les échanges commerciaux entre les deux pays frères. Nous espérons que notre engagement dans la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) constituera un levier pour un rapprochement économique durable» avait déclaré le responsable marocain.

Selon l’Office des changes marocain, le Royaume a exporté, en 2023, vers la Guinée pour une valeur de 1.378 millions de dirhams soit un insignifiant 0,3% du total des exportations marocaines vers le reste de l’Afrique. Mais l’évolution de ces échanges pousse à l’optimisme. D’après la même source, le montant des exportations marocaines n’était que de 671 millions de dirhams en 2019. Le Maroc exporte vers la Guinée les phosphates, des produits agricoles et agroalimentaire et d’autres industries.

Mais au marché Lambanyi de Conakry, vendeurs et consommateurs évoquent une autre difficulté, la conservation de ces produits périssables. «Il faut absolument garder les fruits au réfrigérateur, sinon on risque de tout perdre», ajoute-t-elle.

Malgré ces obstacles, les fruits marocains continuent de séduire les consommateurs guinéens. Aicha Sanoh en explique les raisons. «Côté goût, les produits marocains sont meilleurs comparés à nos produits locaux. Et pour la conservation aussi, ils durent plus longtemps s’ils sont protégés du soleil. Nos oranges locales, par exemple, durcissent rapidement au soleil».

Entre engouement des clients et contraintes économiques croissantes, les commerçantes du marché de Lambanyi tentent de maintenir l’équilibre, espérant une amélioration des conditions d’importation pour continuer à faire vivre ce commerce devenu essentiel pour de nombreux ménages.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 09/01/2026 à 12h14