Guinée. Métiers pénibles et Ramadan: «Je sors de chez moi à 6h pour ne rentrer qu’à 22h», malgré la fatigue, les artisans gardent la foi

Un soudeur faisant face à la chaleur du chalumeaux.

Le 26/02/2026 à 14h18

VidéoDans les ateliers poussiéreux de Conakry, le mois de Ramadan ne peut rien contre le bruit des machines, surtout pas celui des les soudeurs qui travaillent le métal sous un soleil implacable. Ces ouvriers composent avec la faim et la chaleur, tentant d’honorer à la fois leurs obligations religieuses et leurs engagements professionnels.

Sur l’autoroute, le vacarme métallique tranche avec la lenteur du mois de jeûne. Les marteaux résonnent, les étincelles jaillissent. Sous un hangar de fortune, Thierno Abdoulaye Bah, accroupi peine à terminer un travail commencé la veille. «C’est difficile malgré la foi. Souvent à partir de 13 heures, on se sent faible et fragile. Il y a de la souffrance dans ces activités manuelles en période de ramadan».

Cependant, cette période de chaleur et d’épreuves physiques correspond aussi à une baisse des commandes de la part de la clientèle. Il y a donc moins de bruit, les allées et venues de clients plus rares. Thierno Abdoulaye Bah reprend, presque soulagé: «Ce qui malheureusement nous soulage un peu, c’est qu’il a pas de marché aussi. Peu de commandes à livrer. Pas d’activités. Une situation que l’on a constaté même avant le ramadan sinon ça allait être très chaud».

À plusieurs kilomètres de là, à Sonfonia, l’ambiance change mais la fatigue est la même. Dans un atelier de fabrique de brique, le bruit du moteur, de la pelle et de la mouleuse de brique emplissent l’espace.

Aboubacar Sylla, maçon tout à son affaire confie: «travailler les briques en période de ramadan est pénible. Normalement, en pareille période, les gens devraient se consacrer à la prière et au repos. Mais quand on a une famille à charge dans une conjoncture difficile, il faut se lever et aller travailler. C’est pourquoi nous venons à l’atelier y trouver de quoi faire face aux dépenses et aux frais de scolarité de nos enfants».

Mais bien plus que la fatigue, c’est le manque de temps consacré au repos qui alourdit le fardeau «nous rentrons à la maison fatigué, il nous est impossible de nous reposer. Je sors de chez moi à 5h ou 6h du matin pour ne rentrer qu’à 22h. C’est compliqué».

À plusieurs kilomètres de là, à Kipé, l’ambiance change mais la fatigue reste la même. Dans un atelier de tapisserie coincé entre des boutiques et des habitations, le bruit est feutré.

Pas d’étincelles ici, mais le frottement des tissus, le claquement sec des ciseaux. Une odeur de colle flotte dans l’air chaud. «Comment est-ce que nous faisons pour tenir durant ce mois de ramadan? Sincèrement ce n’est pas facile surtout avec le travail de tapissier que nous faisons. Nous sommes là du matin au soir. Il y a beaucoup de chaleur, et le soleil tape. Récemment notre emplacement a été affecté par les opérations de déguerpissement… sinon c’est là nous venions pour nous reposer», se relate Abdourrahim Cissé, penché sur un canapé éventré.

Entre l’autoroute et Kipé, les ateliers racontent la même histoire. Celle d’ouvriers suspendus entre deux exigences: la foi et la survie quotidienne. La fatigue s’installe, mais le travail continue coûte que coûte.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 26/02/2026 à 14h18