Les groupes armés qui terrorisent le Nigeria

Le 06/02/2026 à 10h44

Le massacre de 162 personnes cette semaine dans l’État de Kwara, dans le centre-ouest du Nigeria, a mis en évidence la lutte incessante que mène le pays contre l’insécurité.

Le Nigeria est confronté à une insurrection jihadiste depuis plus de 16 ans dans le nord-est, à un conflit entre agriculteurs et éleveurs dans le centre-nord, à des violences séparatistes dans le sud-est et à des enlèvements contre rançon dans le nord-ouest, qui pourraient gagner progressivement le sud-ouest, jusque-là relativement plus sûr.

La recrudescence des attaques meurtrières et des enlèvements massifs a attiré l’attention sur la situation sécuritaire, surtout celle des Etats-Unis qui ont critiqué l’incapacité du Nigeria à endiguer les violences.

Le président américain Donald Trump a dénoncé une «persécution» et un «génocide» des chrétiens, des accusations qui ont toujours été rejetées par les autorités nigérianes.

L’attaque dans l’Etat de Kwara contre une localité majoritairement musulmane, est la dernière en date d’une vague de tueries visant à la fois des chrétiens et des musulmans.

Bien qu’aucun groupe n’a revendiqué ce massacre, le président nigérian Bola Tinubu l’a imputé au groupe Boko Haram, tout comme certains experts.

AFP fait le point sur les groupes responsables des violences au Nigeria.

Les jihadistes

Depuis 2009, le Nigeria est confronté à une insurrection jihadiste dans le nord-est du pays, menée par Boko Haram et sa faction rivale, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).

Selon les Nations unies, cette insurrection a fait plus de 40.000 morts et deux millions de déplacés.

Plusieurs autres groupes armés, dont certains liés aux jihadistes du nord-est, se sont également implantés dans le nord-ouest.

Certains chercheurs ont récemment établi un lien entre Lakurawa, le principal groupe jihadiste opérant dans l’État de Sokoto, et l’État islamique au Sahel, qui est principalement actif au Niger et au Mali voisins, bien que d’autres restent sceptiques.

Les recherches sur Lakurawa sont compliquées, car cette appellation a été utilisé pour désigner divers combattants dans le nord-ouest.

Lakurawa «a intensifié ses attaques contre les civils» dans les jours qui ont suivi les frappes américaines qui ont tué plus de 100 de ses combattants, a déclaré à l’AFP Taiwo Adebayo, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), dont le siège est à Pretoria, en Afrique du sud.

Les experts craignent également que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ne s’implante au Nigeria, après avoir revendiqué sa première attaque dans le pays, dans l’État de Kwara, en novembre dernier.

Les gangs de kidnappeurs

Des bandes criminelles, appelées localement «bandits», procèdent fréquemment à des enlèvements massifs contre rançon et pillent les villages, en particulier dans le nord-ouest.

Ce phénomène est majoritairement motivé par l’argent et s’est «structuré en une industrie organisée à but lucratif», générant environ 1,66 million de dollars entre juillet 2024 et juin 2025, selon le cabinet de conseil SBM Intelligence, basé à Lagos.

«Alors que les jihadistes sont motivés par certaines idéologies, les bandits sont motivés par l’argent», a déclaré à l’AFP Confidence McHarry, analyste de chez SBM Intelligence.

Éleveurs et milices ethniques

Dans certaines parties de la région centrale du Nigeria, les affrontements entre les agriculteurs, majoritairement chrétiens, et les éleveurs musulmans fulani ont fait des milliers de morts au cours de la dernière décennie, même si les chercheurs affirment que la violence est davantage motivée par la concurrence pour des ressources en déclin que par la religion.

Les effets du changement climatique et la croissance démographique rapide ont aggravé les tensions sociales et alimenté la violence.

Des milices ethniques ont vu le jour ces dernières années pour défendre les communautés chrétiennes locales contre les éleveurs nomades, ce qui a renforcé le cycle de la violence.

«Leurs activités ont contribué à la persistance» de l’insécurité dans le centre-nord du pays, a déclaré à l’AFP M.Adebayo.

Ce dernier a ajouté que les communautés locales avaient également armé des jeunes pour qu’ils s’affrontent pour des terres arables, qualifiant cela de «conflit important et négligé».

Groupes séparatistes

Les groupes sécessionnistes ont été accusés d’être responsables de milliers de morts dans le sud-est du Nigeria, malgré une faible couverture médiatique internationale.

Les autorités ont régulièrement accusé le Peuple indigène du Biafra (IPOB) d’avoir mené des attaques.

Dans toute la région, plus de 1.800 personnes ont été tuées par des acteurs étatiques et non étatiques entre janvier 2021 et juin 2023, selon Amnesty International.

SBM Intelligence estime ce chiffre à environ 700 morts entre 2021 et 2025.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 06/02/2026 à 10h44